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Sa main racée appuyée sur le Steinway, elle prend son souffle en fermant les yeux quelques instants. Puis, sa sombre voix chante Schubert, ce «Voyage d’Hiver». Barbara Hendricks, voix mythique, est venue brûler les planches de l’Opéra National de Bordeaux. Et tout en suivant ses lieder, l’esprit s’échappe et la rattrape dans un passé glorieux à la Scala de Milan, au Metropolitan Opera de New York, à la Cité Interdite de Pékin, à Paris chantant notre hymne national. Cette femme qui a défendu ardemment la musique française nous appartient d’une certaine manière. Nous l’aimons avec recueillement. A chaque silence, quand la voix germanique se tait, alors, une voix plus douce, comme un souffle décline les poèmes de Müller. « Et toi aussi mon cœur, mon sauvage et si fort, dans la lutte et la tempête…». Un décor épuré projette des arbres morts ployant sous la neige. «Et ses flocons glacés boivent assoiffés la brûlante douleur ». Notre regard dévore ce visage tant aimé dont les tempes ont blanchi… «Le givre a jeté un reflet blanc sur mes cheveux…». Pourquoi parle-t-elle de ce voyage en solitaire vers l’au-delà à nous qui aimons cette soprane, comme nos racines, notre famille ? Quel moment unique, aussi intemporel qu’une autre rencontre, forte et vibratoire sur ce même «Voyage d’Hiver», toujours à l’Opéra, mais avec Amélie Nothomb, il y a quelques soirs.

Marie-Laure HUBERT-NASSER
Crédit photo : Sheila Rock |
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