Le Président de la République, le Premier ministre et de nombreux ministres se sont rendus au 89ème congrès des maires, pour défendre leur bilan et présenter leurs propositions. Les élus locaux, en première ligne face aux problèmes sociaux, attendent le prochain gouvernement.
Plus de dix mille des 36 000 maires français ont fait le déplacement à Paris du 20 au 23 novembre dernier pour leur 89ème congrès. La fiscalité locale, l'environnement, le développement économique, le financement des écoles privées ont été quelques-uns des thèmes majeurs des débats, dans un contexte pré-électoral tendu.
Les membres du gouvernement, dont le Premier ministre, Dominique de Villepin, sont venus nombreux pour débattre avec les élus locaux, et le Président de la République s'est, lui aussi, exprimé devant les maires, pour la première fois depuis 2001.
Les élus locaux doivent faire face à des remises en cause de la laïcité : demandes de menus spécifiques dans les cantines, plage d'ouverture de la piscine réservée aux femmes, employées municipales voilées... Réaffirmant l'importance de la loi de 1905, Jacques Chirac a annoncé la création prochaine d'un « Observatoire national de la laïcité ». Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur et des Cultes, a plaidé pour une politique « ferme, mais juste » : « Tous ceux qui viennent en France doivent respecter nos lois, nos coutumes et nos traditions. Mais il n'est pas juste que certains doivent prier dans des caves.
Le problème vient des lieux de culte clandestins, que nous devons libérer des influences étrangères ».
Certains maires s'interrogent sur la possibilité d'un moratoire, permettant aux communes de financer la construction de lieux de culte, pendant une période donnée.
Prévention de la délinquance
Les maires s'inquiètent également du rôle qui leur est dévolu dans la loi de prévention de la délinquance, actuellement en débat à l'Assemblée nationale. «Acteurs essentiels de la prévention, nous n'avons pas vocation à être les hommes et les femmes de la répression ou de la sanction.
Il s'agit de prérogatives régaliennes qu'il appartient à la police et à la justice d'exercer. Ainsi, les détournements d'allocations familiales doivent donner lieu à des mesures émanant du juge des enfants et non du maire. Nous ne sommes ni des maires fouettards, ni des maires shériffs », a ainsi défendu Jacques Pélissard, président (UMP) de l'Association des maires de France (AMF).
« Il ne s'agit pas de vous transformer en shériff, procureur ou juge, mais de vous tenir informés afin que vous puissiez saisir l'autorité responsable. Le maire doit être tenu au courant des infractions commises dans sa commune, mais également des suites apportées par la justice », a répondu Nicolas Sarkozy.
Il a précisé que le maire, en cas de déscolarisation d'un enfant, devait pouvoir saisir le directeur de la Caisse d'allocations familiales (CAF) pour demander la mise sous tutelle ou la suspension des allocations familiales.
«Beaucoup de maires confrontés à la démission des familles les convoquent. La loi donne un cadre juridique à cette intervention», a défendu Nicolas Sarkozy. A la demande des maires, le nouveau Conseil des droits et devoirs des familles, prévu par le texte, sera facultatif et non plus obligatoire.
Bilan et candidature
Concernant les gens du voyage, le ministre de l'Intérieur a annoncé une prochaine loi permettant au Préfet de faire procéder à l'expulsion forcée des caravanes en 24 heures, avec un délai de recours de 72 heures. Succès garanti auprès des élus. Intervenant en ouverture du congrès, le Premier ministre s'est essentiellement attaché à défendre son bilan : modernisation des services publics de l'emploi, création des équipes de « réussite éducative » dans les établissements, charte des services publics en milieu rural, signature des contrats urbains de cohésion sociale, création des pôles de compétitivité, plan de développement des biocarburants...
Mais, à l'applaudimètre, les élus locaux ne se sont guère montrés enthousiastes devant ce discours.
Nicolas Sarkozy, lui, s'est posé en candidat. Il a notamment proposé d'apporter « de la souplesse » dans la décentralisation. « Il faut accepter la diversité française. Pourquoi traiter le Jura et ses 545 communes de la même façon que les Hauts-de-Seine et ses trente-six communes ? ».
Le ministre a également plaidé pour l'instauration de passerelles entre les fonctions publiques d'Etat et territoriale, ainsi que pour une progression des carrières au mérite et non plus uniquement sur concours.
Le ministre de l'Intérieur s'était interrogé sur l'opportunité d'avancer à l'automne 2007 les élections municipales. Face à la grogne des élus, Jacques Chirac, Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy ont annoncé le maintien de la date de mars 2008 pour les prochaines municipales.
Femmes et jeunes à l'honneur
Est-ce un effet Ségolène ? Le Président de la République et le Premier ministre ont annoncé qu'une nouvelle loi sur la parité sera présentée en Conseil des ministres.
Dorénavant, ce ne sont plus uniquement les listes candidates qui devront être paritaires, mais les exécutifs régionaux et municipaux (villes de plus de 3 500 habitants). « C'est une évolution majeure qui va changer en profondeur notre vie politique : les problèmes ne seront plus abordés de la même façon, les points de vue seront différents, les mentalités vont changer », a assuré Dominique de Villepin.
Mais la première loi sur la parité, qui fait obligation aux partis politiques de présenter autant de candidates que de candidats aux élections législatives, sera-t-elle respectée ?
Outre les femmes, le Président de la République a annoncé vouloir mieux intégrer les jeunes dans la vie politique. « Je souhaite instituer une cérémonie de citoyenneté, qui s'adressera à tous les jeunes Françaises et Français majeurs. Elle pourrait prendre la forme d'un accueil en mairie, où chacun se verrait remettre sa carte d'électeur ainsi qu'un code républicain qu'il signerait pour montrer son adhésion aux valeurs de la République », a annoncé Jacques Chirac. Mais les maires sont restés sceptiques face à cette annonce. « Un gadget, jugent certains, qui ne compensera pas la suppression du service militaire ».
Chantal MILLET
| Légende photo : Jacques Pélissard, président de l'AMF et le Président de la République Jacques Chirac (Photo AMF - Arnaud Février) |
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