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Brésil: des familles étranglées par les dettes et l’inflation

Surendettée, Jussara Romero, Brésilienne de 37 ans, ne voit pas la lumière au bout du tunnel. L'inflation galopante a plombé son pouvoir d'achat et la hausse des taux d'intérêt transforme le remboursement de...

Pompiste modifiant l'affichage des prix de l'essence dans une station service de Sao Paulo au Brésil, le 31 décembre 2021 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - Filipe ARAUJO)

Surendettée, Jussara Romero, Brésilienne de 37 ans, ne voit pas la lumière au bout du tunnel. L’inflation galopante a plombé son pouvoir d’achat et la hausse des taux d’intérêt transforme le remboursement de ses emprunts en mission quasi impossible. 

Dans une rue commerçante de Sao Paulo au Brésil, le 30 décembre 2021 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – NELSON ALMEIDA)

« On achète les produits des marques moins chères au supermarché, on ne va plus travailler en voiture et on a supprimé des loisirs », confie à l’AFP cette femme des classes moyennes qui vit avec son mari et son bébé et gère une école maternelle privée à Sao Paulo.

Dans une rue commerçante de Sao Paulo au Brésil, le 30 décembre 2021 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – NELSON ALMEIDA)

Les prix de certains produits ont augmenté de façon vertigineuse de janvier à novembre dernier, notamment les carburants (+50%) et la volaille (+22,9%).

Pour tenter de freiner une inflation à deux chiffres (10,74% sur un an en novembre), la Banque centrale a relevé son taux directeur à 9,25% le mois dernier, au plus haut depuis juillet 2017.

Ce taux, qui était à son plancher historique de 2% début 2021, a été relevé sept fois au cours de l’année. La hausse des taux est un vrai casse-tête pour Jussara Romero, qui jongle entre dépenses de plus en plus élevées et retards dans le remboursement des emprunts.

Comme de nombreux Brésiliens, elle a recours aux paiements échelonnés avec sa carte de crédit, à un taux prohibitif de 346,1% sur un an. « Je sais que ça revient plus cher au final, mais je n’ai pas le choix », déplore cette mère de famille, qui vient de demander un crédit supplémentaire à sa banque.

  

– Cercle vicieux –

« Beaucoup de familles consacrent la plupart de leurs revenus au paiement d’intérêts », constate Rachel de Sa, économiste du cabinet Rico Investimentos.

En raison de cette baisse du pouvoir d’achat, la consommation des ménages, principal moteur de l’économie, est en berne.

« L’inflation et la hausse des taux ont surtout un impact sur la consommation de biens durables, comme les véhicules ou l’électroménager », explique Fernanda Mansano, de la plateforme d’éducation financière TC.

Le ralentissement de l’activité économique, largement imputable à la catastrophique pandémie de Covid-19, a une autre conséquence: la précarisation de l’emploi.

Le taux de chômage a reculé à 12,1% sur le trimestre d’août à octobre, après un pic à 14,9% en début d’année, mais plus 40% de la population active travaille dans le secteur informel, souvent sans contrat et sans protection sociale.

Le pays compte encore près de 13 millions de chômeurs et le revenu mensuel moyen (2.449 réais, environ 380 euros) a atteint le plus bas historique de la série statistique débutée en 2012.

Isaac Coelho, habitant d’Embu das Artes, dans la banlieue ouest de Sao Paulo, est un de ces travailleurs précaires. Il gagne sa vie comme livreur à vélo.

« Ça me permet de couvrir certaines dépenses, comme la bonbonne de gaz que je payais 60 réais (environ 9 euros) en 2020 et qui coûte 100 réais (15 euros) maintenant.

– Crédits immobiliers inaccessibles –

Bruno, habitant de Sao Paulo de 35 ans qui n’a pas souhaité révéler son nom de famille, vit actuellement chez son père en attendant de trouver un appartement abordable. 

« Ma banque m’a octroyé un prêt à 8,9%, mais ce taux n’est valable que trois mois. Si je ne trouve pas d’appartement avant, le taux ne sera plus garanti », raconte Bruno.

Les banques n’ont pas encore répercuté totalement la hausse du taux directeur, mais « les crédits immobiliers sont passés de 6,3% par an début 2021 à environ 10% aujourd’hui », explique Rafael Scoledario, spécialiste du marché immobilier.

Et de nouvelles hausses sont attendues, les économistes tablant sur un taux directeur à 11,5% courant 2022, même si l’inflation pourrait commencer à reculer en raison du ralentissement de l’économie.

En cette année qui sera marquée par l’élection présidentielle d’octobre, les prévisions économiques ne sont guère optimistes. 

Les spécialistes consultés lors de la dernière l’enquête hebdomadaire Focus de la Banque centrale tablent sur une croissance du PIB de seulement 0,42% en 2022, alors qu’ils prévoyaient une progression de 2,5% début 2021.

mls-lg/pt/mav

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