Un rapport sur la crise de la viticulture, présenté par des députés UMP, fait des vagues. Les parlementaires y proposent d'instituer des programmes d'éducation aux bienfaits du vin, dans les écoles. Ils admettent aussi la mauvaise qualité de certains vins français.
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. Une bataille bien française
On n'échappe jamais, en France, à la querelle sur le vin. Deux camps irréconciliables s'affrontent : des élus locaux défenseurs de la viticulture traditionnelle, bons vivants et amoureux du terroir et des pouvoirs publics rationnels, soucieux de santé publique et de modernité. Le débat tourne rapidement à la caricature. Aux pochetrons volontiers machos affirmant que « la vigne ne ment pas » s'opposeraient des hygiénistes mondialistes « soumis aux marchés financiers ». Par ailleurs, tout les divise : l'Europe de Bruxelles, les radars automatiques, la réglementation de la chasse ou les couloirs de bus. Les uns boivent du vin rouge, pourvu qu'il soit français, les autres du whisky, du lait ou même des cocktails sans alcool. Ces « deux France » dessinent un clivage que l'on pourrait retrouver dans les urnes.
. Les chiffres de la crise
Production mondiale de vins en 2005 : 280 millions d'hectolitres.
Consommation mondiale en 2005 : 235 millions d'hectolitres.
Consommation en équivalent d'alcool pur par habitant, en France : 26 litres, dont 20 de vin, en 1961 ; 20 litres, dont 15 de vin, en 1980 ; 13, dont 8 de vin, en 2005.
Non-consommateurs de vin, en France : 19% en 1980, 38% en 2005.
Exportations de vins français : 6 milliards d'euros en 2005, chiffre stable depuis 1999. |
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Philippe-Armand Martin et Gérard Voisin n'auraient sans doute pas rêvé meilleure publicité. Les deux députés UMP, représentant respectivement la région du Champagne, dans la Marne et celle du Mâcon-villages, en Saône-et-Loire, préconisent, dans leur rapport d'information sur la crise de la viticulture, des « programmes d'éducation des effets bénéfiques du vin ».
Dès avant sa publication, le document a suscité le commentaire ironique du ministre de la Santé. « Et pourquoi pas du vin à la cantine ! », s'est exclamé Xavier Bertrand, qui rappelle que l'alcoolisme tue, en France, 45 000 personnes par an.
Au lendemain des Etats généraux de l'alcool, qui ont fixé trois priorités (consommation des femmes enceintes, des jeunes et des salariés), les deux députés estiment que les campagnes « inutilement agressives» de la santé publique contre l'alcoolisme'« produisent l'inverse des effets escomptés ». L'élu de la Marne dénonce « les campagnes de dénigrement des associations anti-alcooliques » et « le sectarisme des autorités publiques ».
Selon lui, « on n'a jamais eu autant de jeunes qui se saoulent, malgré les efforts. Ces actions sont-elles bien dirigées ? Ce n'est pas notre problème ».
Les parlementaires se défendent de proposer « une incitation à faire boire dans les écoles », assure Gérard Voisin. Ils se montrent néanmoins inquiets : seuls 37% des jeunes de moins de 25 ans déclarent aimer le vin. Philippe-Armand Martin y voit le signe d'une société décadente : « Le repas de famille n'existe plus, c'est la génération Mc Do. Dans 80% des familles, on ne se parle plus et chacun se sert dans le frigo quand il en a envie. Les jeunes consomment n'importe quoi ; on achète de l'alcool à 90°, on mélange des détergents avec de la bière ». Quant à Gérard Voisin, il regrette que les pouvoirs publics, prompts à dénoncer l'alcoolisme, « s'intéressent insuffisamment aux effets de la drogue sur la circulation à pied, en deux-roues ou en quatre-roues ».
« Etre Français, c'est connaître le vin »
Dès lors, estiment les députés, « l'apprentissage d'une bonne hygiène de vie commence dès l'enfance et l'école primaire ». Il faut « apprendre à nos enfants quels sont les produits du terroir, comment on les transforme pour faire naître le goût ou, au contraire, pour l'annihiler et faire prédominer une nourriture standardisée et sans saveur ». Le combat est clair : il s'agit de défendre une viticulture française forcément « naturelle » et « de qualité » contre les « produits industriels » que sont, selon Philippe-Armand Martin, les vins du « Nouveau monde » produits en Australie, au Chili ou en Argentine.
Car, pour le député, « être Français, c'est connaître le vin », à la fois « comme un aliment, comme un plaisir et comme un danger ». Le produit, ajoute-t-il, «fait partie des traditions » mais, «malheureusement, les Français consomment moins de vin» alors que la consommation mondiale augmente régulièrement. « La boisson la plus consommée est aujourd'hui l'eau en bouteille », notent les rapporteurs. Un autre député, Robert Lecou (UMP, Hérault) s'indigne pour sa part que « dans un restaurant parisien, un sommelier propose un vin sud-africain ». Les modes de consommation des Français ne sont toutefois pas seuls en cause. Les députés identifient d'autres raisons à la mauvaise tenue de la viticulture. « Il faut avoir le courage de le dire, les vins français, dans le verre et sous le palais, ne tiennent pas toujours leurs promesses », assure le rapport. « Qui n'a jamais fait l'expérience de certaines appellations d'origine contrôlée (AOC), au prix pourtant non négligeable, qui, d'une propriété à l'autre, ou d'un millésime à un autre, présentent des écarts qualitatifs difficilement acceptables ? », poursuivent les parlementaires.
Pour se positionner sur un marché mondialisé où le « nationalisme consumériste n'existe plus », les produits devraient selon eux remplir trois critères : « une présentation claire, un bon rapport qualité-prix et une qualité minimale convaincante ».
Simplifier l'offre des AOC
Afin de rendre aux vins français ces atouts, les députés préconisent « six commandements » parmi lesquels celui sur l'« éducation » qui a fait bondir le ministre de la Santé. Les autres propositions portent notamment sur la « formation ».
« Les Français ne savent pas commercialiser », estime Philippe-Armand Martin, qui plaide pour la formation des viticulteurs « à la vente, à la communication, au marketing et aux langues ». Le député, qui a lui-même « fait l'école d'oenologie », regrette que l'on n'y apprenne pas l'anglais.
Par ailleurs, considèrent les parlementaires, le consommateur choisit désormais en fonction de trois critères simples : «un nom, un prix, un cépage ». Or, il existe en France pas moins de 472 AOC et peu de gens savent distinguer entre les différents produits. « Il faudrait être un peu plus sélectif », juge Philippe-Armand Martin, qui ne craint pas de se heurter aux lobbies locaux à l'oeuvre dès qu'il est question de la qualification d'un vin. Les députés songent également à une clientèle dont le comportement à l'égard du vin est considéré comme particulier : les femmes. « Le vin est acheté par nos épouses et nos compagnes, dans les supermarchés. Elles n'ont que quelques minutes pour choisir », affirme Gérard Voisin, qui en tire une conclusion sans appel : «une simplification semble nécessaire » !
Olivier RAZEMON
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