Les Echos Judiciaires Girondins - Accueil Publiez votre annonce legale en ligne !
Mot(s)-clé : Rechercher !
 Accueil    Actualités 

Tribune libre

Les Echos Judiciaires du 07 février 2012
S'inscrire gratuitement | Se connecter

 
 

 

Café : La guerre en capsules

Le marché du café pèse lourd dans le commerce mondial. Et il offre quelques niches lucratives : les variétés rares, par exemple. Ou celle aménagée par Nespresso et son système à capsules désormais célèbre. En dépit de son épais blindage de brevets, la firme suisse est maintenant concurrencée.

Dans la hiérarchie des énergies indispensables à l’espèce humaine, le petit noir vient juste après la gazoline : le café demeure en effet le second marché mondial derrière le pétrole. Cela n’empêche pas les cours du grain de subir de fortes fluctuations, au gré des caprices de la météo et des lubies de la spéculation. Sans compter le cas particulier des crus rares, dont le prix est comparable à celui des grands Bordeaux : le Blue Mountain de la Jamaïque (environ 150 euros le kg au détail), longtemps considéré comme le nec plus ultra, vient d’être supplanté dans le cœur des gastronomes par le Bourbon pointu, une variété disparue et récemment réintroduite à La Réunion, en Guadeloupe et en Nouvelle-Calédonie, grâce à la ténacité d’un amateur… japonais. Cette variété précieuse aurait, en son temps, eu la faveur de Louis XV, quand la Pompadour se montrait imbuvable (ce qui était fréquent, selon les mauvaises langues de l’époque) ; il aurait contribué à faire tourner l’usine littéraire de Balzac, bien que sa teneur en caféine soit bien moindre que celle d’un classique arabica. En tout cas, le Bourbon pointu a conquis ces buveurs de thé impénitents que sont les Japonais, à tout le moins ceux qui peuvent s’offrir quelques grains à… 450 euros le kg -environ vingt-cinq fois le

prix d’un café convenable. N’ayant pas déniché de Bourbon pointu chez ses fournisseurs habituels, le signataire ne peut valider l’excellence du breuvage, qui serait caractérisé par des saveurs tout-à-fait inhabituelles (orange, mandarine, litchi). Si tel est le cas, on peut donc sans se ruiner obtenir des sensations voisines chez le marchand de fruits du coin de la rue.  Pour le commun des mortels, qui apprécie dans le café le goût de… café, les nouveautés résident surtout dans son mode de préparation. Nul ne peut rester insensible aux charmes du minuscule « espresso » servi en Italie, pays qui a conservé de ses anciennes colonies le goût raffiné du moka éthiopien. Lequel demeure un modèle d’excellence dans de nombreuses sociétés, à l’exception de celles qui ont adopté le «café belge», caractéristique des usages anglo-saxons : une décoction à peine colorée, que l’on boit dans des tasses aussi vastes que des bocks à bière. Ainsi, après la grande vague des percolateurs à usage domestique, d’une efficacité variable, est venue l’ère des appareils à capsules. Et celle de la réussite remarquable du pionnier Nespresso.

Un marché envié

Le département R&D du groupe suisse Nestlé a commencé à s’intéresser à la question en 1970, et les travaux ont duré quinze ans, avant que soit déposé le premier brevet d’une capsule contenant du café fraîchement moulu, l’extraction se faisant sous pression. Destiné à l’origine aux personnels des entreprises, le système a été rapidement proposé au grand public, d’abord au Japon, avant de s’internationaliser largement. Avec un chiffre d’affaires de 2,8 milliards de francs suisses, et des marges généreuses, l’aventure Nespresso est un très beau succès technique, quant à la méthode utilisée. Mais c’est surtout un marketing efficace qui a dopé la réussite, adossé à un contrôle total du processus : Nespresso maîtrise complètement la filière, de la production des capsules à leur distribution. « What else ? », dirait George Clooney, porte-parole publicitaire de la marque. Eh bien, selon les lois immémoriales des affaires, cette saga a aiguisé les appétits.  Nespresso aurait déposé 1 700 brevets pour se protéger des intrus, tant pour la fabrication des machines que pour celle des capsules. On n’ose pas imaginer l’investissement juridique que suppose ce blindage de contre-torpilleur. Pour les premiers brevets, la protection vient à échéance en 2012. Malgré cela, une entreprise entend s’engouffrer dans la fabrication de capsules compatibles avec les machines brevetées Nespresso. Son Président n’est autre que l’ingénieur qui mena en son temps le projet pour le compte du géant suisse. Et qui entend maintenant tailler des croupières à son ancien employeur, en commercialisant, à partir du mois de mai, ses produits à un prix inférieur, bien entendu. L’exercice n’est pas difficile : il y a du gras sur l’os (une capsule Nespresso coûte au minimum 33 centimes d’euro, pour 5g de café). Du rififi en perspective, d’autant plus qu’un géant américain, Sara Lee, annonce qu’il se positionne sur ce même marché, dès le début de ce mois ! La direction de Nespresso se montre sereine, comme si ses challengers n’étaient que de petits bras promis à la raclée. On ne sait ce qu’il en est exactement, tant sur le plan technique qu’au niveau juridique. Mais il est quasiment assuré que les divers intervenants ont pas mal d’argent à perdre.

Les challengers risquent d’avoir à subventionner leurs staffs d’avocats pour un bon bout de temps, et ils s’exposent à la sanction des tribunaux. Pas étonnant que la Bourse devienne aussi aléatoire que la roulette : ce n’est plus en produisant des biens et des services que les firmes prospèrent désormais, mais en recherchant des profits judiciaires dans la guerre virtuelle. C’est un peu fort de café, non ?


Jean-Jacques JUGIE



© Les Echos Judiciaires Girondins - Journal N° 5664 du 20/04/2010. Tout droit révervé.

A lire également dans Tribune libre



153519
ANNONCES EN LIGNE
 
Les Journaux
 
 
  LE DERNIER JOURNAL DU 07/02/2012
  RECHERCHE AVANCÉE
 
Actualités
  Economie
  Environnement
  Droit
  Vie des professions
  High-tech
  Loisirs / culture
  Santé
  Ventes au tribunal
  Le mardi de l'immobilier
  Le vendredi de l'emploi
  Gironde actualités
  Social
  Chroniques du barreau
  Carnet
  Collectivités
  Les cahiers pratiques du barreau
  Ventes devant avoir lieu au tgi de libourne
  Ventes devant avoir lieu au tgi de bordeaux
  Résultats des ventes du tgi de bordeaux
  Résultats des ventes du tgi de libourne
  Billet d'humeur
  Tribune libre
  Chronique des notaires de gironde
  Concours
  S'abonner au journal
 
Annonces Légales
  Ventes au tribunal
  Appels d'offres / Avis d'enquète
  Constitutions
  Modifications
  Convocations
  Fonds de commerce
  Location Gérance
  Régimes Matrimoniaux
  Tribunal de Commerce
  Marché Public
  Diffuser une annonce
 
Le Journal
  C'EST MA PREMIÈRE VISITE
  LES ECHOS JUDICIAIRES GIRONDINS
  ANNONCES LÉGALES
  PUBLICITÉ
  ABONNEMENT
  ESPACE PERSONNEL
  NEWSLETTER
  CONTACTEZ-NOUS
 
Autres Publications
  LA VIE ECONOMIQUE
  LES ANNONCES LANDAISES
La Une du dernier journal du 07/02/2012 | Créer un compte | Créer une Alerte | Espace Personnel | C'est ma Première Visite | Plan du site | Contact |
© Les Echos Judiciaires Girondins - Réalisation : On / Agence Web Bordeaux | Encheres | Entreprise | Commerce a vendre | Forum entreprise | Contact professionnel