Voici le monde confronté à une triple crise, financière, énergétique, alimentaire, et cette dernière devient particulièrement préoccupante.
Les stocks alimentaires diminuent tandis que les prix des nourritures de base s’envolent, créant de nouveaux pauvres et ajoutant encore à la famine dans des pays déjà défavorisés. Ce qui commence à entraîner des émeutes dans certains d’entre eux : Mauritanie, Éthiopie, Indonésie, Haïti, Madagascar, Côte d’Ivoire. Le phénomène pourrait se développer, prendre même la forme de véritables guerres de survie. Selon Robert Zoellick, président de la Banque mondiale, cent millions d’individus se trouvent déjà dans des situations dramatiques.
Et l’on voit resurgir les apocalyptiques théories malthusiennes, héritées de celles de l’économiste anglais Robert Malthus qui, au début du 19ème siècle, développait dans « L’Essai sur le principe de population » l’idée que la population croissant en progression géométrique et sur un rythme plus rapide que celle de la nourriture, la Terre serait dans un avenir assez proche incapable d’entretenir tous ses habitants. Il préconisait donc une limitation des naissances et, ce qui pouvait paraître particulièrement odieux, la suppression de toutes aides aux pauvres afin qu’ils n’aient plus les moyens d’élever des enfants.
Par extension, cela impliquait aussi l’arrêt du progrès, la restriction de la production pour freiner la croissance démographique. Les faits n’ont pas validé ces théories, car la croissance économique a, au contraire, amélioré les conditions de vie, sans catastrophe alimentaire, la science et les nouveaux moyens de production ayant permis à la population terrestre de passer de 1 milliard d’habitants en 1800 à 6 milliards aujourd’hui, pas sans problèmes toutefois puisque les deux-tiers des Terriens sont plus ou moins sous-alimentés.
Il semble cependant que les prévisions optimistes des futurologues concernant la capacité de la planète à fournir les besoins nécessaires à une population de plus en plus importante n’aient pas pris en compte l’explosion brutale de la demande dans certains gigantesques pays émergents qui prétendent, et comment le leur contester, accéder au niveau de vie des nations privilégiées.
Ainsi en Chine et en Inde qui rassemblent près de 3 milliards d’individus, on commence à manger de la viande et comme il faut 14 kilos de céréales pour produire deux kilos de bœuf, 8 kilos pour 2 kilos de porc, le marché des céréales se trouve désorganisé et ce n’est qu’un commencement. La production de biocarburants utilisant des denrées alimentaires, dont maïs et colza, et que nous avons été l’un des premiers à dénoncer, aggrave le déficit entre l’offre et la demande sans que l’on sache comment y porter remède. Il n’est pourtant pas tellement loin le temps des montagnes européennes de beurre bradé, alors qu’il s’agit aujourd’hui d’un des principaux secteurs de pénurie.
Malthus, hors de ses aberrations sociales, n’avait pas tort lorsqu’il préconisait la limitation des naissances. Celle-ci a fini par s’établir en douceur en Europe et aux États-Unis, alors que la Chine allait trop loin en n’autorisant qu’un seul enfant, ce qui ne devrait d’ailleurs pas durer, car l’avenir d’un pays impose le renouvellement harmonieux des générations. Mais on ne peut nier que la restriction de natalité par moyens contraceptifs devrait être acceptée par la population de l’Afrique, le continent le plus pauvre et celui du plus important excès de natalité. Une vigoureuse politique de mécanisation de l’agriculture et d’irrigation doit aussi être financée pour que l’Afrique s’approche de l’autosuffisance. Actuellement elle est aidée par le « Programme alimentaire mondial », mais il a ses limites.
En Europe aussi, il convient de revigorer une agriculture en déclin pour accroître les rendements. Les recherches sécuritaires sur les OGM vont devenir capitales. Pour contrer le quasi-monopole de Monsanto, la France devra innover, déposer ses propres brevets. Sans doute, faut-il aussi remplacer plus souvent la viande par les légumes, éviter les gaspillages d’eau et d’énergie, trouver d’autres plantes non alimentaires pour les biocarburants. Et arriver à contrer les spéculateurs invisibles même si ce n’est guère facile.
Si la démographie se poursuivait au rythme actuel, la Terre compterait 16 milliards d’habitants en 2100 et ses ressources en tous genres ne suffiraient pas, à moins que l’on n’arrive à exploiter les planètes du système solaire comme dans les romans de science-fiction.
Mais mystérieusement, notre planète semble apporter elle-même des régulations démographiques par la guerre, la famine, les catastrophes, les maladies comme aujourd’hui le Sida, les pandémies comme peut-être demain la grippe aviaire. Il devient donc difficile d’avancer des nombres exacts.
À la crise alimentaire vient s’ajouter celle d’autres matières premières comme le pétrole et les métaux. Là encore, on retrouve la Chine qui bâtit énormément, remplace ses vélos par des automobiles et pèse sur les cours de l’acier, du cuivre, de l’aluminium, du plomb. Les mines s’épuisent et, comme pour le pétrole, les coûts d’extraction se font de plus en plus élevés. Le solaire paraît en pleine extension, mais il faudra trouver mieux que les panneaux solaires car ils dépendent du silicium qui se fait rare. Des recherches sont en cours pour trouver un autre semi-conducteur. De même pour l’énergie nucléaire, les nouvelles centrales devront être moins gourmandes en uranium.
L’Homme a toujours su faire face aux situations les plus dramatiques. Il n’est donc pas trop tard pour faire face aux crises actuelles et surtout éviter celles, possibles, de demain si les recherches, les solutions et leurs mises en application font l’objet d’accords mondiaux.
René QUINSON
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