Notre ami Olaf est instituteur dans un pays ami. Ce jeudi, de passage en Papyravie, il a assisté à la grande manifestation de nos enseignants. Il en revient incrédule.
«Le hasard de mes pas m'a fait croiser ce cortège et je viens de regarder vos journaux télévisés.
Mes amis, vous n'êtes pas sortis de l'auberge.
Quand je pense que vous avez été, pendant plus d'un siècle «notre Lumière».
Quel chemin avez-vous parcouru !
Comprenons-nous bien. Je suis convaincu qu'en Papyravie comme ailleurs, tout le monde est convaincu que l'Education et l'Instruction sont les missions prioritaires de tout gouvernement.
Ce qui me stupéfait, ce n'est pas la manifestation. Après tout, dans ce monde égoïste qui est le nôtre, il est normal que chacun défende son «bout de gras», comme on disait dans vos campagnes..
En revanche, la tartufferie, la triste comédie, qui entoure ce «cinéma», me navre sur deux plans :
Les manifestants interviewés expliquent, d'un ton sentencieux, qu'ils ne se battent que pour le plus grand bien de leurs écoliers et des parents d'élèves.
Pas un des journalistes, qui leur tendent un micro complaisant, ne leur a posé cette question pourtant évidente :
«Puisque vous vous préoccupez tant de vos élèves et de leurs parents, pourquoi, diable, ne pas avoir organisé votre manifestation hier ?
Pourquoi ne pas avoir choisi le mercredi, jour de congé scolaire ?
Les familles se sont organisées pour faire garder leurs enfants ce jour-là et pas un autre.
Les études n'en auraient pas souffert et les parents n'auraient pas été si embarrassés.
Somme toute, vous prétendez être prêts à tous les sacrifices pour la cause de l'enseignement, mais cela ne va pas jusqu'à y consacrer une journée de vos loisirs».
En second lieu, je suis suffoqué que ces manifestants se bornent à demander davantage de moyens, terme pudique pour parler d'augmentations du budget, donc des dépenses, donc des impôts.
Personne n'a évoqué les énormes frais généraux que supporte l'Education Nationale, cette monstrueuse graisse du mammouth, c'est-à-dire les centaines de milliers de fonctionnaires qui émargent à ce budget sans jamais approcher, ni de près ni de loin, un élève ou un étudiant.
Certes, une Administration est nécessaire. Mais faut-il qu'elle soit le double de ce qu'elle est ailleurs, dans les pays où l'instruction est aussi bonne si ce n'est meilleure qu'en Papyravie?
Somme toute, on manifestait parce quelques milliers de postes de surveillants étaient menacés, ce qui effectivement pose problème, mais on faisait silence sur ces légions, dix fois plus importantes, de planqués dans de vagues Services Généraux qui n'enseignent plus depuis belle lurette s'ils ont jamais enseigné.
Car il s'agit de camarades (lorsque les Senestres ont inventé cette belle formule des «copains et des coquins», ils devaient se trouver devant une glace).
Si ces manifestants voulaient vraiment le bien des élèves, ils demanderaient certes une augmentation des moyens mis à leur disposition, mais ils balayeraient aussi devant leur porte».
Le Papyravien
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