Couverture du journal du 12/08/2022 Consulter le journal

Au procès du 13-Novembre, la défense de Salah Abdeslam plaide contre « une peine de mort sociale »

Salah Abdeslam n'est "pas un psychopathe" et ne doit pas être condamné à "une peine de mort sociale". Au procès des attentats du 13-Novembre, la défense du seul membre encore en vie des commandos a plaidé vendredi...

Martin Vettes, l'un des deux avocats de Salah Abdeslam, pose le 2 septembre 2021 à Paris (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - JOEL SAGET)

Salah Abdeslam n’est « pas un psychopathe » et ne doit pas être condamné à « une peine de mort sociale ». Au procès des attentats du 13-Novembre, la défense du seul membre encore en vie des commandos a plaidé vendredi pour lui éviter la prison à vie. 

Le Parquet national antiterroriste (Pnat) a requis à l’encontre du Français de 32 ans la peine la plus lourde du code pénal: la réclusion criminelle à perpétuité incompressible, qui rend très infime la possibilité d’une libération. 

Cette peine n’a été prononcée que quatre fois pour des crimes commis sur des mineurs par des hommes tous reconnus « psychopathes au sens psychiatrique du terme », relève Me Olivia Ronen, l’une des avocates de Salah Abdeslam. 

Ce dernier n’est « ni psychopathe ni sociopathe », il n’est qu’un « exécutant déserteur » qui n’a « pas tué », insiste la pénaliste. 

Me Ronen est revenue longuement avec son confrère Me Martin Vettes sur « l’évolution » au cours des dix mois d’audience de celui qui s’était présenté au premier jour comme un « combattant de l’Etat islamique ». 

« Il a été capable de quitter cette carapace qu’il s’était consciencieusement construite en détention » et a présenté, en larmes, ses excuses « sincères » à l’ensemble des victimes, fait valoir Me Ronen.

Avec cette peine « démesurée, cruelle », le parquet veut « le sanctionner comme un symbole », vilipende l’avocate.

– « Mort lente » –

Cette sanction est digne d’un « tribunal militaire » qui juge des « ennemis » et non « des accusés », dit également Me Vettes. « L’accusation vous a demandé de neutraliser définitivement un ennemi en vous demandant de le condamner à une peine de mort sociale », martèle-t-il.

« Sanctionner Salah Abdeslam à la hauteur de la souffrance des victimes, c’est la loi du talion », ajoute Me Vettes. Sa consoeur paraphrase Georges Brassens: « +Mourir pour des idées d’accord, mais ce sera de mort lente+ ».

Dans le box, Salah Abdeslam, polo blanc à manches courtes, garde les bras fermement croisés et ne lâche pas ses avocats des yeux.  

Selon le ministère public, il est le « coauteur » des attaques au Stade de France, sur les terrasses mitraillées et dans la salle de spectacles du Bataclan, considérées comme une « scène unique de crime ». Seules les tentatives d’assassinats sur les policiers intervenus lors de l’assaut au Bataclan lui font encourir la perpétuité incompressible.  

Le Pnat veut « faire rentrer des ronds dans des carrés », proteste Olivia Ronen, dénonçant un « ovni juridique ». 

« Parce que potentiellement on aurait pu être ailleurs, on doit être condamné comme si on avait été là », raille l’avocate. 

Son client, souligne-t-elle, ne conteste pas la « coaction » au Stade de France, où il a déposé les trois kamikazes avant de se rendre dans le XVIIIe arrondissement de Paris. 

Le « dixième homme » des commandos jihadistes qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis n’a cessé, au cours des débats, d’affirmer qu’il avait « renoncé » à tuer le soir du 13 novembre 2015, refusant « par humanité » d’actionner sa ceinture explosive. 

– « Morsure de la conscience » –

Pour ses avocats, cette « recrue de dernière minute » de la cellule jihadiste, le seul des commandos à ne pas être allé s’entraîner aux armes en Syrie, a eu « une morsure de la conscience ». Ce renoncement est une « donnée essentielle qui devra peser sur votre décision ». 

L’accusation n’a jamais été convaincue par les explications à l’audience de Salah Abdeslam, et continue de privilégier la thèse d’un dysfonctionnement de son gilet explosif.

Mais pour le parquet, « le doute est systémique à chaque fois que Salah Abdeslam ouvre la bouche », peste Me Ronen. 

L’un des « grands enjeux » du procès était de savoir si le principal accusé, qui s’était tu pendant les six années d’instruction, allait s’exprimer. 

« Depuis neuf mois, il parle », s’exclame Olivia Ronen. « Ce procès n’aurait pas du tout été le même si Salah Abdeslam avait gardé le silence, et il y aurait eu un profond sentiment d’échec collectif si tel avait été le cas », affirme Martin Vettes.

La défense veut que la cour prenne le temps de « comprendre comment on passe du +petit gars de Molenbeek+ à l’intérimaire de l’Etat islamique, pour finir membre d’un commando de Daech » (nom arabe de l’organisation Etat Islamique, ndlr).

Elle demande aussi que la cour se pose une question fondamentale: « Est-ce qu’un jour cet homme pourra revenir dans la société, ou est-il définitivement perdu? »

« Je ne présente aucun danger pour la société », avait assuré sans ciller Salah Abdeslam à l’audience.

En clôturant deux semaines de plaidoiries pour la défense de 14 accusés jugés depuis septembre, Olivia Ronen lance à la cour : « Je ne vous demande pas du courage. Je vous demande d’appliquer le droit avec toute la rigueur que votre conscience exige ». 

L’audience reprend lundi à 9H30 avec les derniers mots des accusés. Le verdict est attendu mercredi en fin de journée. 

asl-aje-mdh/lbx/dch  

Annonces légales

Vos annonces légales au meilleur prix dans toute la France.

Avocats, Notaires, Experts-comptables

Particuliers et Entrepreneurs

Formalités juridiques

Soulagez vos équipes et libérez du temps pour des travaux à forte valeur ajoutée.

Vos formalités juridiques