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Marche de l’art
Les Echos Judiciaires du 13 juillet 2007
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La France perd ses parts

Le marché français des œuvres d’art a progressé de 25% en 2006. Mais la part de la France sur le marché mondial diminue. Le Conseil des ventes volontaires s’en inquiète et recommande aux commissaires-priseurs d’adopter « une vision globale ».

Fini la sérénité. Au début des années 2000, le tout nouveau Conseil des ventes volontaires de meubles aux enchères publiques (CVV), instance de régulation des salles de ventes volontaires, se réjouissait exercice après exercice de la bonne tenue du marché français de l’art. Pour la première fois, le 25 juin, le CVV diffuse un communiqué alarmiste : « Alors que le marché mondial des ventes aux enchères d’objets d’art a augmenté de plus de 34% en 2006, la part du marché français a reculé de 5,8% en un an ».
Par ailleurs, les exportations françaises d’œuvres d’art, vendues aux enchères sur d’autres places « augmentent de manière significative », ce qui fait dire à Christian Giacomotto, président du CVV, que la France « a une économie de l’art qui s’apparente à celle d’un pays en voie de développement : des matières premières sont exportées et on les transforme, ailleurs, en produits finis ». La « contre-performance », poursuit-il, du CVV, « touche une série de professions annexes, des métiers très fragiles. Les objets sont vendus puis réparés, repeints ou regarnis hors de France ». Pour le Conseil, la position de la France sur le marché mondial de l’art constitue « un véritable enjeu économique et patrimonial qui affecte la balance des paiements ».
Le marché français enregistre pourtant une progression. En 2006, le volume des biens vendus a progressé de 24,7%. A l’échelle mondiale, l’augmentation enregistrée est toutefois encore plus importante et atteint 32,5%. Jusqu’à présent, la profession n’avait pas l’habitude de publier des chiffres portant sur son positionnement dans le monde et se contentait de délivrer les résultats – flatteurs – du marché français. Mais l’arrivée de Christian Giacomotto à la tête de l’institution, en juin 2005, a changé les habitudes. Ce banquier, grand collectionneur d’œuvres d’art, veut envisager le marché de l’art de manière globale. Il plaide pour la mise en place, en France, d’une « industrie puissante, capable d’affronter la concurrence des multinationales ».

Un secteur morcelé

Or, face aux « majors » anglo-saxonnes, Christie’s et Sotheby’s, le secteur demeure très morcelé. Les 74 maisons présentes à l’hôtel Drouot, le centre de vente parisien, représentent ensemble « 600 millions d’euros », calcule Christian Giacomotto, tandis que Sotheby’s, tous pays confondus, pèse 2,9 milliards d’euros et ebay, le principal site d’enchères en ligne, « dix fois plus que Sotheby’s », ajoute le président du CVV. « Drouot est un nom connu partout dans le monde, mais c’est un groupement d’intérêts économiques, pas une société de vente intégrée. En France, personne n’a de vision globale », regrette-t-il. La seule tentative à ce jour de regrouper les maisons de ventes parisiennes s’est soldée par un échec. En janvier 2002, l’homme d’affaires Pierre Bergé, par ailleurs propriétaire de la société de ventes qui porte son nom, avait proposé de racheter la majorité des parts des charges des commissaires-priseurs présents à Drouot. Les professionnels avaient décliné l’offre et finalement racheté eux-mêmes l’hôtel des ventes en conservant leur indépendance. Une anecdote illustre parfaitement le particularisme du métier en France. Les attachés de presse de Drouot, renonçant à expliquer le fonctionnement de l’hôtel des ventes aux journalistes étrangers, parlent de la « maison de ventes Drouot » qui, de fait, n’existe pas.

Directives européennes

Les commissaires-priseurs peuvent, selon le CVV, regagner des parts de marché de deux manières différentes, pas forcément incompatibles. La première consiste à défendre la position des professionnels hexagonaux.
Le Conseil s’inquiète ainsi de la transposition de la directive services – la fameuse directive Bolkestein – en droit français, une opération qui doit être effectuée avant le 28 décembre 2009 par le Parlement. La loi de 2000, qui établissait le statut des sociétés de ventes, doit à cette occasion être modifiée. L’agrément dispensé par la CVV aux sociétés de vente devrait en particulier être simplifié au point de devenir, selon Christian Giacomotto, « une petite formalité ». Le Conseil ne s’oppose pas frontalement à cette évolution mais craint que les professionnels ne s’y préparent pas suffisamment. A compter de l’entrée en vigueur de la directive, de nouveaux acteurs internationaux seraient en effet susceptibles de s’installer très facilement sur le marché français. Le Conseil met également en garde les professionnels contre la directive « vente à distance ». Le projet européen donnerait la possibilité aux enchérisseurs utilisant Internet ou le téléphone de se rétracter. Pour Christian Giacomotto, cette évolution mettrait en péril « l’instantanéité des enchères », y compris en salle, lorsque l’un des participants enchérit à distance.
La profession a par ailleurs tout à gagner à se montrer offensive. Puisque le marché européen se libéralise, pourquoi les maisons de vente françaises n’imiteraient-elles pas les cabinets d’avocats d’affaires en créant des succursales dans les autres pays de l’Union ? Toutefois, jusqu’à présent, cette stratégie ne semble pas privilégiée, à deux exceptions près.
L’étude Tajan s’est distinguée en vendant des bijoux en Suisse, tandis que Pierre Bergé a ouvert un bureau à Bruxelles, où vivent de nombreux expatriés français.
Olivier RAZEMON

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