En présentant ses voeux à la presse, le ministre des PME fait sa rentrée politique. Il se félicite du boom des créations d'entreprise, annonce une réforme de la loi Raffarin sur les grandes surfaces et prend position contre la « droite dure » incarnée par Nicolas Sarkozy.
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• La querelle des soldes
Renaud Dutreil est « très attaché au rythme actuel » en matière de soldes. Thierry Breton, avait proposé, le 15 janvier dernier, qu'existent désormais en France «deux ou trois périodes de soldes plutôt qu'une », alors que les soldes ont déjà lieu deux fois dans l'année, au début de l'hiver et de l'été. Le ministre des PME estime que « si on permettait la vente à perte toute l'année, ce ne serait pas bon pour le commerce » et que cela risquerait de « détruire de la main d'oeuvre ». |
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Agir vite est l'une des clefs du succès ». Cette maxime, Renaud Dutreil la réserve à la manière dont l'Europe doit se positionner sur la scène internationale. Mais il pourrait tout aussi bien se l'appliquer à lui-même.
Très présent médiatiquement après 2002, lorsqu'il fut nommé pour la première fois au ministère des PME, du Commerce, de l'Artisanat et des Professions libérales, Renaud Dutreil semblait plus effacé depuis son passage au ministère de la Fonction publique, de mars 2004 à juin 2005.
Aujourd'hui, le ministre fait sa rentrée.
En présentant ses voeux à la presse, le 18 janvier dernier, il montre qu'à ses yeux, « la politique n'est pas une rente de situation ». Confirmant sa candidature à la mairie de Reims, un mandat que vise également sa collègue Catherine Vautrin, ministre déléguée à la Cohésion sociale et à la Parité, le ministre explique qu'il «aurait pu, très respectueux de la démocratie, rester dans le sud de l'Aisne», mais qu'il a «relevé le pari de Reims» car il «croit possible de moderniser cette ville ». Renaud Dutreil fait sienne la formule dont un journaliste l'a un jour affublé : «il ne peut s'empêcher de mettre le pied dans la porte». En effet, «je mets le pied dans la porte et je pousse même avec l'épaule, alors que d'autres préfèrent enfoncer des portes ouvertes», revendique-t-il.
Pour le ministre, son action au ministère des PME, bien que moins bien visible que celle d'autres membres du gouvernement, a provoqué, depuis 2002, «cinq révolutions». Tout d'abord, il s'arroge l'envolée du nombre de créations d'entreprise enregistrée depuis 2002. Cette vague de créations «a pris une dimension sociale et républicaine» avec la crise des banlieues, estime celui qui lança, dès 2004, les «trophées de la diversité entrepreneuriale».
Renaud Dutreil se félicite aussi d'avoir réformé «la fiscalité du patrimoine économique», en un mot l'ISF. Il range parmi les «révolutions» la création du contrat nouvelle embauche (Cne) et la réforme de l'apprentissage, «qui était la roue de secours de l'Education nationale». Enfin, il se réjouit de la réforme de la loi Galland sur les prix pratiqués par les grandes surfaces. «Les prix flambaient dans les hypers et les supermarchés, en faisant de l'euro une victime collatérale puisque les Français ont cru que l'augmentation était une conséquence de l'euro». Désormais, ajoute le ministre, «les négociations se font sur les prix et non plus sur les marges arrière». La réforme avait en fait été lancée par Nicolas Sarkozy lors de son bref passage à Bercy, à l'automne 2004, mais Renaud Dutreil, chargé de faire appliquer la loi depuis janvier 2006, ne voit pas malice à s'en attribuer le mérite.
La réforme imposée de la loi Raffarin
Car, entre le ministre de l'Intérieur et le Premier ministre, Renaud Dutreil, qui vient d'adhérer au parti radical à la suite de Jean-Louis Borloo, a choisi. «Il faut trouver un espace entre la gauche molle et la droite dure», explique-t-il. Cette dernière « nie la réalité sociale » et joue sur les «peurs». Or, le ministre, qui dit avoir «beaucoup appris au ministère de la Fonction publique», notamment sur «les souffrances des fonctionnaires», estime que «l'on ne peut faire l'impasse sur les réactions des Français, même si elles ne sont pas rationnelles ». Renaud Dutreil veut dès lors «réenraciner la République». Un discours qui ne cadre pas vraiment avec celui de son collègue de l'Intérieur.
En 2006, le ministre des PME se servira de sa position au sein du gouvernement pour avancer des pions. Il veut «inventer les outils» permettant aux Français de concilier « liberté et sécurité» au travail. En d'autres mots, il veut «lancer le débat sur l'avenir du CDI». Un débat qu'il avait déjà lancé en janvier 2003, en proposant le «contrat de projet», un contrat de travail dont la durée serait comprise «entre deux mois et cinq ans». Il souhaite également encourager le financement des PME et les amener à «se regrouper», à l'image des entreprises allemandes, pour affronter la concurrence internationale.
Renaud Dutreil veut aussi «moderniser le commerce» qui est «le mal-aimé de l'économie» alors qu'il emploie 3,2 millions de personnes dans les hypermarchés comme dans les petits commerces. La commission de Bruxelles demande en effet au gouvernement de modifier la loi Raffarin de 1996, votée pour limiter le développement des grandes surfaces et protéger le petit commerce. En 2003, la chaîne de supermarchés allemande Aldi avait déposé une plainte contre la loi française, accusée de faire obstacle à la liberté d'établissement en Europe. Pour s'implanter en France, les distributeurs doivent déposer un dossier devant une commission départementale d'équipement commercial dont les décisions sont souvent marquées par les intérêts politiques locaux.
Renaud Dutreil veut profiter de cette réforme imposée pour donner un «environnement juridique au commerce équitable» et «ouvrir une réflexion sur les entrées de villes» qu'il juge «défigurées» par les surfaces commerciales.
Olivier RAZEMON
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