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Depuis quelques semaines, les quarante ans de Mai 68 font les frais de l’actualité : pas une chaîne de télévision qui n’y consacre au moins une émission par semaine, pas de magazine ou de quotidien national qui n’en parle. Et le plus gros reste à venir. Dans cette débauche commémorative, on a oublié ce que fut cette période pour une majorité de Français et notamment pour ceux qui n’habitaient ni Paris ni une grande métropole étudiante : un pays paralysé, plus de transports en commun, plus d’essence, des approvisionnements toujours plus difficiles et la crainte (ou l’espoir pour quelques-uns) d’une révolution d’autant plus inquiétante qu’elle ne savait visiblement pas où aller, en dépit de son marxisme de façade.
Le plus étonnant est que cette «révolution» fut initiée par une jeunesse apparemment privilégiée (les étudiants). Ces jeunes,nés dans une période d’abondance (les «Trente glorieuses») n’avaient connu ni guerre ni privations. Simplement, ils avaient l’impression d’étouffer dans une société qui leur apparaissait trop rigide, voire archaïque. C’est de cette impression qu’est née leur phraséologie ingénument subversive («interdit d’interdire»). Au fait, y a-t-il eu véritablement révolution ? D’un point de vue social et politique, la réponse est clairement non. Les accords de Matignon calmeront peu à peu les ardeurs subversives des salariés. Quant aux étudiants, les vacances auront raison de leur élan. La France élira une Assemblée nationale nettement à droite, et la seule vraie victime sera le Général De Gaulle.
Pourtant, les bouleversements provoqués par Mai 68 sont encore aujourd’hui importants. Il y a d’abord la crise de l’autorité que nous ressentons toujours. Que ce soit dans l’entreprise, l’administration ou même l’armée, les relations hiérarchiques sont devenues plus souples. Pour le système éducatif, les effets sont certes moins heureux. La furie pédagogisante a provoqué de réels dégâts que personne n’ose plus nier. Mais le basculement le plus profond demeure celui des mœurs et de la sexualité. Nous en voyons trop l’effet autour de nous pour qu’il soit nécessaire d’insister.
Mai 68 a quarante ans, presque la moitié d’une vie d’homme. Beaucoup de choses restent à démêler, le meilleur du moins bon, voire du pire. Ce moment, qui ne fut pas seulement français, doit encore être patiemment analysé et filtré.
Si elles prennent part à ce processus, les commémorations de Mai 68 ne seront peut-être pas inutiles.
Serge PLENIER
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