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Le ralentissement de l’économie mondiale est désormais officiellement admis. Même si les Etats-Unis continuent d’exclure le risque d’une récession. Cette dernière est pourtant très probable et pourrait se révéler salutaire. En dépit, ou à cause, du témoignage de confiance apporté aux marchés par le célèbre milliardaire Warren Buffet.
Le climat était un peu tendu, lors du dernier G7 à Tokyo. Non que votre chroniqueur l’ait observé in situ – il n’était pas invité à la fête, bien que le yen soit plutôt bon marché en ce moment. Mais les images qui ont été transmises reflétaient une certaine crispation, et les propos qui ont été diffusés contenaient tous une pointe d’acidité, en dépit de la volonté traditionnelle d’afficher un large consensus. Il faut dire qu’avant le sommet, c’était vraiment la cacophonie : il y a manifestement une différence d’appréciation, des deux côtés de l’Atlantique, quant à l’acuité de la crise en cours. Les Américains se sont hâtés de donner du mou à leur marché intérieur : la Maison-Blanche va gratifier le contribuable (ainsi que le non-imposable) d’un chèque sympathique, et la Banque Fédérale a rouvert les vannes du crédit, en dépit de la hausse des prix à la consommation, qui ont progressé à un rythme annuel de 4% le mois dernier. Presque deux fois plus vite que les prix européens. Ce qui n’empêche pas notre BCE de sonner le tocsin, bien que son Président se soit montré pour l’occasion un peu plus souple qu’à l’accoutumée : les observateurs en ont déduit qu’une hausse des taux sur l’euro était désormais improbable, et qu’une baisse devenait même possible, pour peu que l’activité de la Zone soit un peu plus molle qu’attendu. Ainsi donc nos éminences ont reconnu que la machine mondiale patinait un tantinet, même si la voix officielle de l’Amérique continue de récuser l’hypothèse d’une récession yankee. Selon la définition officielle, qui vaut ce qu’elle vaut, il faut constater trois trimestres consécutifs de constriction du PIB pour parler de récession.
Les moyens déployés par l’Oncle Sam, pour contenir la déprime, devraient produire quelques effets… à moyen terme. Mais demeure quand même une grosse incertitude sur le système financier, ce pourquoi les autorités ont exhorté les banques commerciales à afficher, en toute transparence, l’état réel de leurs pertes à la suite de la crise des subprime. Il s’avère en effet que l’éclatement de la bulle aurait généré une perte approximative de 400 milliards de dollars – ce qui fait un joli paquet – alors que, à ce jour, un peu plus de 120 milliards « seulement » ont été déclarés par les perdants. Les autorités et les marchés redoutent que de grosses ardoises soient encore cachées sous le tapis, et que le grand nettoyage de printemps multiplie les mauvaises surprises : on sait maintenant qu’une banque peut être exposée, sans en être pleinement consciente, à des pertes astronomiques. Le sommet de Tokyo a, en tout cas, confirmé le sentiment que la concertation systématique entre les Instituts d’émission, que l’on nous vend régulièrement comme une certitude, était maintenant au mieux hypothétique, au pire virtuelle. Cela ne surprendra pas le lecteur assidu : voilà longtemps que l’on promet ici la survenance d’une guerre monétaire totale, dont les conséquences sont complètement imprévisibles, mais potentiellement dévastatrices. Dans l’intervalle, les prévisionnistes auront l’œil rivé sur les communiqués bancaires et sur les statistiques de l’activité américaine, les deux facteurs déterminants de la conjoncture mondiale des temps à venir.
Le message de Warren Buffet
Heureusement pour le moral des financiers, il y a Warren Buffet, le gestionnaire légendaire de Berkshire Hathaway, deuxième fortune mondiale derrière Bill Gates – avant que ces deux nababs ne se dépouillent au profit de la fondation du patron de Microsoft. Voilà déjà quelques semaines que Warren a fait part de son intérêt pour le papier garanti par les monoliners, ces « rehausseurs de crédit » aujourd’hui dans la tourmente pour avoir inclus les dérivés de subprime dans leurs portefeuilles. Buffet est déjà investi dans le milieu de l’assurance, et le métier de monoliner est assez comparable, sur le terrain financier, à celui de la réassurance classique. Son idée consiste à profiter de la crise actuelle, qui renchérit fortement le prix du risque et donc abaisse tout autant la valeur des actifs concernés, pour soulager les rehausseurs de crédit de la fraction de leurs portefeuilles… la moins risquée. Celle qui concerne les emprunts des collectivités locales. Buffet se propose ainsi de reprendre la garantie de 800 milliards de dollars de bons municipaux ; vous avez bien lu : huit-cent milliards. Libérés d’un tel montant d’engagements, les monoliners en difficulté retrouveraient le niveau de fonds propres suffisant pour toiletter, en sécurité, leur portefeuille pourri lié au subprime. Pour Berkshire Hathaway, c’est l’opportunité de réaliser un très gros coup… dès lors que la crise se sera résorbée et que les primes de risque se seront détendues, revalorisant du même coup le portefeuille sous-jacent. Au vu de la réputation non usurpée du « sage d’Omaha », les observateurs en déduisent que l’on est maintenant arrivé au plus profond de la crise. Et qu’il est permis d’envisager, avec un peu de patience, l’arrivée de jours meilleurs. « Il n’est pas intelligent de vendre les Etats-Unis à découvert », a déclaré Buffet en préambule à son offre. On aimerait le croire sur parole, même si, depuis 2000, il était manifestement plus rentable de vendre l’Amérique et son dollar que de les acheter. Mais si Warren a raison, cela signifie qu’une récession, sans doute brutale, viendra prochainement nettoyer les écuries pour préparer l’Amérique à un vrai rebond. A bon entendeur…
Jean-Jacques JUGIE
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