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Au procès de Jean-Marc Reiser, la famille détruite de Sophie Le Tan

Une jeune fille "rayon de soleil", dont la mort est une "horreur au quotidien": la famille détruite de Sophie Le Tan, tuée et démembrée le jour de ses 20 ans, a livré mercredi son calvaire devant la cour d'assises du Bas-Rhin face...

L'avocat de la famille Me Gérard Welzer (d) et la mère de Sophie Le Tan, Thui Hong Le Tan (g), au procès de Jean-Marc Reiser, assassin présumé de sa fille, le 27 juin 2022 à Strasbourg (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - Frederick FLORIN)

Une jeune fille « rayon de soleil », dont la mort est une « horreur au quotidien »: la famille détruite de Sophie Le Tan, tuée et démembrée le jour de ses 20 ans, a livré mercredi son calvaire devant la cour d’assises du Bas-Rhin face à un assassin présumé, Jean-Marc Reiser, au regard baissé.

Tran Tri Le Tan, le père de Sophie, assiste au procès de Jean-Marc Reiser, assassin présumé de sa fille, le 27 juin 2022 à Strasbourg (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Frederick FLORIN)

« J’aimais beaucoup ma fille. Je voudrais qu’elle revienne, mais comment? », a lancé d’une voix étouffée Thi Huong Le Tan, 50 ans, la mère de Sophie, dont les propos en vietnamien étaient traduits par une interprète.

Croquis d’audience de Jean-Marc Reiser lors de son procès pour l’assassinat présumé de Sophie Le Tan, le 28 juin 2022 à Strasbourg (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Benoit PEYRUCQ)

Au premier jour du procès lundi, cette femme discrète s’était effondrée, frôlant l’évanouissement à l’instant où Jean-Marc Reiser était entré dans le box des accusés. 

« C’était Sophie la personne principale de la famille, maintenant elle n’est plus là », a lâché Mme Le Tan, phrases entrecoupées de sanglots. 

Sa fille a disparu le 7 septembre 2018, le jour même où elle devait souffler ses 20 bougies. Etudiante à Strasbourg, Sophie Le Tan allait visiter un appartement au nord de la ville, elle ne donnera plus signe de vie. Son corps démembré a été retrouvé en forêt en octobre 2019.

Au bout de plusieurs minutes d’un témoignage douloureux, la mère de Sophie finit par lâcher prise: « J’ai trop mal, je veux arrêter ».

L’un des avocats de la défense, Me Francis Metzger, se lève alors: « Madame, nous nous inclinons devant votre douleur ». Visage baissé, Jean-Marc Reiser, d’habitude impassible, ôte son masque brièvement et s’essuie les yeux.

« La famille n’a pas encore reçu le pardon de l’assassin de leur fille », lance ensuite son père, Tri Le Tan, s’exprimant également en vietnamien. « Sophie n’est plus là, pour la famille c’est comme un phenix qui a perdu une aile, blessé et pour toujours. »

« L’horreur est inimaginable, comme un petit feu qui brûle tout doucement tous les jours et ça ne s’arrête pas », a-t-il poursuivi.

– « Rôle clé dans la famille » –

Sophie Le Tan, dont le père ouvrier est arrivé du Vietnam en France en 1988, a grandi près de Mulhouse dans une famille très soudée avant de faire ses études d’économie et de gestion à Strasbourg. Pour éviter d’être une charge pour ses parents, elle avait un job de réceptionniste dans un hôtel.

Parlant français, vietnamien, allemand et anglais, elle qui se voyait travailler dans le tourisme entre le Vietnam et la France, était souvent l’interprète de ses parents et les aidait pour les démarches administratives.

« Elle avait un rôle-clé dans la famille », a expliqué son frère aîné Philippe, 24 ans. C’est elle « qui me faisait avancer ».

Ses proches l’ont décrite, à une experte mandatée par la juge d’instruction, comme bien dans sa peau, amie fidèle, fille indépendante et responsable, soeur attentionnée. Un « rayon de soleil », pour Nadine, sa cousine, « la personne la plus bienveillante » qu’elle ait rencontrée pour Mathilde, son amie.

« Sophie était quelqu’un de génial, elle apportait beaucoup de bien à son entourage », a confirmé à la barre Sylvie, sa soeur cadette.

Depuis sa mort, « il n’y a plus de joie, pas de moyen d’être heureux », souffle celle qui n’avait pas encore trouvé la force de se présenter au tribunal depuis le début du procès lundi. 

– Méticulosité –

Mercredi après-midi, l’audience s’est concentrée sur la longue enquête menée de la disparition de Sophie Le Tan en 2018 à la découverte de son corps en 2019, puis aux aveux partiels de Jean-Marc Reiser en janvier 2021.

Des aveux qui ne sont « pas un désir de rédemption, mais un souhait de minimiser l’ampleur de sa responsabilité », a considéré un enquêteur, soulignant aussi « l’extrême méticulosité dont il a fait preuve tant dans la découpe que dans le transport du corps en ne laissant aucune trace ».

Tout au long de l’enquête, la téléphonie aura été centrale pour épingler l’homme qui avait ouvert des lignes multiples, sous des faux noms, servant à répondre à trois petites annonces pour un appartement qui « conviendrait à étudiant ». 

Pour une commissaire de police venue témoigner, il ne fait pas de doute qu’il « s’agissait bel et bien d’un stratagème » pour attirer des jeunes filles. Il y avait un « caractère réfléchi de son objectif avant son passage à l’acte ». Ce qu’ont cherché à contester les trois avocats de la défense, qui réfutent la préméditation.

L’état du squelette incomplet de Sophie Le Tan n’a pas permis de connaître la cause de son décès et, en dehors des traces de sang effacées, le déroulé des faits dans l’appartement de Jean-Marc Reiser reste un mystère, dépendant de la seule parole de l’accusé. Mais « c’est sa vérité », a rappelé l’enquêteur.

maj-dsa/bdx/rhl

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