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Les Echos Judiciaires du 18 mai 2012
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Rome en réformes


On a ironisé dans ces colonnes sur le caractère providentiel de la nomination d’un profil technico-cardinalice à la tête de l’Italie. Peut-être a-t-on eu tort. En deux mois, Mario Monti a vigoureusement secoué la Botte : un plan d’austérité draconien, déjà voté et une flopée de mesures qui viennent déboulonner le statut des professions réglementées.


Chacun des Etats de l’Union s’active à peaufiner le détail d’une politique conforme aux vœux communs. C’est-à-dire qui soit à la fois susceptible de garantir la résorption rapide du déficit budgétaire, et en même temps de favoriser un regain de croissance. L’exercice n’est pas aisé, on s’en doute, d’autant que les prévisionnistes sont unanimes à anticiper une année de grande langueur en Europe. Sans que l’on puisse compter sur les autres continents pour atténuer la douleur. Le consensus s’établit autour d’une croissance ridicule de 6% en Chine : certes, nous serions comblés avec le tiers de cette performance, mais un tel taux doit être interprété comme un fort ralentissement de l’économie chinoise ; une quasi-récession. Il serait également vain de compter sur l’Amérique dans le rôle de locomotive de l’activité mondiale : en dépit de l’enthousiasme un peu forcé des médias face aux dernières statistiques, la situation des Etats-Unis demeure précaire. Voire explosive, si l’on en croit les longs développements sur le sujet du Laboratoire européen d’anticipation politique(1). Sa dernière livraison tient pour probable le déclenchement prochain d’une nouvelle salve de quantitative easing, le QE3, d’ampleur massive et aux conséquences destructrices sur l’économie réelle et le dollar. Bien que les prévisions du LEAP atteignent un niveau de pertinence très élevé pour ce type d’exercice, celles relatives aux Etats-Unis demeurent en deçà de la performance globale : voilà un moment que le LEAP pronostique l’effondrement étasunien pour l’année à venir, et l’Oncle Sam est toujours debout. Chancelant, certes, mais debout. Accordons toutefois aux analystes le bénéfice de l’aléa ordinaire dans le timing des événements, et portons à leur crédit cet adage populaire : à force d’être dans le vrai, on finit par avoir raison. Car les signes de paralysie politique se multiplient, au milieu du grand guignol de la campagne des primaires. Et les arguments historiques qui ont justifié la domination américaine en matière de production de richesses, d’influence diplomatique et de puissance militaire, s’érodent tous de façon pathétique. Les conclusions du LEAP ne sont donc pas exclusivement dictées par une animosité non dissimulée à l’égard de la culture yankee et de son imperium étouffant. Pas plus que ses anticipations sur l’Europe ne sont aveuglées par une affection tout aussi ostensible, même si elles sont souvent teintées d’un lyrisme militant. Telles celles qui concernent l’Italie, qui devrait constituer « la grande surprise de l’année au sein de l’Euroland », grâce à sa réactivité supposée en cas de crise grave.

Dynamitage des traditions

Il faut donc examiner avec attention la « stratégie du choc », pour paraphraser Naomi Klein, que Mario Monti a mise sur orbite depuis son arrivée récente aux affaires. Dès le mois dernier, le Parlement a voté un plan d’austérité s’apparentant à une purge, à hauteur de 63 milliards d’euros. Dès janvier, le Conseil des ministres a été saisi d’une brassée de réformes dites structurelles, puisqu’elles concernent principalement le statut des professions réglementées, c’est-à-dire protégées par un monopole et/ou assorties d’un numerus clausus. Par exemple, le verrou limitant la création des pharmacies (en fonction de la densité de la population locale), va sauter : le gouvernement prévoit par cette mesure la création de 5 000 officines (ce qui est énorme : pour mémoire, il y en a environ 22 500 en France et la tendance s’oriente plutôt à la baisse). De la même façon, le tarif des notaires (et des avocats) deviendra libre (à quelques rares exceptions près) : on ne sait ce que peut produire, en termes économiques, l’introduction de la concurrence tarifaire dans le notariat. Mais on peut prédire à coup sûr que l’impact psychologique sera fort (il suffit de s’imaginer en train de négocier l’addition…). Le gouvernement italien escompte probablement un regain de vocations dans les métiers du droit, ce pourquoi ces professions pourront exercer dès leurs deux dernières années de formation. C’est sans doute assez sportif, quand on connaît le temps qu’il faut pour former un avocat ou un notaire. Sur un autre registre, les modalités d’attribution des licences de taxis seront revues : l’administration centrale s’en chargera en lieu et place des communes et le numerus clausus sera relevé (évidemment, c’est déjà la bronca chez les taxis, en dépit de la compensation financière prévue). En outre, s’agissant des véhicules, deux mesures touchant à la machina si précieuse au cœur des Italiens : l’assurance automobile, d’abord, très onéreuse. L’intermédiation est sommée de faire jouer la concurrence, ce qu’apparemment elle ne fait pas aujourd’hui, pour des raisons qui nous échappent. Enfin, les contrats d’exclusivité, dans la distribution de carburant, vont être dénoncés : les Italiens devraient y gagner de sérieuses économies, vu que l’essence est chez eux hors de prix. On passera pudiquement sur la mesure destinée à encourager le dynamisme entrepreneurial, avec l’instauration de la société à 1 euro de capital (on a déjà donné). L’ensemble de ces mesures est supposé générer un surcroît d’activité de 2% du PIB. Est-ce réaliste ? On le souhaite de tout cœur aux Italiens. Mais les pharmaciens et notaires français vont croiser les doigts pour que la réforme romaine soit un échec…



Jean-Jacques JUGIE 




1-LEAP2020.eu.


© Les Echos Judiciaires Girondins - Journal N° 5852 du 07/02/2012. Tout droit révervé.

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