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Automobiliste tué à Sevran: le policier présenté à un juge d’instruction

Le policier dont le tir a causé la mort d'un automobiliste à Sevran a été présenté vendredi soir à un juge d'instruction de Bobigny en vue de sa mise en examen pour "violences volontaires ayant...

Un local incendié pendant des violences urbaines à Sevran, le 29 mars 2022 en Seine-Saint-Denis (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - BERTRAND GUAY)

Le policier dont le tir a causé la mort d’un automobiliste à Sevran a été présenté vendredi soir à un juge d’instruction de Bobigny en vue de sa mise en examen pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».

(Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Fabien DALLOT)

Le procureur de Bobigny Eric Mathais a ajouté, lors d’une conférence de presse, qu’il avait requis le placement sous contrôle judiciaire du fonctionnaire.

Le procureur de Bobigny Eric Mathais, lors d’une conférence de presse, le 1er avril 2022 à Bobigny (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Thomas SAMSON)

Lors de sa garde à vue, cet agent de la brigade anti-criminalité (Bac) d’Aulnay-sous-Bois a affirmé avoir été « déséquilibré » lors du contrôle du véhicule de la victime, a ajouté « s’être senti en état de légitime défense » et « avoir fait feu pour cette raison ». 

Le drame, qui a causé plusieurs nuits de violences urbaines à Sevran, Aulnay et Tremblay-en-France, s’est déroulé samedi à la mi-journée, lorsqu’une équipe de policiers de la Bac a voulu contrôler la fourgonnette signalée volée conduite par Jean-Paul, 33 ans, un habitant du quartier des Beaudottes à Sevran.

Un brigadier est descendu seul de la voiture banalisée qui était bloquée dans le trafic routier, selon les témoignages des trois autres fonctionnaires de police présents sur les lieux et les images de vidéosurveillance, a détaillé le procureur de Bobigny.

Le mis en cause a déclaré lors de sa première audition « s’être placé au niveau de la vitre conducteur, avoir levé son arme en criant +police !+ et disait avoir tenté à plusieurs reprises d’ouvrir la portière qui était verrouillée », a-t-il poursuivi.

« Il voyait le conducteur enclencher une vitesse et accélérer fortement », a relaté Eric Mathais.

« A ce stade de l’enquête la chronologie exacte de cet enchaînement très rapide n’est pas encore parfaitement établie », a insisté M. Mathais, les faits s’étant déroulés en moins d’une minute « entre 12h22 et 12h23 ».

Grièvement blessé à l’omoplate gauche, le chauffeur est mort quelques heures après son admission à l’hôpital. L’autopsie a confirmé que le tir était à l’origine du décès.

Sur place, un étui percuté de calibre 9 mm a été retrouvé. La balle a traversé la carrosserie et le dossier du siège de la victime.

« Jean-Paul ne représentait aucune menace et il a été tué sans aucune justification, pour rien », a déclaré à l’AFP Me Arié Alimi, un des avocats de la famille.

– « Meurtre et injustice » –

« L’expertise balistique permettra d’établir l’intention homicide », a ajouté l’avocat, qui a déposé une plainte avec constitution de partie civile pour « meurtre ».

Une marche blanche au départ de la cité du Gros-Saule à Aulnay-sous-Bois est prévue samedi à 11h00 en mémoire de Jean-Paul, qui élevait quatre enfants et avait pour projet de s’installer au Canada, selon un autre avocat de la famille, Me Steeve Ruben. 

Le fonctionnaire de police a été placé en garde à vue à la « police des polices (IGPN) mercredi, quatre jours après le drame. En « état de choc », il n’avait pu être entendu plus tôt, selon le procureur.

Sollicité par l’AFP, son avocat n’a pas souhaité s’exprimer à ce stade de l’enquête.

Selon les récits d’habitants rencontrés par l’AFP lundi, la victime, surnommée « JP », était un chauffeur livreur indépendant qui travaillait avec un prestataire de livraison de colis. Il lui avait subtilisé la camionnette en raison d’un litige financier.

Plusieurs habitants ont confié ne pas comprendre pourquoi le fonctionnaire n’avait pas « tiré dans les roues » et mis en doute la version de la légitime défense.

« C’est un meurtre. C’est une injustice ! », s’était indigné l’un d’eux, souhaitant rester anonyme.

La mort de Jean-Paul a provoqué cinq nuits consécutives de violences dans plusieurs communes de Seine-Saint-Denis limitrophes du quartier. Des véhicules et des poubelles y ont été incendiés et des projectiles jetés sur les forces de l’ordre, sans faire de blessé.

Depuis le début de ces échauffourées, 41 personnes, dont des mineurs, ont été interpellées pour des faits de violences et dégradations. Quinze d’entre elles ont été déférées en vue d’une comparution immédiate.  

we-meh/pa/cbn    

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