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Quelques commentateurs ont fait remarquer l’extraordinaire absence de l’Europe — et, même, de tout ce qui allait plus loin que la France — dans l’actuel débat présidentiel. Pourtant, même si les Français apparaissent vraisemblablement comme des rescapés d’un autre âge. Ils demeurent pourtant un des pays fondateurs de ce qui vient d’être célébré à Berlin. Bien qu’ayant rejeté le projet de traité constitutionnel présenté il y a deux ans, ils manifestent incontestablement une âme européenne.
Mais voilà : les visions hexagonales demeurent trop limitées. À force de se répéter qu’ils ont inventé un modèle universel de civilisation et, surtout, que c’est à peu près le seul valable dans le monde d’aujourd’hui, les Français méconnaissent souvent les réalités contemporaines. Alors qu’ils prônent volontiers un monde multipolaire, ils conservent une vision très unilatéraliste, centrée sur leurs seules conceptions. Ils pourraient donc avec profit considérer leurs voisins, y compris les peuples plus lointains qui expriment une véritable faim d’Europe, correspondant autant à un passé depuis longtemps partagé qu’aux avantages communautaires recherchés. Du coup, ils ne voient pas suffisamment la richesse de l’Europe ; celle-ci repose sur une grande diversité tout en s’appuyant sur un socle commun que Romano Prodi, l’ancien président de la Commission Européenne, a défini comme spirituel, regrettant « le refus de se référer explicitement aux racines chrétiennes de l’Europe » (La politique du cœur, Nouvelle Cité, Bruyères-le-Châtel, 2007, p. 286), dans lesquelles il discerne la base pour réaliser « l’Europe des cœurs » dont parlait le cardinal Kasper.
Certains repères ont effectivement disparu alors que, comme l’écrit Jean Sévillia, « la culture de référence, naguère, était nourrie par la pensée gréco-romaine et par le patrimoine philosophique, littéraire, artistique, esthétique, moral et spirituel de 1 500 ans de civilisation européenne » (Moralement correct. Recherche valeurs désespérément, Perrin, Paris, 2007, p. 201). Il n’empêche : comme le rappelle celui qui porte un grand nom du continent et qui en a été lui-même député, l’archiduc Otto de Habsbourg, « la culture est notre drapeau et se dire allemand, français, autrichien, hongrois, croate, c’est se dire européen » car « il existe une culture européenne qui transcende les langues et les nationalités » (Le nouveau défi européen, Fayard, Paris, 2007, p. 472).
Bien sûr, tout le monde parle du « nouveau souffle » nécessaire, ne serait-ce que parce que, à 27 membres — en attendant plus — on ne peut agir comme lorsqu’il n’y avait qu’une dizaine d’États. Le terme est repris notamment par Jacques Barrot, l’ancien ministre français devenu vice-président de la Commission chargé des Transports. Il développe toute une argumentation qui, s’appuyant sur les réalisations du passé et la dynamique du marché intérieur, propose des ambitions qui donnent le titre de son ouvrage, L’Europe n’est pas ce que vous croyez (Albin Michel, Paris, 2007, 254 pages). Et, tout en s’adressant aux candidats à l’élection présidentielle, il presse chacun de « s’impliquer plus avant dans la vie de l’Europe ».
En tout cas, écrit le jésuite Pierre de Charentenay dans Regagner l’Europe (Salvator, Paris, 2007, p. 220), « on ne fait pas l’Europe uniquement avec des textes ». Concrètement, « il faut revenir aux sources pour redonner de l’élan, inviter tous les citoyens européens à regarder devant eux à long terme ».
Jean-Gabriel DELACOUR
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