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Au procès d’un gérant de bars pour viols, le « déni » de plaignantes, puis le « déclic »

"Et voilà, j'ai décidé de parler". Au procès à Paris d'un gérant de bars qu'elles accusent de viol ou d'agression sexuelle, trois plaignantes ont raconté mardi leur "déni" puis le "déclic" qui les a...

Au procès d'un gérant de bars pour viols, le "déni" de plaignantes, puis le "déclic" (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - LOIC VENANCE)

« Et voilà, j’ai décidé de parler ». Au procès à Paris d’un gérant de bars qu’elles accusent de viol ou d’agression sexuelle, trois plaignantes ont raconté mardi leur « déni » puis le « déclic » qui les a finalement poussées à dénoncer les faits. 

En juin 2017, Jeanne* se présente spontanément à la police. Deux autres jeunes femmes viennent de déposer plainte contre son ancien employeur, Wilfried Nkongo, et elle affirme à son tour qu’il l’a agressée sexuellement en février 2016. Elle dira bien plus tard avoir été violée. 

« Pendant six ans, je n’ai pas voulu que cela me soit arrivé », explique Jeanne*, 29 ans aujourd’hui, silhouette élancée, les mains agrippées à la barre.

L’accusé, 41 ans, conteste fermement ce viol, tout comme les trois autres viols et les deux agressions sexuelles dont il doit répondre jusqu’à vendredi devant la cour d’assises de Paris. 

« Ça n’a jamais existé », répète inlassablement Wilfried Nkongo, interrogé mardi soir sur les quatre premières dénonciations. 

Elles mentent alors ? Il opine. 

Les parties civiles ont parlé du « déclic » provoqué par la plainte pour viol par laquelle l’affaire a débuté, le 28 mai 2017. 

Le gérant de bars convient que cette plainte a pu « causer un choc » dans son équipe et « déclencher un tsunami », peut-être à cause de « rumeurs » sur sa « réputation d’homme volage ». 

Certains de ses ex-employés ont parlé de « baisers forcés », de « mains aux fesses » sur des jeunes femmes, clientes ou serveuses, auxquelles il offrait généreusement alcool et stupéfiants. Mais « les langues ne se sont jamais déliées ».  

L’accusé dément, reconnaît tout au plus « des baisers mais consentis » et quelques « blagues lourdes », mais se défend d’être « un prédateur ». 

Les scènes décrites par les plaignantes entendues mardi présentent des similitudes. Toutes se sont produites selon elles dans un lieu réputé de la nuit parisienne, l’un des établissements gérés par « Fabio », nom sous lequel elles connaissent l’accusé. 

– « Honte » et « colère » –

Elles disent avoir été, alors qu’elles étaient « bien alcoolisées », « plaquées » contre la paroi d’un ascenseur, d’une issue de secours ou d’une rambarde par « Fabio », qu’il les embrasse « de force », les « touche », malgré leur opposition réitérée. 

« Je dis que je n’ai pas envie et j’essaie de l’arrêter mais j’étais complètement ivre, je n’avais pas de force », souffle ainsi Jeanne*, retenant des larmes face à la cour. 

« A un moment, il a plongé ses mains dans mon pantalon et il a inséré un doigt », poursuit la jeune femme, mimant le geste à la barre. 

Elle raconte « la honte » qui l’empêche d’en parler autour d’elle, si ce n’est « à demi-mots » par messages à une copine. Et aussi cette « culpabilité » à l’égard de ce patron qu’elle trouve « sympathique ». « Je crois que je suis dans un déni, je minimise tout », déclare Jeanne*. 

La « honte », la « banalisation » de certains comportements et cette « culpabilité » d’avoir été « aussi ivre » et « défoncée » animent également Paola*, Brésilienne de 28 ans, la deuxième jeune femme à avoir porté plainte contre Wilfried Nkongo, deux mois après les faits qu’elle dénonce.

Même si cinq ans plus tard, elle a « pris conscience » qu’elle n’était pas responsable, cette culpabilité ne l’a pas encore tout à fait quittée, souligne-t-elle. 

Troisième plaignante à être entendue, Valérie*, 30 ans, accuse Wilfried Nkongo de l’avoir agressée sexuellement à deux reprises, à un mois d’intervalle, courant 2016. Lui nie même la connaître. 

Elle déposera plainte deux ans plus tard, quand la parole s’est libérée. 

Après le « déni » et la « honte », Valérie dit ressentir aujourd’hui de la « colère » contre « l’attitude » de l’accusé. « Et contre moi de m’être sentie honteuse alors que je n’ai absolument rien fait », lâche-t-elle.  

Pendant l’instruction, Wilfried Nkongo avait avancé que les plaintes déposées successivement à son encontre, entre mai 2017 et courant 2019, avaient « pour seul but de crédibiliser » les accusations de la première plaignante. 

Mais qu’est-ce qui aurait pu motiver ces femmes qui ne se connaissent pas toutes ?, cherche à comprendre la présidente de la cour. 

« Je ne sais pas quoi vous dire. Je rentrerais pas dans le truc de dire qu’il y a un complot, une machination », lâche Wilfried Nkongo. Il n’en dira pas plus. 

Il sera interrogé mercredi sur les deux autres accusations le visant. 

* Les prénoms ont été modifiés.

asl/pga/cbn

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