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Confrontée à une vague de suicides, la police mise sur ses « Sentinelles »

Au terme d'un mois de janvier noir marqué par douze suicides dans ses rangs, la police cherche à anticiper les passages à l'acte en développant son réseau de "Sentinelles", des...

Des policiers rassemblés devant l'hôtel de Police en hommage à l'un de leurs collègues qui s'est suicidé, le 19 avril 2019 à Montpellier (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - SYLVAIN THOMAS)

Au terme d’un mois de janvier noir marqué par douze suicides dans ses rangs, la police cherche à anticiper les passages à l’acte en développant son réseau de « Sentinelles », des policiers formés pour repérer leurs collègues fragilisés.

Une pancarte « Suicides en hausse dans la police » lors d’une « marche de la colère » des policiers à l’appel des syndicats de police, le 2 octobre 2019 à Paris (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – -)

Mickaël H., 50 ans, brigadier-chef à la police aux frontières (PAF) de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, s’est donné la mort dimanche dernier dans son pavillon de Saint-Martin-Longueau (Oise). Il est le dernier de la liste déjà longue des policiers qui ont mis fin à leurs jours depuis le début de l’année.

Confrontée à une vague de suicides, la police cherche à anticiper les passages à l’acte en développant son réseau de « Sentinelles » (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – DENIS CHARLET)

Douze au total: onze hommes et une femme. Deux de plus qu’en janvier de 2019, dernière année noire dans l’institution avec 59 suicides. En moyenne, de 30 et 60 fonctionnaires de police mettent fin à leurs jours chaque année.

Vendredi, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a reçu les syndicats et associations spécialisées, en présence du directeur général de la police nationale (DGPN) Frédéric Veaux. 

Le ministre a notamment annoncé le lancement d’une mission confiée à l’Inspection générale de l’administration (IGA) pour renforcer « la médecine de prévention » et le « réseau de psychologues » de la police, a indiqué le ministère de l’Intérieur.

Gérald Darmanin doit également envoyer la semaine prochaine un courrier à tous les policiers pour leur témoigner son « soutien » et appeler l’encadrement à la « vigilance » face aux « signaux faibles de ces situations ». 

Le DGPN, « impliqué pour que les choses changent » selon un connaisseur du dossier, avait déjà réuni le 20 janvier les acteurs concernés. 

Une décision a déjà été prise: accélérer le déploiement des « Sentinelles », des policiers formés à la détection des signaux faibles des difficultés de leurs collègues.

« Cela peut être quelqu’un qui va être plus discret, un peu plus négligé, fatigué, qui va perdre du poids, être cynique et faire des allusions à des intentions suicidaires ou avoir des retards inhabituels », détaille à l’AFP une de ces « Sentinelles ».

– « Nouveaux chemins » –

Une première phase expérimentale a permis d’en former 41 en 2021. L’objectif est de disposer d’un vivier de près de 2.000 de ces policiers fin 2022.

« Aidantes par nature », ces personnes sont choisies parce qu’elles occupent un « rôle visible », « au cœur » de leur service, « soit au secrétariat, soit parce qu’elles sont chefs d’une brigade, soit parce qu’elles font partie des plus anciens », précise la « Sentinelle ».

« Cela fait vingt-cinq ans qu’on a 45 suicides par an en moyenne, il est temps d’essayer de nouveaux chemins », exhorte le porte-parole de « Peps SOS Policiers en détresse », Christophe Girard. 

L’association, composée de 26 policiers, a reçu plus de 6.000 appels d’agents l’année dernière.

Frédéric Veaux lui a donné le « feu vert », dit M. Girard, pour se rendre au printemps au Canada, un pays pionnier dans la prévention du suicide dans la police. Grâce à ses « Sentinelles », la police de Montréal avait réduit de 79% le nombre de suicides dans ses rangs entre 1997 et 2008, alors ramené à seulement quatre cas.

Gérald Darmanin a aussi annoncé l’arrivée de vingt psychologues supplémentaires au sein du service de soutien psychologique opérationnel (SSPO), portant leurs effectifs à 120 pour les 145.000 policiers de France.

– « Ça déborde » –

La création de cette structure en 1996 a souvent été associée au nombre record de suicides (70) enregistrés dans la police cette année-là. Elle l’a en fait été après les attentats parisiens de 1995 pour traiter les syndromes de stress post-traumatiques dans les forces de l’ordre.

Le SSPO a mené près de 40.000 entretiens en 2021 auprès de plus de 10.000 policiers, une hausse de 45% depuis cinq ans, selon les chiffres communiqués à l’AFP par sa cheffe, Catherine Pinson.

« C’est le signe que le regard vis-à-vis des psychologues dans l’institution a changé. Un jeune policier aujourd’hui ira plus facilement demander de l’aide », estime Mme Pinson.

En poste depuis 2015, sa tâche principale, résume-t-elle, consiste à « permettre au policier de sortir du +blindage+ qu’il s’est construit, utile pour travailler dans un contexte de violences mais qui peut se retourner contre lui, et surtout ne doit pas l’empêcher de demander de l’aide ».

« On démarre sa carrière avec un sac à dos vide. Et au fur et à mesure, on met des petits cailloux dedans, jusqu’à ce que ça déborde », image Grégory Joron, secrétaire général du syndicat Unité SGP FO.

Il met aussi en cause « le management, pas assez horizontal » et une action guidée par l’impératif de « mettre un maximum de personnes sur le terrain » au détriment de « la culture de groupe, des moments partagés, des débriefings ».

alh-tll/nk/cbn

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