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Eads, le consortium européen d'aéronautique et de défense chapeautant notamment Airbus, n'avait vraiment pas besoin de cela. Après avoir été montré du doigt dans l'affaire Clearstream à travers non seulement son vice-président exécutif Jean-Louis Gergorin« -assez vite démis- et son informaticien bidouilleur Imad Lahoud, le groupe se trouve aujourd'hui dans l'oeil du cyclone dans deux affaires très liées : une gestion et des résultats hasardeux d'un côté et des dirigeants qui non seulement ne semblent plus tellement y croire mais surtout qui en ont retiré depuis déjà trois mois l'argent qu'ils y avaient investi.
On comprend qu'un conseil d'administration se soit tenu le 19 à Munich et que de nombreux politiques aient exprimé leur sentiment sur la question.
Si, depuis le début de l'année, Eads a perdu plus de 40 % en bourse -dont 26,32 % pour la seule journée du 14 juin-, c'est avant tout parce que le constructeur européen accumule les retards de livraison d'Airbus (62,2 % du chiffre d'affaires), ce qui non seulement fait mauvais effet, mais encore entraîne de fortes pénalités à verser aux compagnies aériennes qui veulent en acquérir.
Cela concerne surtout l'A 380 (159 commandes), dont un seul exemplaire sera fourni cette année, et le projet de l'A 350 (331 commandes), sévèrement critiqué par divers clients.
C'est dans ce contexte qu'on vient de s'apercevoir que cinq dirigeants d'Eads, plus les trois enfants du co-président Noël Forgeard, ont vendu, entre le 8 et le 20 mars dernier, un peu plus de 500 000 actions. Comme, à cette époque, les difficultés du groupe n'avaient pas été portées sur la place publique, se pose la question du délit d'initié.
À quoi l'opinion ajoute tout naturellement le sentiment que le capitaine et son état-major abandonnent le navire avant les passagers...
Tout cela montre, entre autres, que les problèmes de personnes ont empêché la mise sur pied d'une véritable stratégie et que les clans qui se sont opposés -lutte dans laquelle Jean-Louis Gergorin était très impliqué- ont perdu de vue qu'une entreprise est d'abord faite pour réussir.
Même si Boeing commence également à connaître des difficultés de livraison avec son 787, le public a éprouvé la désagréable sensation que les responsables d'Eads se montraient plus prompts à s'occuper de leurs intérêts personnels que de ceux de leur société.
Le jeu compliqué du capitalisme français lié à l'État voit s'ajouter ce dossier à celui, éminemment explosif, de la privatisation de Gdf destinée à permettre sa fusion avec Suez et à celui, non moins délicat, de l'opa de l'Indien Mittal sur Arcelor -sans oublier le tout récent échec du rapprochement entre Veolia (services aux collectivités) et Vinci (construction).
Enfin, derrière mais pas loin, se profilent les menées des fonds de pension nord-américains qui font tout pour contrôler les Bourses européennes, seules l'Allemagne et la France marquant leur volonté de résister.
Jean-Gabriel DELACOUR
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