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Le chiffre d’affaires des sociétés de ventes volontaires a progressé l’an dernier, uniquement grâce à la vente Bergé-Saint-Laurent de février 2009. Le marché de l’art, convalescent, risque à terme de subir l’impact des vols constatés à Drouot, tandis que les ventes de véhicules d’occasion constituent une part croissante du résultat du secteur.

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Vols à Drouot
Le marché de l’art français pourrait pâtir de la réputation de Drouot, en berne. En décembre dernier, un trafic d’objets volés était démantelé au sein de l’hôtel des ventes du 9ème arrondissement, dans lequel la plupart des sociétés de vente parisiennes effectuent leurs adjudications. Des commissionnaires, chargés du transport et de la manutention des objets et reconnaissables à leur liseré rouge porté autour du cou, ainsi qu’un commissaire-priseur, ont été mis en examen. On a parlé alors de « délinquance en col rouge ». Selon la plupart des observateurs, ces actes ne seraient pas isolés. Le CVV, chargé de sanctionner les manquements aux obligations professionnelles, a suspendu le commissaire-priseur pendant un mois, mais n’envisage pas de s’impliquer davantage. « Nous ne disposons pas d’une quinzaine d’enquêteurs prêts à arpenter Drouot tous les jours », reconnaît Thierry Savy, qui rappelle que le CVV est « la seule autorité de régulation du secteur existant dans le monde ». |
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Les professionnels de l’art peuvent dire merci à Pierre Bergé. Grâce à la vente de la collection acquise au fil des années par l’homme d’affaires et son compagnon Yves Saint-Laurent, le marché national des sociétés de ventes volontaires enregistre en 2009 une croissance inespérée de 9,6%.
Le volume d’affaires généré par les commissaires-priseurs français a atteint 2,24 milliards d’euros, «un niveau jamais enregistré jusqu’ici», se réjouit le Conseil des ventes volontaires (CVV), l’autorité de régulation du secteur, une instance composée de hauts magistrats, d’experts et de commissaires-priseurs. En 2008, faute d’acheteurs solvables, le marché avait reculé de 8,1%. La vente Bergé-Saint-Laurent, qui s’est déroulée au Grand-Palais, à Paris, en février 2009, a produit 298 millions d’euros de « montants adjugés », comme on dit dans la profession. Sans cette manne, le bilan des sociétés de ventes aurait reculé de 5,1%, a calculé le CVV. Le marché de l’art français, qui représente bon an mal an un peu plus de la moitié du résultat de l’ensemble des sociétés de ventes (le reste concernant des chevaux et des voitures d’occasion), doit lui aussi sa bonne fortune à l’homme d’affaires. Sans la vente Bergé, il se serait effondré de 15%. Avec Bergé, il gagne 12,5%. Cela permet même au Conseil d’affirmer que « sur la scène internationale, Paris a gagné des parts de marché face à Londres et New York ». Les calculs ne concernent que le secteur du « fine art », défini comme « les ventes de peintures, sculptures, dessins, estampes et photographies ».
En ne comptabilisant que ce segment bien précis, la totalité des montants adjugés en France progresse de 38%, alors que le Royaume-Uni et les Etats-Unis régressent chacun de plus de 50%.
Mais là encore, si l’on soustrait le montant de la vente de février 2009, le résultat de la France est en recul de presque 50% par rapport à celui de 2008… « Il y a deux manières de lire l’impact de la vente Bergé », reconnaît Thierry Savy, secrétaire général du CVV et conseiller référendaire à la Cour des comptes. « Soit on considère qu’il s’agit d’une exception qui ne se reproduira pas. Mais avec un regard optimiste, cela montre que Paris est capable d’attirer une vente majeure, d’envergure internationale », affirme-t-il. Pierre Bergé aurait-il pu choisir une autre place pour adjuger sa collection ? « Non, pas vraiment. Sur un plan politique, cela aurait été difficile », reconnaît cependant le haut fonctionnaire.
Transformation du marché
Les deux autres marchés animés par les sociétés de vente enregistrent une année contrastée. Les ventes de chevaux, qui se déroulent quasi-exclusivement à Deauville (Calvados), connaissent une stabilité parfaite, avec 102 millions d’euros de chiffre d’affaires. Les véhicules d’occasion et le matériel industriel s’en sortent mieux, avec 916 millions et une progression de 7%. « Les voitures, ça marche bien. Tellement bien, même que hors Bergé, ce marché-là aurait fait aussi bien que celui de l’art », lâche Thierry Savy. Décidément, Bergé fait des miracles. Il permet en tous cas de masquer une tendance de fond, celle qui transforme peu à peu les commissaires-priseurs en marchands de matériel utilitaire et de voitures d’occasion alors qu’ils administrent traditionnellement le marché de l’art.
Cette évolution pourrait aller plus loin encore si les particuliers décidaient de vendre leurs véhicules d’occasion en salle des ventes, comme la loi les y autorise. Jusqu’à présent, les enchères de véhicules sont essentiellement le fait d’entreprises ou de collectivités désireuses de renouveler leur flotte automobile. En revanche, la plupart des particuliers optent pour ce qu’on appelle le « gré à gré », et passent une annonce en ligne ou dans un journal. Ils ignorent généralement que le marché des enchères leur est ouvert et craignent de ne pas obtenir un bon prix. Pour le secrétaire général du CVV, « les ventes de voitures disposent d’un potentiel très fort ».
Le secteur connaît depuis dix ans une autre évolution marquante. La loi de 2000, qui a mis fin au monopole des commissaires-priseurs, fait désormais partie de l’histoire. 35% des professionnels qui exercent aujourd’hui n’étaient pas installés avant 2000. Ceux qui étaient déjà installés en 2000 n’ont pas pour autant renoncé, ce qui entraîne une progression globale du nombre de commissaires-priseurs. Ces 580 professionnels, 12 de plus qu’en 2008, travaillent pour le compte de 385 sociétés de ventes différentes. Si les deux-tiers des sociétés sont installées en province, les acteurs parisiens réalisent 54% du chiffre d’affaires, et même 80% pour ce qui concerne le marché de l’art. Là aussi, la tendance pourrait s’inverser. En effet, à l’exception de Christie’s France, qui a bénéficié de la vente Bergé, la plupart des maisons spécialisées dans l’art reculent. La célèbre maison Tajan perd même 43% de son chiffre d’affaires. En revanche, les sociétés spécialisées dans la vente de matériel et de voitures, telles que Guignard, qui dispose de salles à Lorient et à Nantes, Mercier automobiles, qui anime des ventes dans la métropole lilloise, ou Toulouse enchères automobiles, enregistrent une progression qui dépasse parfois les 10%.
Olivier RAZEMON
Légende photo : Sans la manne de la vente Bergé-Saint-Laurent, le Conseil des ventes volontaires (CVV) aurait enregistré une baisse d’activité de la profession en 2009. |
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