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« Ca nous a soudés »: comment la guerre a uni la communauté ukrainienne de France

A peine arrive-t-elle Place de la Sorbonne, où elle a donné rendez-vous, que son téléphone crache le son des sirènes retentissant au même moment à Kiev. "On vit au rythme de la guerre", soupire Anastasia...

Manifestation de soutien à l'Ukraine, le 17 mars 2022 à Paris (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - JULIEN DE ROSA)

A peine arrive-t-elle Place de la Sorbonne, où elle a donné rendez-vous, que son téléphone crache le son des sirènes retentissant au même moment à Kiev. « On vit au rythme de la guerre », soupire Anastasia Loskot, résumant le sentiment des Ukrainiens de France.

Manifestation de soutien à l’Ukraine, le 17 mars 2022 à Paris (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – JULIEN DE ROSA)

A chaque fois que son application retentit, le même rituel pour la mère de famille de 36 ans: appeler ses grand-parents, pour s’assurer qu’ils sont bien descendus aux abris anti-bombardements. D’autant que dans quelques heures, après un mois de conflit en Ukraine, ils doivent enfin prendre un train pour la Pologne.

Manifestation de soutien à l’Ukraine, le 12 mars 2022 à Paris (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Alain JOCARD)

Le conflit, expliquent l’ancienne danseuse du ballet national Virsky et tous les Ukrainiens interrogés par l’AFP, a transformé en « communauté » unie une petite diaspora jusqu’ici en ordre dispersé.

Manifestation de soutien à l’Ukraine, le 19 mars 2022 à Paris (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Thomas COEX)

Elle qui fuyait ses compatriotes pour « mieux s’intégrer » a ressenti « une solidarité énorme, inimaginable même, entre Ukrainiens ». « Je n’avais jamais vu ça. Aujourd’hui, même quand on ne se connaît pas, on s’embrasse », raconte la jeune femme arrivée en France en 2014, sur fond de révolution pro-européenne du Maïdan. 

« Il y a eu un regain patriotique énorme. Ici, la communauté s’est mise en ordre de bataille, tout le monde remplit une fonction: manifester, contrer la propagande en ligne, accueillir les réfugiés, collecter les dons… », énumère-t-elle, ruban jaune et bleu noué au sac à dos.

La sienne est d’orchestrer le groupe « jeunesse ukrainienne », sur une messagerie cryptée.

Ceux qui oeuvrent toute l’année pour la communauté ont offert leur logistique: l’association AMC (aide médicale et caritative) Ukraine-France envoie du matériel médical dans les régions séparatistes depuis 2014; les « marchroutki », du nom de ces camionnettes qui font habituellement la navette entre l’Ukraine et la France pour acheminer des produits locaux, n’embarquent plus désormais que de l’aide humanitaire.

A la cathédrale Saint-Volodymyr-le-Grand, centre névralgique de la communauté à Paris, l’église catholique a reçu tellement de dons que « les curés n’avaient plus la place de circuler », raconte Nadia Myhal, pilier de la diaspora.  

– « On a oublié nos divisions » –

« En ce moment, ici, ça ressemble plus à une ville ukrainienne qu’à Paris », apprécie la retraitée, présidente de l’association des femmes ukrainiennes de France et directrice de l’école ukrainienne du samedi.

« Ca nous a soudés. Dans les manifestations, je vois des têtes que je n’avais jamais vues. Mais pour l’instant, on a tellement de nouveaux Ukrainiens qui arrivent qu’on essaie encore de s’organiser. L’école reçoit déjà 100 enfants de réfugiés en plus, on va ouvrir des classes supplémentaires pour que ces enfants de la guerre ne se sentent pas abandonnés ».

Pour certains jeunes, le regain patriotique va jusqu’au retour au pays « pour combattre », se désole Zoriana Haniak, présidente de l’association des étudiants ukrainiens, qui évoque des « générations sacrifiées ». 

La veille du conflit, la France comptait 17.655 Ukrainiens titulaires d’un titre de séjour. Une petite communauté, si on la compare aux voisins européens: près de 100.000 en Espagne, 225.000 en Italie. 

Avec l’afflux de réfugiés, la France, jusqu’ici un pays de « transit », pourrait devenir « un pays de fixation » pour les Ukrainiens, anticipait début mars le coordinateur de la cellule interministérielle de crise sur l’Ukraine, Joseph Zimet.

La crise aura du moins transformé la communauté: « On a oublié nos divisions pour aider », convient Evgenia Besançon, retraitée et traductrice bénévole dans le centre d’accueil parisien pour ces réfugiés.

Arrivée en France à la chute de l’URSS en 1991, après avoir grandi dans l’est ukrainien russophone, elle s’était toujours coupée de cette diaspora « de l’ouest ».

« A l’époque, on a fui la russification forcée de l’Ukraine. Ensuite on a vécu l’+ukrainisation+ forcée des régions russophones. Mais dans le centre, on aide des femmes, des vieillards, des enfants. Et mon coeur saigne quand je vois ce qui se passe », dit la septuagénaire dont la belle-fille et la petite fille viennent de débarquer de Kharkiv.

Après avoir accueilli les réfugiés, Anastasia Loskot, l’ex-ballerine, aimerait elle rentrer dans son pays pour la première fois: « Je sais que ce ne sera plus le pays que j’ai connu. Mais on va le reconstruire ».

sha/fmp/dlm

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