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Trois suicides auront marqué l’actualité depuis octobre 2006. Ils concernaient le site du «technocentre» Renault, à Guyancourt (Yvelines). L’homme qui a mis fin à ses jours, le 20 février dernier ne semblait pourtant pas en difficulté professionnelle. Apprécié par ses supérieurs, ce technicien de valeur allait être promu cadre. La lettre dans laquelle il explique son geste par un travail «trop dur à supporter». Une information judiciaire est en cours pour déterminer si les conditions de travail du malheureux ont pesé dans son geste.
Ces suicides sont sans doute des cas extrêmes. Mais ils sont révélateurs, d’autant plus qu’ils ne sont pas isolés. Selon le psychiatre Christophe Dejours, directeur du Laboratoire de psychologie du travail et de l’action du Conservatoire National des Arts et Métiers, on a pu estimer à 400 le nombre de suicides sur les lieux de travail pour l’année 2003. Outre les suicides, il faut également relever toutes les pathologies provoquées par le stress et dont les effets pèsent lourdement sur l’efficacité de nos entreprises.
Le problème du mal-être au travail ne touche pas seulement les grosses entreprises. Les PME sont elles aussi touchées. De même, les victimes se recrutent aussi bien chez les cadres et les décideurs que chez les simples employés. Des personnels hautement qualifiés peuvent être atteints.
Les raisons du mal-être au travail sont multiples. La plus connue, et la plus évidente est bien sûr la fragilité de l’emploi dans un contexte économique instable.
La forte exigence de compétitivité engendre le sentiment perpétuel de «ne pas être à la hauteur», et surtout la crainte de perdre son emploi. Certaines méthodes actuelles de management instaurent sur les salariés une pression parfois aux limites du tolérable.
Et puis, il y a le surinvestissement personnel de nombre de salariés, dont les effets sur la vie privée peuvent être ravageurs.
Le mal être au travail est un problème humain avec son lot de drames, mais c’est aussi un problème économique.
Alors que certains candidats à la présidentielle veulent mettre l’accent sur la «valeur travail», il importe de rendre au travail toute sa valeur sociale.
Entre les nécessaires adaptations aux réalités économiques et la loi de la jungle, il y a une grande marge. Aux entreprises et à ceux qui les assistent de faire en sorte que le travail ne soit plus un lieu de souffrance, mais un lieu de véritable épanouissement qui laisse leur place légitime aux autres réalités humaines.
Serge PLENIER
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