Il entre dans la pièce par une porte dérobée, comme les artistes. Habillé de noir, les cheveux blancs, le pas lent des hommes à qui il reste moins de temps, il s’installe, sage, bienveillant et à l’écoute. Cela se voit, se sent, comme cette aura qui règne autour de lui. Accompagné dans ce voyage par une épouse sérieuse et droite et un aréopage de jeunes êtres pensants et brillants. Sur leurs visages flotte un léger sourire quand le maître parle. C’est Michelangelo Pistoletto, l’artiste à la réputation mondiale à qui la Ville de Bordeaux a confié sa carte blanche pour mettre en vie son EVENTO 2011. Sa biennale d’art contemporain.
Eliminare la distanze, amare la differenze ! « Eliminer la distance et aimer la différence », voici ses mots, sa promesse, sa folle ambition pour un grand évènement culturel qui doit à la fois porter en lettres d’or une ville et marquer son empreinte, comme un tatouage sur la peau des habitants. En l’écoutant, dans ce français presque parfait, dire sa vision de l’art et ses grandes espérances pour le monde, la ville, les gens et nos familles, notre esprit vagabonde et nous nous mettons à rêver à une culture pour tous, un art en liberté destiné aux autres, une page blanche ouverte à la ville et à ses habitants, pour leur permettre d’imaginer un demain différent, un quotidien moins austère. L’homme au prénom romantique est une grande figure de l’art contemporain, mondialement connu pour sa participation à la fondation du mouvement Arte Povera dans les années 60. Récompensé par un Lion d’Or à la Biennale de Venise 2003, il est à la fois peintre, sculpteur, photographe, écrivain, théoricien et philosophe. Il a 76 ans, aime faire exploser les clichés, secouer les habitudes, penser tout haut, ramener l’art au cœur de la société. Cela le rend intemporel, intouchable, crédible. Comme pour nous rassurer, il a déjà mis ses idées en vie et a créé en Italie la fondation Cittadellarte, véritable laboratoire destiné à replacer l’art au cœur de la « fabrique sociale ». 
Il sera donc celui par qui tout peut arriver en octobre 2011 et l’on peut dire que cette première rencontre nous laisse l’espoir de voir réaliser ce que lui a demandé le Maire de la ville, Alain Juppé : « sortir l’art de sa citadelle pour qu’il soit le moteur de l’intégration sociale ». Croisons les doigts.
Marie-Laure HUBERT-NASSER