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Les villes conformes à leur sociologie
Les villes sont majoritairement gérées à gauche, tout comme les départements. Dans de nombreuses agglomérations, pourtant, il faudra attendre le troisième tour des municipales, l’élection du président de la structure intercommunale, pour savoir qui gouvernera vraiment.
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. L’effet carte judiciaire
« On n’a jamais vu quelqu’un perdre une élection à cause de la suppression d’un tribunal d’instance ! ». A l’automne dernier, la Chancellerie ne voulait pas croire aux conséquences électorales de la réforme de la carte judiciaire. Et pourtant, la suppression des tribunaux a fait des victimes. Les maires UMP de Saint-Gaudens, Abbeville ou Hazebrouck, qui avaient tous déploré la suppression de « leur » tribunal de grande instance (TGI), ont été battus. A Millau, l’indétronable Jacques Godfrain, UMP lui aussi, a perdu. La sanction n’a pas épargné les maires de gauche : Jean-Michel Marchand, à Saumur, ou Michel Le Goff, à Morlaix, fief de l’ancienne ministre de la Justice Marylise Lebranchu. La réforme semble avoir surtout touché ceux qui s’y étaient le plus vivement opposés. Ainsi, à Mayenne, la suppression du tribunal d’instance avait attisé la fureur du député UMP, Yannick Favennec… qui n’est pas parvenu à prendre la mairie au PS. Pascal Clément, ancien Garde des Sceaux, avait poussé des cris d’orfraie à l’annonce de la suppression du TGI de Montbrison – finalement ajournée – mais a été battu dans son canton de Néronde. Rachida Dati, qui lui a succédé place Vendôme, a été élue dans le 7ème arrondissement de Paris. |
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Les grandes villes de France sont désormais très majoritairement administrées par la gauche. Ce n’est pas à proprement parler une surprise. Cela fait plusieurs années que l’électorat urbain, composé de cadres et de professions intellectuelles, vote pour une gauche modérée, européenne, voire libérale.
Dans les années 1970 et 1980, Nantes et Rennes avaient lancé le mouvement.
En 2001, Paris, Lyon et Dijon, anciennes villes bourgeoises, avaient suivi. L’ampleur du phénomène, qui dépasse la seule émergence des fameux « bobos », était apparue au grand jour à l’occasion du deuxième tour de l’élection présidentielle de mai 2007, lorsque Ségolène Royal avait devancé Nicolas Sarkozy dans la plupart des grandes villes de France, et parfois largement.
Lors des élections municipales de mars 2008, les maires de gauche, portés par les projets de tramways, de voies piétonnes ou de services municipaux de vélos, ont été largement réélus. Un seul chiffre : Martine Aubry, que l’on disait impopulaire, a remporté 66,6% des suffrages à Lille, soit dix points de plus que la candidate socialiste, en mai 2007.
Dans ces circonstances, l’exception n’est pas tant Bordeaux, où l’UMP Alain Juppé a mené depuis 1995 une politique de rénovation urbaine comparable à celle des maires de gauche, mais Marseille, Nice et Toulon, où l’électorat populaire ou âgé a conforté des majorités de droite.
C’est bon pour le design
En 2008, la vague rose urbaine a donc emporté de nouvelles capitales de région telles que Strasbourg, Amiens, Caen, Rouen ou encore Metz, où la gestion chrétienne-démocrate semblait indéboulonnable.
Au soir du deuxième tour des municipales, le cri du cœur d’un grossiste en meubles design résume mieux qu’une carte de France le changement sociologique en train de s’opérer. En apprenant le basculement de Reims, Saint-Étienne, Périgueux ou Angoulême, l’homme, lui-même plutôt conservateur, déclare : « ça va être bon pour nous. Lorsqu’une ville est dirigée par la gauche, elle équipe les bureaux et les médiathèques en meubles design ! »
Paris, qui apparaissait comme un symbole en 2001, semble presque sur la réserve. Bertrand Delanoë est réélu, mais il ne gagne aucun arrondissement. Il ne parvient pas à faire chuter son prédécesseur Jean Tibéri dans le 5ème arrondissement qui avait pourtant voté pour Ségolène Royal à la présidentielle. Il paie sans doute le prix de sa fermeture aux listes du Modem, arrivées devant celles de ses alliées Verts au premier tour.
Les départements suivent le mouvement général, puisque soixante d’entre eux sont désormais gérés par la gauche, contre quarante-et-un par la droite. Au-delà des résultats des municipales, qui étaient considérées par les électeurs, d’après les sondages, comme des élections locales, les cantonales confirment que la gauche a bel et bien gagné le scrutin.
Le troisième tour en avril
Curieusement, pour savoir comment seront administrées les villes dans les six années à venir, il faudra parfois attendre, jusqu’au 18 avril au plus tard, le résultat du troisième tour des élections municipales.
Car les structures intercommunales, installées dans le paysage territorial, demeurent élues au scrutin indirect. Une partie substantielle des pouvoirs leur est pourtant dévolu : le développement économique, les transports ou la politique de la ville, parfois l’assainissement, le traitement des ordures ménagères ou la culture.
Les électeurs sont en droit d’invoquer une tromperie sur la marchandise.
Ainsi, à Rouen, qui détiendra le réel pouvoir ? Valérie Fourneyron (PS), élue le 9 mars dernier à la mairie ou Laurent Fabius, futur président de la communauté d’agglomération ? Rares sont les candidats qui expliquent aux électeurs, avant le scrutin, comment ils organiseront les rapports entre commune et « interco » en cas de victoire.
C’était le cas de Fabienne Keller et de Robert Grossmann, le tandem UMP à la tête de Strasbourg et de sa communauté urbaine (CUS) depuis 2001. Vainqueur dans la ville-centre, Roland Ries (PS) n’avait, lui, pas annoncé, avant le vote, quelle configuration il adopterait. Il n’était même pas certain d’obtenir une majorité à la CUS. Après le 16 mars, la gauche a fait ses comptes et devrait faire élire Jacques Bigot (PS), maire d’Illkirch-Graffenstaden.
La question de la majorité se pose également à Bordeaux, où la gauche, battue aux municipales, conserve deux sièges de majorité au sein de la communauté urbaine. Le socialiste Vincent Feltesse conservera-t-il la présidence ? Réponse dans quelques jours. A Lille, le sort de la communauté urbaine dépend de l’attitude du groupe Métropole Passions communes (MPC), composé des maires plutôt centristes des petites communes, nombreux (47) dans cette entité qui compte au total 85 municipalités.
L’inadéquation entre majorité de la ville-centre et celle de la structure qui l’entoure n’est pas propre aux grandes villes, comme le montre l’exemple de Carpentras, où l’UMP, qui a perdu la ville, n’a pas renoncé à la communauté d’agglomération Ventoux Comtat Venaissin. A Castres-Mazamet, où la présidence de la communauté revenait traditionnellement au maire de Castres, les élus de gauche, désormais en position de force, aimeraient imposer l’un des leurs.
Le débat ne se réglera peut-être pas par un scrutin public : en effet, jusqu’alors, le président était élu à l’unanimité, pour, disent les élus, « éviter les confrontations politiques ».
Olivier RAZEMON
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| © Les Echos Judiciaires Girondins - Journal N° 5451 du 04/04/2008. Tout droit révervé. |
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