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A Mayotte, des habitants bloquent les routes pour protester contre la violence

A Mayotte, pour protester contre une flambée de violences des habitants barrent les accès à leur quartier voire tentent de bloquer des axes de circulation, dans une île marquée par cinq meurtres...

Des manifestants bloquent une route à Mamoudzou, à Mayotte, le 23 février 2022 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - Ali AL-DAHER)

A Mayotte, pour protester contre une flambée de violences des habitants barrent les accès à leur quartier voire tentent de bloquer des axes de circulation, dans une île marquée par cinq meurtres ou tentatives depuis le début de l’année.

Une bannière a été placée par des manifestants sur des barrières bloquant une route de Mamoudzou, à Mayotte, le 23 février 2022 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Ali AL-DAHER)

A l’origine de ces violences, des affrontements entre jeunes de quartiers rivaux ou contre les forces de l’ordre quand elles interviennent pour les séparer.

Des policiers prennent position sur une route de Mamoudzou, à Mayotte, le 23 février 2022, dans le contexte de manifestations contre la violence sur l’île (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Ali AL-DAHER)

Automobilistes et passants font aussi les frais de ces violences. C’est ainsi qu’un habitant du quartier de M’Tsapéré, au sud de Mamoudzou, a été tué au début du mois, avec un coupe-coupe. Un mineur de 16 ans a été mis en examen et écroué.

En tout, ce sont cinq meurtres ou tentatives de meurtre que le procureur Yann Le Bris dénombre depuis le 1er janvier 2022.

Un premier blocage a eu lundi lieu à Vahibe, sur une route du centre de Mayotte confrontée à ces affrontements récurrents entre bandes rivales.

Depuis lundi, les habitants du village de M’Tsapéré ont également décidé de bloquer les accès routiers à leur quartier, en signe de protestation. 

« On est en paix parce que la petite route qu’on a fermée, c’est cet endroit-là qui servait de champ de bataille pour les jeunes, et donc aujourd’hui le fait qu’on a fermé, eh bien on dort bien », explique Sara une habitante de M’tsapéré interrogée mercredi par l’AFP, qui n’a pas souhaité donner son nom.

« Dans quel département ou dans quelle région de la France ou peut avoir trois morts et où il n’y a personne qui réagit ? On ne demande pas d’argent, on ne demande pas plus de policiers, on demande juste que la loi française soit appliquée sur ce territoire », interroge Banali Chams Eldine, un manifestant.

« Les gens de M’tsapéré, on commence à en avoir ras-le-bol, que ces jeunes-là, qu’on appelle +jeunes+ parce qu’on ne sait pas ce qu’il y a derrière, on leur permette de torturer ici, et puis on les voit le lendemain se promener comme si de rien n’était, comme s’il n’y avait pas de justice », s’emporte également Ahmed Soilhi, un habitant de M’tsapéré.

Dans la nuit de lundi à mardi, plusieurs habitants ont tenté de couper la circulation sur la route nationale qui contourne la commune, entraînant une intervention des forces de l’ordre.

Selon le commissaire Laurent Simonin, directeur territorial de la police nationale de Mayotte, vingt-cinq grenades lacrymogènes ont été tirées pour empêcher une quinzaine de tentatives de bloquer cette route nationale.

– « Utopie » –

Une colère accentuée par l’intervention lundi sur l’antenne de Mayotte La 1ère du préfet Thierry Suquet qui a assuré que « penser qu’on peut éradiquer la violence et la délinquance, ça fait partie de l’utopie » avant d’ajouter que « lutter contre la violence et la délinquance, c’est, avec persévérance, être présent sur le terrain ».

« Il y a un contexte sécuritaire sensible, la situation se tend depuis quelques semaines », reconnaît une source proche du dossier. 

« Au cours des deux premières semaines de février, il y a eu 3 homicides », « une augmentation des atteintes physiques et matérielles » et « une quinzaine de cars de transport scolaire ont été dégradés, soit un par jour », selon cette source. 

En conséquence les opérations de rétablissement de l’ordre sont « fréquentes »: elles mobilisent « de 20 à 50 gendarmes » tous les deux jours environ, ajoute cette source.

Déjà en 2018, une grave crise sociale avait éclaté pour dénoncer l’insécurité sur l’île et s’était traduite par sept semaines de blocage des routes et un ralentissement de l’économie locale.

Un plan de 1,3 milliard d’euros avait alors été mis sur la table, mais ses effets peinent à se faire sentir au quotidien.

En 2021, le parquet de Mamoudzou a enregistré une augmentation de 25% des saisines pour des faits criminels à Mayotte et de 21% pour des délits.

Un tiers des délits sont le fait de mineurs, selon le parquet de Mamoudzou dans une île qui manque de classes pour prendre en charge tous les jeunes du territoire. 

Le maire de Mamoudzou, Ambdil Wahedou Soumaïla, estime que la situation pourrait encore se dégrader. « Si nous n’apportons pas de solutions immédiates, ça peut inciter un certain nombre de citoyens à se rendre justice eux-mêmes, ce serait une ligne rouge et la rupture du pacte républicain », prévient-il.

bur-yd/etr/pga/pb

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