La culture est un bien public, mais les Français sont-ils égaux dans l'accès aux oeuvres artistiques ? Les villes sont de plus impliquées dans la création, la diffusion et l'éducation à la culture.
Un guide vient d'être publié sur les politiques culturelles des petites villes.
«La culture, c'est ce qui reste, lorsqu'on a tout perdu », dit l'adage.
Mais les Français sont-ils égaux dans l'accès aux biens culturels ?
La culture reste-t-elle essentiellement cantonnée aux grandes agglomérations, qui ont les moyens de financer des théâtres, des festivals, des opéras ? L'Association des petites villes de France (APVF) et l'Observatoire des politiques culturelles viennent d'éditer un « guide des politiques culturelles des petites villes ».
L'APVF représente 2 400 communes, de 3 000 à 20 000 habitants, soit 18 millions de personnes vivant dans des bourgs centres des zones rurales ou dans les villes périur-baines.
Le guide décrit de manière synthétique et accessible les enjeux, les outils, le financement et les acteurs de la politique culturelle. Il évoque différents domaines d'intervention : le patrimoine, les bibliothèques, le spectacle vivant, les arts plastiques, l'éducation, les cultures émergentes et les événements culturels.
Pas seulement des MJC
La culture dans les petites villes se diversifie et aborde des domaines nouveaux.
« Les dernières lois relatives à l'aménagement du territoire, au renouveau des intercommu-nalités, à l'acte II de la décentralisation, ainsi que l'affirmation des politiques européennes ont considérablement modifié le panel offert aux villes pour agir dans le sens culturel », se félicite Martin Malvy, président de l'APVF.
« Traditionnellement, les petites villes travaillaient surtout sur l'animation et la démocratisation en proposant une panoplie plus ou moins large des services de proximité.
Aujourd'hui, ces villes sont aussi porteuses de projets innovants : accueil d'artistes en résidence, ouverture de friches et autres nouveaux lieux d'expérimentation artistique et culturelle.
Elles cherchent souvent à rayonner au-delà des frontières communales, ce qui explique l'attractivité récente de ces territoires », souligne Cécile Martin, directrice des études à l'Observatoire des politiques culturelles.
Par exemple, la notion de patrimoine s'est considérablement élargie. Pendant longtemps, le patrimoine considérait essentiellement les grands monuments historiques et relevait de l'État.
Aujourd'hui, la notion de patrimoine prend en compte les bâtiments industriels, la petite architecture, les savoir-faire locaux, les langues et le folklore.
Le patrimoine permet de valoriser un territoire, de bénéficier de retombées touristiques, et de mobiliser les habitants.
Ainsi, par exemple, à Foix (Ariège, 9 100 hab.), la mairie et une association d'habitants travaillent à la rénovation de l'abbatiale, les bâtiments et l'orgue. « L'association les Amis de l'orgue a un projet de parcours pour la valorisation des concerts d'orgue.
Elle participe donc à la fois à la valorisation du patrimoine et au développement de la diffusion musicale », précise l'adjoint à la culture.
L'art et l'école
Autre domaine d'action des villes, le spectacle vivant qui regroupe de nombreuses disciplines, musique, théâtre, danse, arts de la rue, cirque... Mais les communes ne se contentent pas de diffuser des spectacles, elles sont de plus en plus nombreuses à soutenir la création, souvent en accueillant des artistes en résidence, et l'éducation, notamment scolaire.
« Le partenariat entre le secteur culturel et le monde scolaire constitue une aventure relativement récente, commencée en 1983. Les dispositifs ont varié au gré des politiques et des volontés ministérielles, mais globalement, depuis quelques années, les collectivités locales sont de plus en sollicitées et investies dans les initiatives mises en place », soulignent les auteurs du guide.
Des classes à projet artistique et culturel mènent, à l'initiative des enseignants, un projet en partenariat avec des artistes, pour une durée de dix à quinze heures.
Les contrats éducatifs locaux permettent d'articuler de nombreuses sources de financement pour des activités sur le temps scolaire, mais aussi pendant les vacances, le mercredi ou le soir après les cours. Ainsi, le directeur de l'école de musique et danse de Blanquefort (Gironde, 14 000 hab.), souligne son implication : « L'école gère la présence d'animateurs scolaires dans les écoles maternelles et primaires, accompagne les projets musicaux des centres de loisirs, des lieux d'accueil de la petite enfance, de l'association du troisième age, etc.
Nous réfléchissons au développements d'actions déloca-lisées (chorales, ateliers percussions), en particulier en liaison avec les conseils de quartier ».
Le coût de la culture
Mais de nombreux problèmes restent à surmonter. Ainsi, développer un enseignement de qualité avec des professeurs expérimentés, et diversifier les cours proposés, même pour un petit nombre d'élèves, engendrent une augmentation des coûts qui ne peuvent être pris en charge uniquement par les participants.
Les inégalités persistent dans le profil social des élèves. Malgré une tarification progressive adaptée aux ressources des familles, les populations modestes demeurent très souvent peu représentées.
Le coût de la politique culturelle est souvent évoqué. « Les collectivités locales sont aujourd'hui sollicitées pour intervenir sur des domaines de plus en plus divers, tout en cherchant à contenir la pression fiscale sur les administrés. La tentation existe alors de considérer la culture comme une variable d'ajustement », soulignent les auteurs du guide.
En moyenne, les petites villes consacrent entre 7 et 10 % de leur budget aux politiques culturelles, soit entre 80 et 100 euros par habitant.
Les écoles de musique, les bibliothèques médiathèques sont des équipements onéreux, avec des dépenses de fonctionnement importantes. Mais le coût des politiques culturelles peut être limité par la sélection de priorités ou la recherche de financements complémentaires.
Les retombées d'une politique culturelle ne se mesurent pas uniquement à court terme. Ainsi, l'éducation artistique est essentielle pour favoriser le développement des enfants.
La connaissance des oeuvres d'art développe l'esprit critique. Les spectacles de rue réunissent une population hétérogène.
«La culture est ce qui reste lorsqu'on a tout perdu ».
Chantal MILLET
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