Les Echos Judiciaires Girondins - Accueil Publiez votre annonce legale en ligne !
Mot(s)-clé : Rechercher !
 Accueil    Actualités 

Loisirs / culture

Les Echos Judiciaires du 18 mai 2012
S'inscrire gratuitement | Se connecter

 
 

 

Madame Butterfly

Madame Butterfly ! Un surnom que porte Cio-cio-san, ravissante poupée de quinze ans, tombée dans l'univers des Geishas, car sa famille de bonne lignée, connaît la misère. Pinkerton, un jeune officier de la marine américaine va l'épouser à la « mode », sans aucun scrupule, il jouit de l'instant présent et, à son départ pour les USA, lui fait croire à un retour alors qu'elle attend un enfant. Croyant en cette parole pour elle «sacrée» Cio-cio-san conserve durant trois ans honneur et dignité tout en subsistant dans l'indigence. Nous sommes au début du XXe siècle et le tourisme sexuel se limite à la fréquentation par les militaires des différentes formes d'institution de prostitution peu ou prou honorable. Le thème n'a pas besoin de verbiage de déploiement. La formidable mise en scène de Numa Sadoul avec des costumes et décors de K.Duflot et Luc Londiveau affiche à la virgule près l'insupportable situation, focalise toute l'action sur le martyre moral et physique d'une adolescente au coeur pur, sacrifiée au nom d'une morale bourgeoise, conservatrice et puritaine. Je mesurerai mes mots par égard à la situation dramatique où nous sommes et ne voudrais pas être taxée d'antiaméricanisme primaire. L'homme qui agit en Butterfly, de toute manière, pour moi, est le jumeau du fils de famille - bourgeois, riche cultivateur, nobliau de province ou industriel parisien qui couche avec la bonne et la fait mettre à la porte par sa mère, lorsqu'il lui a fait un enfant !
Bordeaux reprenait pour ce mois de février sur une durée large en Février la production marseillaise. Grand bonheur, car depuis les années Lombard rien n'a été aussi réussi que cette série de représentations de l'Opéra de Puccini. Cependant, la distribution bordelaise eut le privilège de mettre en concours le chef Yutaka Sado dont la veine musicale innée et le talent exceptionnel de directeur d'orchestre portent l'oeuvre dans toute sa fulgurante splendeur et une inconnue en pleine ascension, la jeune chinoise Hui He Nous avons vécu deux heures et quinze minutes palpitantes et inoubliables. Pour vous en donner un exemple voici un commentaire du dernier acte.
Butterfly sait à présent que Pinkerton l'a trahie et bafouée ! Elle a saisi dans le regard et les mots de Suzuki, sa tendre suivante, l'abject projet ! Même son enfant, fruit de son immense et terrible amour lui sera dérobé ! La petite geisha de dix-huit ans, naïve et pauvre, ne peut que disparaître ! L'homme occidental la renvoie à sa mouise ou à la galanterie, cette double misère ! Alors même que par ce mariage les siens l'ont reniée ! Alors !? Malgré l'offre de mariage du riche Yamadori et la délicatesse des conseils de Sharpless, le Consul américain,
Madame Butterfly s'estime avilie, déshonorée. Ainsi, son mariage n'était qu'un jeu ! Un objet de pacotille. Le vrai mariage n'est qu'américain pour une Américaine ! A ce point, l'amour le plus fou s'éteint sous l'insulte. L'insulte est déjà la mort, l'arme ne fera que matérialiser le geste de l'homme qui l'a souillée ; l'arme qui la sauve de toute autre future dégradation. Un silence compact nous serre de toutes parts, la musique élevée au plus haut des ceintres se dissout à de longs gémissements.
Tout frissonne lentement, vertigineusement, le ciel tombe sur nous et sur elle, blanche et dressée, ivre tant sa douleur déjà l'emporte sur ses pauvres forces pourtant raidies à l'extrême ! Yutaka Sado et l'orchestre vont-ils s'enflammer et disparaître ? Tout dans ce théâtre vibre, la musique des sphères frissonne ponctuée des pupitres d'harmonie et de cuivre qui forment de lourds halos et soudain le flot sonore semble tout dominer. La scène reflète une lumière stellaire, un monde gris virant aux frontières de noirs, successifs et brillants dans le superbe et sobre décor d'un bord de lac tendu de bleu, de beige et de blancs éteints perd peu à peu la substance de l'éclat. L'illusion déplie ses mirages ; notre émotion monte forte et nous brise. Tout s'immobilise dans un besoin impérieux d'attente, dans un silence vide jusqu'aux larmes. Vide comme cette mort à laquelle nous croyons : impérieusement !
Alors vers le promontoire Butterfly, blanche et fluide, titubante, glissante, s'avance et agrippe à pleines mains, la hampe plantée au bord extrême de l'avancée sur l'eau. Comme immolé et cloué, le corps demeure figé, soutenant la tête qui s'incline vers la terre, face à l'insoutenable chute de son destin ! La musique monte derrière les derniers mots, glisse doucement pour accompagner Butterfly à son ultime souffle et s'affermit peu à peu. L'effluve instrumentale ranime l'atmosphère et même la lumière, pour éclater sur la phrase finale suspendue ! Soulagement ? ! Calme glacial ?! La tragédie a absorbé sa victime distillée au néant corps et âme. Quelques instants encore ! Combien ? L'éternité de quelques secondes sans doute et le cours du jour reprend. La salle éclate ! Nous étions au théâtre. Et quelle magie !
Oui ! Quelle magie, cette jeune chanteuse venue de Chine. Hui He a personnifié Butterfly, telle une incarnation pure de la légende. La voix sonne flamboyante de jeunesse et parfaitement conduite, puissante, capable d'écarts vertigineux comme de diminuendo suaves. La tension psychologique constante exprime l'évolution de sa pensée et de ses sentiments, au fil des événements, de la petite geisha enjouée, débordante d'amour, d'un naturel gracieux, entrée « jouer dans la cour des grands» et qui s'y croit à sa place. Rendu à la réalité, le bout de chou grandit métamorphosé. Femme de guerre submergée, vaincue ! Tragique dans sa fierté accrue de son malheur et rendue à sa dignité authentique. Chaque geste, chaque phrase prononcée suivent une conception intégrant l'art du chant le plus élaboré à la grâce de l'inspiration d'une âme et d'une intelligence. Comment ne pas frissonner à l'évidence de ce talent d'une incroyable force à ce pouvoir de dédoublement dans la sobriété de cette recherche de la vérité ?
Le rôle-titre de Butterfly, chanté par d'autres, longtemps m'apparut fabriqué. Je suis sur mon chemin de Damas ! Hui He dépasse de loin toute théâtralité ! Elle vient sans doute de se rendre inoubliable dans ce personnage.
J'évoquais plus haut le chef Yutaka Sado, premier chef invité de l'Orchestre de Bordeaux, sa battue élégante, ses évolutions de rythme sans heurts, coulant de l'un à l'autre sans effets excessifs, sa constante attention à tenir les chanteurs dans des sonorités accueillantes d'où la voix ressort au meilleur de son effet et le souci du détail instrumental sont d'un musicien parfait. Il parvient à trouver pour la partition puccinienne et le souffle d'ensemble, et l'élan de chacun pour en harmoniser la fusion harmonieuse.
Même le ténor qui assume avec énergie et pudeur Pinkerton passe la rampe. Brandon Jovanovich surmonte avec talent ce rôle antipathique au possible, sans mièvrerie. Il le doit à une présence d'une parfaite sobriété et à une voix timbrée et tendue sans excès, dont la musicalité et le lyrisme possèdent puissance et rondeur. Un impeccable Sharpless, le baryton français David Grousset. Timbre affirmé, technique et phrasé ressortent avec caractère personnel et équilibre. Le rôle doit faire son jeu face au couple Butterfly-Pinkerton et ce chanteur sait passer la rampe en peu de mots et notes. Le talent se voit vite ! Un chanteur à suivre !
Le reste de la distribution réalise une action dramatique en toute homogénéité et harmonie, dont qualité dramatique remarquable épaule habilement le caractère saillant de la protagoniste principale.
Cette production est une superbe réussite.
AMALTHÉE

© Les Echos Judiciaires Girondins - Journal N° 4919 du 28/02/2003. Tout droit révervé.

A lire également dans Loisirs / Culture



158185
ANNONCES EN LIGNE
 
Les Journaux
 
 
  LE DERNIER JOURNAL DU 18/05/2012
  RECHERCHE AVANCÉE
 
Actualités
  Economie
  Environnement
  Droit
  Vie des professions
  High-tech
  Loisirs / culture
  Santé
  Ventes au tribunal
  Le mardi de l'immobilier
  Le vendredi de l'emploi
  Gironde actualités
  Social
  Chroniques du barreau
  Carnet
  Collectivités
  Les cahiers pratiques du barreau
  Ventes devant avoir lieu au tgi de libourne
  Ventes devant avoir lieu au tgi de bordeaux
  Résultats des ventes du tgi de bordeaux
  Résultats des ventes du tgi de libourne
  Billet d'humeur
  Tribune libre
  Chronique des notaires de gironde
  Concours
  Le commissaire aux comptes
  S'abonner au journal
 
Annonces Légales
  Appels d'offres / Avis d'enquète
  Constitutions
  Modifications
  Convocations
  Fonds de commerce
  Location Gérance
  Régimes Matrimoniaux
  Tribunal de Grande Instance
  Tribunal de Commerce
  Avis
  Insaisissabilité
  Marché Public
  Diffuser une annonce
 
Le Journal
  C'EST MA PREMIÈRE VISITE
  LES ECHOS JUDICIAIRES GIRONDINS
  ANNONCES LÉGALES
  PUBLICITÉ
  ABONNEMENT
  ESPACE PERSONNEL
  NEWSLETTER
  CONTACTEZ-NOUS
 
Autres Publications
  LA VIE ECONOMIQUE
  LES ANNONCES LANDAISES
La Une du dernier journal du 18/05/2012 | Créer un compte | Créer une Alerte | Espace Personnel | C'est ma Première Visite | Plan du site | Contact |
© Les Echos Judiciaires Girondins - Réalisation : On / Agence Web Bordeaux | Encheres | Entreprise | Commerce a vendre | Forum entreprise | Contact professionnel