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Commando Erignac: la demande de semi-liberté d’Alain Ferrandi rejetée en appel

La cour d'appel de Paris a rejeté mardi la demande d'aménagement de peine d'Alain Ferrandi, condamné à la perpétuité en 2003 pour l'assassinat du préfet Erignac, une décision motivée par les craintes de "trouble grave...

(g-d) Croquis d'audience du 11 juillet 2003 de Pierre Alessandri, Martin Ottaviani et Alain Ferrandi devant la cour d'assises spéciale de Paris (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - LAURENCE DE VELLOU)

La cour d’appel de Paris a rejeté mardi la demande d’aménagement de peine d’Alain Ferrandi, condamné à la perpétuité en 2003 pour l’assassinat du préfet Erignac, une décision motivée par les craintes de « trouble grave à l’ordre public » en cas de libération.

Alain Ferrandi, en août 2002, condamné à la perpétuité pour l’assassinat du préfet Erignac (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Olivier Laban-Mattei)

Plusieurs élus nationalistes corses ont vivement critiqué ce nouveau refus, y voyant « une forme d’enlisement » ou « d’acharnement ».

Pierre Alessandri, en août 2002, condamné à la perpétuité pour l’assassinat du préfet Erignac (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – -)

Alain Ferrandi demandait à bénéficier d’une semi-liberté probatoire à la prison de Borgo (Haute-Corse), suivie par une libération conditionnelle. Il avait reçu un feu vert le 24 février, mais le parquet national antiterroriste (Pnat) avait fait appel.

Incarcéré depuis 1999, il a été condamné en 2003 à la réclusion à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 18 ans. L’ancien militant indépendantiste peut prétendre à une libération conditionnelle depuis 2017.

Une première demande avait été rejetée en 2019, un refus confirmé en appel en 2020.

Dans son arrêt, dont l’AFP a obtenu une copie, la chambre de l’application des peines de la cour d’appel de Paris souligne l' »évolution satisfaisante » d’Alain Ferrandi et reconnaît que « la persistance d’une dangerosité du condamné ou d’un risque de récidive (…) ne peuvent être raisonnablement soutenus ».

Mais elle estime que les « heurts très violents » lors des manifestations en Corse après l’agression puis le décès d’Yvan Colonna en mars, « marqués par la réapparition de revendications autonomistes menaçantes », « constituent la parfaite démonstration des craintes évoquées » dans son précédent refus, en janvier 2020.

« La libération conditionnelle d’Alain Ferrandi est par conséquent susceptible de causer un trouble grave à l’ordre public », notion qui peut « ne pas être uniquement caractérisée en termes de manifestations, de dégradations ou de violences (…) mais se traduire de façon beaucoup plus insidieuse au travers de la renaissance (…) de groupuscules clandestins armés prônant la violence », conclut la cour.

Egalement condamné à la perpétuité pour l’assassinat du préfet Erignac en 1998, Yvan Colonna est décédé le 21 mars, après avoir été violemment agressé à la prison d’Arles par un autre détenu. 

– « Décision politique » –

« C’est une décision pernicieuse et perverse, qui acte le retour de la loi du talion », a réagi auprès de l’AFP l’avocate d’Alain Ferrandi, Me Françoise Davideau, jugeant que rendre son client responsable des émeutes revenait à « instrumentaliser l’assassinat d’Yvan Colonna ».

« Alain Ferrandi est donc condamné à la détention à vie, tant que la Corse existera, puisque la cour s’est curieusement arrogé le pouvoir d’apprécier le degré satisfaisant de stabilisation de la Corse comme cause de jugement », a-t-elle ajouté dans un communiqué, fustigeant une décision « strictement politique ».

Selon un rapport des services pénitentiaires, Alain Ferrandi, aujourd’hui âgé de 61 ans, a affirmé qu' »il ne s’engagera(it) pas et ne s’impliquera(it) plus » dans la vie politique corse.

Cette décision est « une preuve que les choses ne semblent pas s’apaiser, en tout cas du point de vue de l’Etat », a réagi auprès de l’AFP Marie-Antoinette Maupertuis, présidente autonomiste de l’Assemblée de Corse, regrettant « une forme d’enlisement ».

Gilles Simeoni, président autonomiste du conseil exécutif de Corse, a choisi de citer sur Twitter François Mauriac: « La vengeance déguisée en justice, c’est notre plus affreuse grimace ».

Ce refus « montre que le traitement judiciaire de l’affaire Erignac se fait toujours sous le joug de la vengeance d’Etat », a estimé sur le réseau social Paul-Felix Benedetti, dirigeant du parti indépendantiste Core in Fronte.

Le président de la Ligue des droits de l’Homme Malik Salemkour a dénoncé « un nouvel acharnement judiciaire préjudiciable au dialogue politique nécessaire sur l’avenir de la Corse », tandis que Paul-André Colombani, député nationaliste de Corse-du-Sud, a jugé qu’il était « temps de cesser cet acharnement aveugle et de trouver des solutions justes, décentes et apaisées ».

« La prison à vie n’existe pas en France et on est en train de l’inventer pour ces gens-là malgré leur comportement et malgré le drame qu’il y a eu à Arles », a réagi auprès de l’AFP le député nationaliste de Haute-Corse Michel Castellani, en référence à l’agression mortelle d’Yvan Colonna.

Une dizaine de jours après cette agression, Jean Castex, alors Premier ministre, avait accepté de lever le statut de « détenu particulièrement signalé » d’Alain Ferrandi et de Pierre Alessandri, autre membre du commando condamné à la perpétuité pour l’assassinat du préfet Erignac.

Cette décision avait rendu possible, le 11 avril, leur transfèrement dans la prison corse de Borgo, qu’ils réclamaient de longue date. 

Le 12 mai, Pierre Alessandri a lui aussi vu le Pnat faire appel de la décision lui accordant un aménagement de peine. Il a déjà essuyé deux refus en appel, en 2020 et 2021.

abb-mc/pga/npk

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