Fondée en 2001 par deux anciens judokas, la société Auvence gère aujourd’hui 15 résidences pour personnes âgées dépendantes. Elle poursuit son développement en misant sur une offre de qualité dans un marché aussi porteur qu’exigeant.
Les chiffres de l’INSEE ne laissent aucun doute, la France est en pleine croissance. On ne parle pas ici de l’économie qui stagne, mais de l’espérance de vie qui, elle, est en constante augmentation. Suivant les projections pour 2007, elle se situe à 77,6 ans pour les hommes et 84,5 ans pour les femmes, soit quelques semaines de plus qu’en 2006. Ainsi, chaque année, les Français vivent plus longtemps.
Cela signifie aussi que le nombre de personnes âgées « dépendantes », c’est-à-dire invalides ou malades (Alzheimer, Parkinson…), va grandissant ; et les besoins sont immenses pour elles, tant dans les soins que dans l’accompagnement au quotidien. Si elles ne sont plus autonomes et qu’elles ne sont pas prises en charge par leurs familles, ces personnes peuvent être accueillies dans des maisons de retraite spécialement aménagées, médicalisées : ce sont les EHPAD, établissements d’hébergement de personnes âgées dépendantes.
Auvence est l’un des nouveaux acteurs de ce monde assez méconnu, comme le reconnaît le président fondateur de la société, Lionel Desage. Associé avec son ami David Inquel, ces deux anciens judokas de haut niveau ont découvert les EHPAD avec « appréhension », alors qu’ils travaillaient comme courtiers dans l’immobilier. Une opportunité, une résidence pas médicalisée avec « tout à refaire », et ils se lancent. Et « c’est passionnant », affirme Lionel Desage.
Créer « des lieux de vie »
Il décrit « un secteur en croissance où on a l’impression que quoi qu’on fasse pour les personnes âgées, ça va marcher, » mais, dit-il, « je n’y crois pas ». Ils ont vu un « travail difficile » effectué par des « personnes très impliquées » avec un réel « manque de moyens ».
Avec Auvence, justement, les deux associés ont voulu mettre en pratique les valeurs qu’ils ont reçues du judo : l’attention aux autres, le respect, l’éthique, l’esprit d’initiative, l’action. Le tout, bien sûr, au service des résidents.
L’objectif est de créer des « lieux de vie » où il faut « passer du bon temps », pour arriver à un genre de « résidence hôtelière » où rien n’est laissé au hasard, de l’ambiance à la décoration.
Le pari est parfois difficile à tenir. Ils ont commencé par racheter des établissements et se sont trouvés face à des contraintes, architecturales notamment. Leur souhait est d’aménager des bâtiments pour accueillir jusqu’à 40-50% de malades d’Alzheimer, mais « à Auch, par exemple, indique David Inquel, on a seulement 10 lits places sécurisées pour 40 lits et on ne peut pas aller au-delà ».
Ils font donc également construire, comme à Duras et Prayssac, en Lot-et-Garonne. Leur parc compte pour l’instant 3 EHPAD construits et 12 acquis, dont un réaménagé tout récemment à Gujan-Mestras.
767 lits exploités
Les achats s’effectuent au-près d’indépendants, « des particuliers qui ont monté leur projet à la force du poignet, il y a vingt ans, raconte Lionel Desage, et qui ne peuvent faire face aux nouvelles réglementations, aux nouvelles normes ». Ce peut être aussi des associations. « Le marché est très éclaté », ajoute-t-il, et puis les démarches administratives sont très longues. « Cela va de 36 mois dans le meilleur des cas, estime David Inquel, à parfois 5 ans pour lancer un projet. »
S’ils restent discrets sur leurs implantations futures, en raison de la concurrence qui se développe, ils sont optimistes quant à l’évolution d’Auvence. De 15 résidences, 767 lits en exploitation et 500 collaborateurs en 2008, avec un chiffre d’affaires 2007 de 48 millions d’euros pro forma, ils comptent passer en 2012 à 50 EHPAD, 4000 lits et 3000 salariés.
Lionel Desage n’a qu’un regret : « on a encore trop tendance à sectoriser » entre établissements pour personnes valides, semi-valides ou dépendantes. Lui aimerait voir plus de « structures gérontologiques, avec un bâtiment central et de petits immeubles autour », pour pouvoir accueillir des couples dont l’un est malade et l’autre pas, et favoriser ainsi le plus possible « l’autonomie » des personnes âgées.
Peut-être, cela fera-t-il partie d’un prochain chantier.
Vincent TRIDON
| Légende photo : La Résidence des Jardins Auscitains est l’un des 15 EHPAD exploités par Auvence. |
|