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Trump et les excédents commerciaux allemands

Économie 4 juillet 2017

Dans un de ses «gazouillis» numériques dont il est familier, Donald Trump a critiqué avec véhémence l’énorme excédent extérieur de l’Allemagne. Ce faisant, il soulève un vrai problème, mais y apporte une mauvaise réponse…

Après avoir qualifié l’Allemagne de « très mauvaise pour les États-Unis » sur le plan économique, Donald Trump a créé un certain malaise que ses conseillers se sont efforcés de faire oublier en précisant qu’il s’agissait juste de pointer du doigt un déséquilibre commercial entre les deux pays. Toujours est-il que le Président des États-Unis semble décidé à faire disparaître coûte que coûte le déficit extérieur de son pays, autant vis-à-vis de l’Allemagne que de la Chine, du Japon et du Mexique, au risque d’entraîner une guerre commerciale avec tous ses partenaires !

Un excédent extérieur allemand structurel

En 2016, l’Allemagne a enregistré des excédents extérieurs records, qui font d’elle la première nation exportatrice au monde : 253 milliards d’euros pour la balance commerciale et 297 milliards pour la balance courante (biens, services et revenus) ! Quant à la balance commerciale des États-Unis vis-à-vis de l’Allemagne, celle-ci semble structurellement déficitaire (-0,35 % du PIB), tout comme celle avec la zone euro dans son ensemble (-0,8 % du PIB), le Mexique (-0,4 % du PIB) et la Chine (-2 % du PIB). Selon Donald Trump, l’Allemagne profiterait de la sous-évaluation de l’euro pour gagner en compétitivité face aux États-Unis et donc générer un excédent commercial. Or, durant la période où l’euro était fort face au dollar, l’Allemagne avait déjà un excédent extérieur vis-à-vis des États-Unis. C’est pourquoi, il faut admettre que la compétitivité allemande, loin d’être liée au taux de change, résulte principalement du niveau de gamme élevé de la production en Allemagne, et partant, de facteurs hors coûts (qualité, image, etc.).

Pourtant, assez curieusement, la Chancelière allemande a décidé de jeter de l’huile sur le feu en déclarant, fin mai, que l’excédent extérieur de son pays relevait pour l’essentiel de causes indépendantes de sa politique économique : faibles prix du pétrole et sous-évaluation de l’euro à la suite de l’assouplissement quantitatif mené par la Banque centrale européenne… Il n’en fallait pas plus pour que la polémique reprenne de plus belle et que l’administration Trump évoque des mesures protectionnistes (quotas d’importation de voitures allemandes, droits de douane, etc.).

Un manque de compétitivité des États-Unis

D’un côté, il est vrai que l’Allemagne devrait certainement soutenir sa demande interne, ce qui permettrait d’alimenter les exportations des partenaires européens et bien sûr des États-Unis. Et ce d’autant plus qu’elle en a les moyens : la rigueur de ses comptes lui permettrait d’augmenter son déficit public de 2,5 % du PIB, sans obérer sa solvabilité budgétaire. Mais de l’autre, les diatribes de Donald Trump servent peut-être aussi à cacher l’autre versant du problème, à savoir le manque de compétitivité des États-Unis, qui devraient davantage s’engager dans une politique de redressement des gains de productivité. Ce, afin d’augmenter leur croissance potentielle seule à même d’apporter des perspectives économiques durables.

Un problème surtout pour la zone euro

Contrairement à une idée reçue, un excédent commercial ou courant n’est pas nécessairement le signe d’une économie en bonne santé. Bien au contraire, une balance courante structurellement excédentaire et qui atteint 8 % du PIB en Allemagne (plus qu’en Chine !), démontre surtout que le pays fait face à un excès d’épargne mal utilisé, puisqu’il ne sert à investir ni sur le territoire national ni dans la zone euro du reste. A court terme, cela se répercute bien entendu sur la santé économique des autres pays membres de la zone euro, puisqu’ils ne peuvent profiter d’un surcroît de demande d’importations en provenance de l’Allemagne. Pire, comme la zone euro dans son ensemble voit son excédent courant augmenter année après année (4,5 % du PIB en 2016) en raison de l’Allemagne et des Pays-Bas, cela signifie qu’elle prête son épargne au reste du monde au lieu de l’investir chez elle et accumule donc des actifs extérieurs. D’où, à terme, une pression à l’appréciation de l’euro néfaste à la compétitivité-prix des entreprises basées en Europe…

Résorber l’excédent extérieur allemand est donc indispensable pour relancer la demande intérieure de la zone euro. Mais, il est peu probable que le gouvernement allemand se décide à mener spontanément une politique budgétaire expansionniste, ne serait-ce qu’en raison de la préférence d’une population vieillissante pour l’épargne, l’accumulation de titres extérieurs et la réduction de la dette publique. Certains parient alors sur un éventuel fédéralisme, tel que suggéré par Emmanuel Macron pour sauver la zone euro de ses déséquilibres structurels. Mais là, on entre dans la politique-fiction…

Raphaël DIDIER

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