Les Echos Judiciaires Girondins - Accueil Publiez votre annonce legale en ligne !
Mot(s)-clé : Rechercher !
 Accueil    Actualités 

Tribune libre

Les Echos Judiciaires du 16 décembre 2014
S'inscrire gratuitement | Se connecter

 
 

 

Banquiers centraux : Le stress


Dans leur désarroi, les nations attendent sur le plan politique l’élu providentiel qui effacera la crise. Les déceptions sont prévisibles. Sur les marchés, les opérateurs espèrent la même chose de leurs banquiers centraux. Lesquels ne sont pas des cancres, mais en savent à peine plus que le pékin sur la monnaie. C’est-à-dire pas grand-chose.


On ne soulignera jamais assez le caractère mystérieux de la monnaie, même pour ceux qui en assurent statutairement la tutelle, à savoir les banques centrales. Car il faut se rappeler les aveux du banquier central le plus médiatisé de l’histoire financière, Alan Greenspan, sacré en son temps « maestro » et « gourou des marchés », entre autres flagorneries bouffonnes. Souvenons-nous : alors qu’il avait quitté les commandes de la FED, après un mandat interminable (18 ans), il a publiquement avoué que ses croyances dans le fonctionnement des marchés étaient erronées, et que son approche de la monnaie pouvait de ce fait s’en trouver altérée. Nul ne saura jamais si l’on doit cette confession dérangeante à une illumination tardive, une soudaine crise d’humilité ou une pulsion crépusculaire de sincérité. On pencherait plutôt pour cette dernière hypothèse : tout au long de sa carrière professionnelle, Greenspan s’est évertué à distiller des propos sibyllins. Son modèle de communication était le Sphinx, mais un Sphinx sans secret – ce qu’Oscar Wilde disait aimablement des femmes, le mufle. Il est en effet permis de soupçonner Alan Greenspan d’avoir compris assez rapidement que les fameux « leviers monétaires », la boîte à outils du Banquier central, sont par eux-mêmes modérément agissants ; c’est surtout la croyance des marchés en leur efficacité qui provoque des réactions. Pas toujours celles qui sont espérées, hélas. Mais le seul fait de croire aux douloureux retours de manivelle d’un revirement, dans la politique monétaire, a longtemps suffi aux Etats-Unis pour calmer la témérité toujours en éveil des opérateurs. Ce que Greenspan a peut-être confondu alors avec l’«autorégulation des marchés », qu’il admet aujourd’hui devoir remiser au rayon des billevesées. Un constat lucide s’impose : une légion de spéculateurs se montre nécessairement plus intelligente qu’un seul homme, fût-il gourou de la finance et doté du pouvoir régalien de battre monnaie, ou de fermer le robinet à liquidités. Plus intelligente, c’est-à-dire parfaitement apte à élaborer la stratégie la plus pertinente pour atteindre l’objectif : accumuler le maximum de profits. Pendant la majeure partie de sa carrière, Greenspan s’est montré largement bienveillant dans sa politique monétaire – très « accommodant » pour reprendre la formulation favorite du past-président de la BCE. Si le prix des actifs, financiers et immobiliers, tutoyait l’« exubérance », ce n’était, après réflexion, que le signe tangible d’un réel enrichissement de l’Amérique (son obsession constante). Ainsi, Greenspan a redécouvert la méthode qu’expérimenta chez nous le fameux John Law, véritable inventeur de la finance moderne : pour rendre un pays prospère, il suffit de « fabriquer » de l’argent à due-concurrence. D’accord, la doctrine est ici un peu schématisée, mais on force à peine le trait. En tout cas, les milieux d’affaires ont adoré Greenspan : sous son règne, le business a flambé et le portefeuille américain s’est gonflé de… créances. Lesquelles sont, on le sait, la contrepartie de dettes. Les créances ne sont donc pas tout-à-fait « de l’argent », mais ont une valeur comprise entre le nominal, si l’emprunteur est doré sur tranche, et zéro, s’il est un malheureux « subprime ». On connaît depuis lors les dommages résultant de la confusion largement répandue entre « monnaie » et « créances »…

La FED devient « transparente »

Bien qu’il ait fait rougir la chaudière monétaire avec un entrain qui ne l’honore pas, Greenspan passera pour un petit bras aux yeux de l’Histoire, face à son successeur Ben Bernanke. Avant son accession au fauteuil de la FED, Ben s’était fait une jolie réputation de théoricien du « réglage fin de l’inflation ». Sans vouloir l’offenser, de tels états de service éveillent nécessairement l’hilarité chez quiconque s’intéresse un peu à l’économie en général et aux questions monétaires en particulier. Un peu comme si un général d’armée se glorifiait d’être un spécialiste du pli de pantalon dans les guerres de tranchées. Certains commentateurs vont jusqu’à prétendre que Bernanke n’a rien compris à la monnaie, et que l’avoir nommé à ce poste est aussi cocasse que d’attribuer à un mécréant l’archevêché de Cantorbéry. La critique n’est pas nécessairement impertinente, mais elle est à coup sûr injuste. Car à ce jour, personne ne peut se targuer de comprendre le phénomène monétaire au point de prétendre en piloter les destinées. Les banquiers centraux gèrent l’équivalent d’une centrale nucléaire : s’ils se montrent strictement respectueux de l’orthodoxie sécuritaire, ils se font lyncher (pas d’argent, pas d’épices). Mais dès qu’ils s’enhardissent à négliger les procédures, l’accident potentiel peut générer des dégâts imprévisibles. Bernanke a récemment promis que la FED allait devenir « transparente », ce qui est le meilleur moyen d’encourager la spéculation à se lâcher. Il a promis de maintenir les taux au plancher jusqu’à la saint-glinglin (2014 au moins) et en même temps de conduire sa politique avec un objectif d’inflation à 2%. Un pied sur l’accélérateur, un œil sur le frein – ou vice versa. Les marchés ont tiré les conclusions qui s’imposent de cette dialectique brindezingue : le quantitative easing n° 3 approche. Des flots d’argent pour doper les marchés, des explosifs pour dynamiter le dollar. Le tout pour maintenir la fiction que les créances et la monnaie, c’est la même chose. Eh bien non, Ben : on parie ?



Jean-Jacques JUGIE



© Les Echos Judiciaires Girondins - Journal N° 5854 du 14/02/2012. Tout droit révervé.

A lire également dans Tribune libre



204459
ANNONCES EN LIGNE
 
Les Journaux
 
 
  LE DERNIER JOURNAL DU 16/12/2014
  RECHERCHE AVANCÉE
 
Actualités
  Economie
  Environnement
  Droit
  Vie des professions
  High-tech
  Loisirs / culture
  Santé
  Ventes au tribunal
  Le mardi de l'immobilier
  Le vendredi de l'emploi
  Gironde actualités
  Social
  Chroniques du barreau
  Carnet
  Collectivités
  Les cahiers pratiques du barreau
  Ventes devant avoir lieu au tgi de libourne
  Ventes devant avoir lieu au tgi de bordeaux
  Résultats des ventes du tgi de bordeaux
  Résultats des ventes du tgi de libourne
  Billet d'humeur
  Tribune libre
  Chronique des notaires de gironde
  Concours
  Le commissaire aux comptes
  L'emploi et l'immobilier en août
  Fiscalité
  Finance
  Nécrologie
  Entreprises
  Actu fiscale en bref
  Sortir
  Interview
  S'abonner au journal
 
Annonces Légales
  Ventes au tribunal
  Appels d'offres / Avis d'enquète
  Constitutions
  Modifications
  Convocations
  Fonds de commerce
  Régimes Matrimoniaux
  Tribunal de Grande Instance
  Tribunal de Commerce
  Avis
  Insaisissabilité
  Marché Public
  Diffuser une annonce
 
Le Journal
  C'EST MA PREMIÈRE VISITE
  LES ECHOS JUDICIAIRES GIRONDINS
  ANNONCES LÉGALES
  PUBLICITÉ
  ABONNEMENT
  ESPACE PERSONNEL
  NEWSLETTER
  CONTACTEZ-NOUS
 
Autres Publications
  LA VIE ECONOMIQUE
  LES ANNONCES LANDAISES
La Une du dernier journal du 16/12/2014 | Créer un compte | Créer une Alerte | Espace Personnel | Mentions légales | Plan du site | Contact |
© Les Echos Judiciaires Girondins - Réalisation : n / Agence Conseil Internet