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Les Echos Judiciaires du 06 septembre 2005
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Les sociétés de ventes face à la concurrence

1,8 milliard d'euros : c'est le montant cumulé des ventes volontaires de meubles en 2004. L'activité des commissaires-priseurs continue de progresser, mais ce sont surtout les ventes de véhicules d'occasion qui en profitent. La profession s'inquiète, en outre, de la concurrence des sites de vente en ligne.

• Mieux comprendre les ventes aux enchères
Le CVV a publié, en avril dernier, un « Petit dictionnaire des ventes aux enchères » destiné au public qui fréquente les salles des ventes. L'ouvrage, publié à 4000 exemplaires, se présente sous la forme d'un lexique dont les différentes entrées présentent les termes juridiques utilisés lors des ventes : « prix-marteau », « inventaire », « signature de l'artiste », etc. La réalisation d'un tel « vade-mecum » était demandée par les professionnels, parfois confrontés à un public peu informé. Il s'agit aussi - les commissaires-priseurs ne s'en cachent pas - d'accroître la notoriété de la profession. « C'est une activité qui reste un peu obscure aux yeux de beaucoup. La fréquentation des salles des ventes semble réservée à une petite minorité », explique un commissaire-priseur. ( Petit dictionnaire des ventes aux enchères, Documentation française, 8 euros).
Ce n'est pas la catastrophe, mais certaines années furent meilleures. En 2004, annonce le Conseil des ventes volontaires (CVV), le volume des ventes aux enchères a atteint 1,78 milliard d'euros, en progression de 2,3% par rapport à 2003. Mais « ce chiffre positif est obtenu grâce à la bonne tenue des ventes de véhicules d'occasion », note Gérard Champin, président du CVV.
Depuis quelques années, certaines sociétés de ventes, dont les bureaux sont généralement situés en périphérie des grandes villes, se sont en effet spécialisées dans la vente de voitures d'occasion. Ces acteurs connaissent chaque année un succès croissant, au point qu'ils occupent aujour-d'hui quatre des cinq premières places dans le classement des sociétés de ventes par chiffre d'affaires. Le secteur représente désormais près de la moitié des ventes et a enregistré une nouvelle progression de 21,8% l'an dernier. C'est « l'arbre verdoyant » qui, selon Gérard Champin, « cache la forêt ». Hors véhicules d'occasion, la profession a enregistré l'an dernier une baisse de 10% de son chiffre d'affaires.
Certaines catégories de biens s'en tirent mieux que la moyenne. Il s'agit des véhicules de collection (+ 240%), un secteur très différent de celui des véhicules d'occasion, des vins (+75,3%), de l'art primitif (+36,9%) et, dans une moindre mesure, des chevaux (+7,2%). Pour le reste, le marché a peu bougé. « La structure des sociétés de ventes volontaires n'a pas connu d'évolutions notables », note le Conseil. Les vingt sociétés les plus performantes sont pratiquement les mêmes qu'en 2003. Depuis la réforme de 2001, d'abord redoutée par les professionnels, le nombre des sociétés de vente n'a pas diminué et elles ont plutôt eu tendance à prospérer. «Il n'y a pas eu de choc frontal. Les mouchoirs ne sont pas tous mouillés», résume Gérard Champin.
La structure des ventes obéit à une géographie précise. La ville de Paris, et plus précisément les alentours de Drouot, est toujours le siège des principales sociétés spécialisées dans les objets d'art : Tajan, Artcurial ou Piasa, auxquelles s'ajoutent les filiales françaises des groupes Christie's et Sotheby's. La première société française, par le chiffre d'affaires, est néanmoins le groupe Guignard, basé en Bretagne et uniquement consacré à la vente de véhicules. Midi-Pyrénées, PACA, Rhône-Alpes et le Nord-Pas-de-Calais accueillent également un ou plusieurs de ces «marchands» d'automobiles. La Basse-Normandie occupe une placenà part sur la carte des ventes aux enchères. C'est en effet dans cette région que se situe Deauville, capitale de la vente de chevaux. L'Agence française de vente de pur-sang, qui a son siège sur la côte normande, est, avec un chiffre d'affaires supérieur à 44 millions d'euros en 2004, la huitième société de ventes française.

Développement des ventes en ligne

Le CVV constate en 2004 la baisse du montant des ventes d'objets « divers ». Pour les professionnels, il ne fait aucun doute que cette évolution est imputable au développement des ventes sur Internet. « De nombreuses personnes désireuses de se débarrasser d'objets relativement communs préfèrent désormais recourir à Internet plutôt que de se déplacer, aux heures ouvrables, pour présenter leurs biens à une société de vente », indique le Conseil. Désormais, les sociétés opérant en ligne ne sont plus des start-up. La première d'entre elles, e-Bay, « affiche un chiffre d'affaires de 55 millions d'euros et figure à la deuxième place du marché français, hors véhicules d'occasion », précise Stephen Belfond, membre du CVV chargé des ventes par voie électronique. Les professionnels n'apprécient pas ce qu'ils assimilent à une « concurrence déloyale ». « Souvent, ce sont des anciens du monde réel qui ont déménagé pour s'installer dans le monde virtuel. Ils ne paient pas de TVA, ne tiennent pas de livre de police et ne répondent pas de leur responsabilité quant à la qualité des objets vendus » déplore Stephen Belfond. Gérard Champin lance un appel à la loi : « on peut comprendre qu'en 2000, à un moment où le phénomène Internet était encore émergent, le législateur ait voulu faciliter » les ventes en ligne. Mais « on doit se demander si une telle position est encore justifiée maintenant qu'Internet est devenu un phénomène de masse», poursuit le président du CVV.
Les professionnels affichent une autre inquiétude : que des « maisons de vente françaises » continuent à organiser des ventes hors de France. Tajan a ainsi tenu ses ventes traditionnelles de joaillerie et de tableaux à Monaco, tandis que l'étude Bergé organisait plusieurs ventes à Genève. Pour le CVV, ces choix s'expliquent par « les freins fiscaux et réglementaires pesant sur les ventes en France ».
Olivier RAZEMON

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