Mamadou, notre vieil ami Mamadou, est de passage en Papyravie. Mamadou est citoyen d'un État africain, qui fut, en son temps, une colonie papyravienne.
La décolonisation s'était effectuée sans effusion de sang.
Mamadou n'avait pas été le dernier à célébrer le grand jour de l'indépendance.
Nous savions par la presse et la radio que cette République connaissait des jours difficiles.
Nous étions anxieux d'en savoir davantage. Aussi, sur la pointe des pieds, pour ne pas blesser notre ami, nous le questionnâmes.
Mamadou, pour toute réponse, nous a fait lire une petite annonce parue dans un journal local:
«Cherchons colonisateur qui, cette fois, ne fera pas ses valises, au bout de 63 ans. Si pas sérieux, s'abstenir.»
Nous nous regardons, médusés.
Pas besoin d'être grand clerc pour deviner qui était l'auteur de ce libellé. Ce ne pouvait être que Mamadou.
Nous étions catastrophés. Car nous le connaissons bien.
Combien de déceptions, d'amertume, de rancoeur, avait-il dû accumuler pour en arriver là !
Nous avons tenté de lui remonter le moral, lui disant qu'en Papyravie aussi, nous avions notre lot de la corruption, d'hommes politiques peu crédibles dont l'objectif était le pouvoir et non le bien du peuple, de fonctionnaires trop nombreux et ne pensant qu'à leur statut privilégié. Rien n'y fît.
Mamadou nous a expliqué qu'il avait voulu, par cette provocation, amener ses compatriotes à se ressaisir.
Mais il avait fait chou blanc.
Mamadou n'est guère optimiste, non seulement pour son pays, mais pour toute l'Afrique.
«L'indépendance se mérite et nous ne la méritons pas», a-t-il conclu.
Sans rendre compte, Mamadou, venu chercher un appui fraternel, nous a donné une leçon.
Mamadou est un grand monsieur. Il a tort de désespérer.
Avec quelques hommes comme lui, la partie n'est pas perdue.
Le Papyravien
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