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Vivez six aventures passionnantes et magiques…
Michel Ocelot se situe dans la ligne des créateurs du cinéma d’animation à la française, né avec Emile Cohl et où figurent Jean Image, Paul Grimault, René Laloux… Il a même atteint une renommée internationale avec « Kirikou et la sorcière » et présente aujourd’hui six contes qui par leurs décors et leur magie rappellent ceux des mille et une nuits. Dans une salle de cinéma un peu délabrée, deux enfants s’inventent des histoires merveilleuses et un vieux technicien possède le secret qui va leur permettre de se projeter dans les personnages et de vivre leurs aventures, toutes situées dans des lieux lointains et dépaysants. « J’ai deux pouvoirs, déclare Michel Ocelot, celui de produire de la beauté et celui de susciter des êtres et des faits qui n’existent pas et qui nous font voyager à travers différents univers comme sur un tapis volant. » Une jeune fille s’éprend d’un jeune homme loup-garou, un garçon oblige tout le monde à danser en jouant du tam-tam. L’amoureux d’une fille transformée en biche par un sorcier part à la recherche de la fée qui lui rendra forme humaine. Un autre doit passer trois épreuves consistant à affronter trois animaux fantastiques. Il y a aussi cette cité d’or qui disparaîtra si on ne lui donne pas à manger la plus belle femme du pays, et ce cheval qui parle et donnera son cœur à son cavalier. «Le conte est mon langage, j’y suis comme un poisson dans l’eau, ajoute le cinéaste..Tantôt mes histoires sont originales, tantôt elles puisent leur inspiration dans les légendes traditionnelles. Tous les mondes et toutes les époques m’intéressent. Je suis comme un gourmand dans une confiserie.» Aucune mièvrerie dans ces histoires bien écrites, toutes basées sur un excellent suspense, parfois un peu dramatiques mais avec dénouement forcément heureux. Pour les illustrer, Michel Ocelot utilise son procédé d’animation préféré, qui remonte aux sources du cinéma d’animation, celui du papier découpé, et il crée un théâtre d’ombres où les personnages se profilent en ombres chinoises. Ce qui donne des images étrangement poétiques sur fonds très décoratifs, tandis que l’on voyage aux Antilles, au Tibet, en Afrique ou au temps des cathédrales. «C’est vrai, convient-il, que raconter une histoire avec des silhouettes noires peut apparaître comme un défi. On a un espace très limité, c’est une sorte d’ascèse. Il y a quelque chose de l’art des égyptiens dans cette technique. Ils épuraient à l’extrême, ne retenaient que la courbe la plus pure, saisissant la beauté maximum. Aujourd’hui, il n’existe presque plus de dessins animés sans l’apport du relief. Il ne semblait pas indispensable ici, effaçant plutôt l’éclat des magnifiques couleurs. Mais le réalisateur dément qu’il s’agisse d’une raisons commerciales. «Utilisez la mise en scène, c’était essayer un nouveau jouet. Paradoxalement, cette technique dernier cri me renvoie à l’époque où je manquais d’argent, où je faisais des petites images en relief , avec des découpages, des collages Mes décors étaient en plusieurs niveaux pour la commodité de la manipulation. Lorsque j’ai découvert les premières images en relief, j’ai poussé un cri d’émerveillement comme un enfant. Il me semblait que le côté magique se trouvait accentué. » 18 comédiens ont doublé les personnages, leur donnant des personnalités amusantes ou tendres avec souvent des accents. Michel Ocelot souhaite parfois rappeler qu’il n’est pas seulement l’auteur de « Kirikou ». Cela fait en effet 35 ans qu’il joue avec ses dessins et ses ciseaux. Le premier film « Les aventures de Gédéon » a été suivi de 12 autres dont « Azur et Asnar », « Princes et Princesses », « Dragons et Princesses ». « Kirikou » a été primé à Cannes, « Les contes de la nuit » figuraient dans la sélection du dernier festival de Berlin. On peut se féliciter qu’à l’époque où la plus grande partie du cinéma d’animation utilise les ordinateurs et images de synthèse, il reste encore une place pour un véritable artisan.
René QUINSON
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