Confrontées en permanence à une gestion de plus en plus complexe des risques, les entreprises doivent initier une démarche globale intégrant l'évaluation et la prévention des aléas.
L'entreprise peut être définie comme une association dynamique de ressources plus ou moins multiples, complexes et adaptables, dans le but de réaliser ses objectifs économiques dans un contexte, un espace et un temps variables et dans le respect d'une certaine éthique. Par ressources, il faut entendre essentiellement les fonctions humaines, techniques et logistiques, financières et administratives, commerciales et de communication de l'entreprise auxquelles s'adjoignent les sources externes telles que l'approvisionnement, les services extérieurs, l'environnement naturel, humain, social ou politique et législatif.
Ces ressources ne sont pas figées : c'est justement leur interaction dans un processus dynamique qui sera à l'origine de la réussite ou de l'échec de l'entreprise, l'un faisant d'ailleurs parfois mentir l'autre.
L'entreprise court donc constamment «le risque» que cette combinaison des ressources ne fonctionne pas ou soit altérée et que ses objectifs ne soient pas réalisés ou que partiellement. «risque» : le mot est lâché ! Il constitue l'environnement permanent de l'entreprise depuis sa création jusqu'aux différentes phases de son évolution et de sa croissance.
Cependant, jamais cet antagonisme n'a été aussi multiple, complexe et omniprésent dans le processus d'évolution de l'entreprise : elle se trouve ainsi confrontée en permanence à des cycles économiques perturbés, aux exigences croissantes des actionnaires, aux évolutions législatives et jurisprudentielles (protection des consommateurs, des salariés, de l'environnement...), à l'évolution des rapports sociaux, à la concurrence exacerbée qui oblige constamment à anticiper ou réagir dans une recherche constante d'adaptation des hommes, des machines, des produits et des services....
Elle doit aussi faire face à de nouvelles données telles que la hausse du risque judiciaire, la flambée des tarifs d'assurances et l'encadrement des garanties, la prévention des risques technologiques, le contrôle attentif des commissaires aux comptes, l'exigence croissante des clients, des administrations, des institutions communautaires....
Et les sanctions sont sévères : d'abord économiques et financières, elles sont aussi sociales, peuvent être judiciaires et pénales ou revêtir des aspects plus perfides mais émergents, tels que susciter des critiques internes et désolidariser les ressources humaines, atteindre à l'image de l'entreprise, à la communication sur ses valeurs.
Face à cette problématique, l'entreprise doit initier une véritable politique de gestion globale de ses risques afin de réduire «ses aléas» pour mieux combiner ses ressources et remplir ses objectifs économiques, le tout dans le respect de son éthique.
Démarche globale
Mais initier une véritable politique de gestion des risques ne saurait seulement consister à vérifier la qualité des assurances de l'entreprise et de ses mandataires sociaux, à créer un CHSCT, à former son personnel, à recruter des juristes... des mesures certes nécessaires mais aujourd'hui nettement insuffisantes. L'enjeu pour l'entreprise est désormais d'intégrer la gestion de ses risques dans sa culture, dans son organigramme structurel et fonctionnel et initier une véritable démarche avec des outils et des procédures adaptés et évolutifs. Mais comment initier cette démarche ? Par quoi commencer ? En schématisant, l'entreprise mettra en oeuvre une chaîne d'analyse progressive de gestion des risques au niveau de chacune de ses ressources dont le premier maillon sera l'identification des risques, puis l'évaluation de leurs conséquences, leur hiérarchisation et enfin leur traitement par la prévention, leur réduction ou partage, l'auto-protection ou leur transfert. Mais, pour que cette démarche puisse aboutir efficacement et s'inscrire dans la durée, l'entreprise devra nécessairement se doter d'outils et procédures à la mesure de l'enjeu. Il lui faudra en outre adapter sa gouvernance, ses moyens d'auto-contrôle, ses processus décisionnels, auditer, prendre en compte les recommandations de source externe... sans pour autant évidemment tomber dans la paranoïa, le repli sur soi ou le surcoût disproportionné. En allant à l'essentiel, une bonne gestion des risques de l'entreprise nécessite d'abord la détermination des dirigeants, des ressources dédiées, une coordination des informations et des analyses, des délégations réelles mais contrôlées auprès des personnes compétentes ; des instruments d'identifications et d'évaluation quantitatifs et qualitatifs complets et évolutifs dont le recours à des experts extérieurs à l'entreprise. La mise en place de cette politique agira dès lors tel un levier, permettant certes d'améliorer la protection de l'entreprise mais aussi la gestion opérationnelle et la stratégie sur le moyen et le long terme.
Opportunités
Bien menée, la gestion des risques débouchera en effet sur la levée d'opportunités.
Elle sera non seulement un outil promotionnel de la qualité, mais aussi de partage de valeurs et de solidarité au sein même de l'entreprise, et de communication vers l'extérieur. Elle sera également porteuse de valeur pour l'actionnaire pour qui gestion et maîtrise des risques signifieront diminution de la volatilité du cours de l'action, confiance raisonnée en l'entreprise et sa pérennité et donc revenus réguliers et patrimoine protégé. Plus que jamais, l'approche globale des risques et leur maîtrise constitue une donnée incontournable et irréversible dans le processus d'évolution de l'entreprise. La chance ne sourira qu'à ceux qui s'y seront préparés !
Xavier MOURETTE
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