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Crash de la Yemenia en 2009: amende maximale requise contre la compagnie

Des "défaillances" qui ont mené au drame: le ministère public a requis jeudi à Paris l'amende maximale contre la Yemenia Airways, au dernier jour du procès de la compagnie pour homicides et blessures involontaires après le crash d'un de ses avions en 2009...

Une partie de l'épave de l'Airbus A310 de Yemenia Airlines, récupérée dans l'océan Indien, dans un hangar de l'aéroport de Moroni, le 16 septembre 2009 aux Comores (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - Ibrahim YOUSSOUF)

Des « défaillances » qui ont mené au drame: le ministère public a requis jeudi à Paris l’amende maximale contre la Yemenia Airways, au dernier jour du procès de la compagnie pour homicides et blessures involontaires après le crash d’un de ses avions en 2009 au large des Comores qui a fait 152 morts.

Bahia Bakari, la seule survivante du crash de la Yemenia en 2009, alors qu’elle avait 12 ans, attend l’ouverture du procès de la compagnie aérienne à Paris, le 9 mai 2022 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Thomas SAMSON)

Près de treize ans après cette catastrophe qui n’a laissé qu’une unique rescapée, le tribunal a mis son jugement en délibéré au 14 septembre.

Les familles de victimes du crash de la Yemenia en 2009, le jour de l’ouverture du procès à Paris, le 9 mai 2022 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Thomas SAMSON)

A la suite d’une série d’erreurs de pilotage lors de l’approche sur l’aéroport de Moroni, le vol Yemenia 626 avait heurté l’océan Indien dans la nuit du 29 au 30 juin 2009, emportant avec lui 142 passagers, dont 66 Français, et 11 membres d’équipage. Seule une jeune fille de 12 ans avait survécu.

Au terme de ce procès débuté le 9 mai, la procureure Marie Jonca a soutenu que la compagnie nationale yéménite avait « participé aux erreurs » ayant conduit à l’accident, en ne formant pas correctement ses pilotes et en maintenant les vols de nuit vers les Comores.

– « Lacunes » –

Pour la représentante du ministère public, ce soir-là, « vous avez dans le cockpit deux pilotes qui ne présentent pas un niveau professionnel équivalent », le copilote ayant des « lacunes opérationnelles réelles ». 

Ils « ne savent pas travailler ensemble » et « n’ont jamais été formés spécifiquement à l’approche de ce terrain si difficile et particulier », a-t-elle affirmé.

Ils vont en outre « poursuivre une approche dans des conditions délicates, de nuit, de façon règlementairement interdite (et) dans des circonstances dangereuses », à cause de la panne depuis plusieurs mois de certains feux de l’aéroport de Moroni.

« Malgré ces circonstances qu’elle connaissait », la Yemenia n’a pas décidé « d’interdire tout simplement les vols de nuit » durant la saison estivale au cours de laquelle les vents sont forts, et ce « pour des raisons commerciales », a affirmé Marie Jonca.

En condamnant la compagnie, il s’agit de « rappeler que le respect de la vie, de l’intégrité physique de la personne humaine, n’admet strictement aucun compromis », a résumé la magistrate.

Les amendes maximales prévues par la loi – 225.000 euros et 7.500 euros soit 232.500 euros – « ne se(ront) jamais à la hauteur des douleurs et des préjudices subis par les victimes », mais « je ne vois pas comment je ne pourrais pas (les) requérir », a-t-elle conclu, disant « espérer une réparation au moins symbolique ».

– « Présomptions » –

Sur les bancs de la salle d’audience, une centaine de proches des défunts étaient présents, ainsi que la survivante Bahia Bakari, 25 ans aujourd’hui, qui est restée une nuit entière dans l’eau agrippée à un débris d’avion. 

En entamant sa plaidoirie pour la défense, Me Léon-Lef Forster s’est adressé à eux.

« J’ai bien perçu combien leur douleur était intense. Mais il n’en reste pas moins que, pour participer à l’œuvre de justice, il nous faut proposer des éléments de discussion qui nous paraissent essentiels », a-t-il dit d’une voix basse.

« Ne faisons pas de la Yemenia la brebis galeuse », a-t-il déclaré, soulevant que, depuis sa création en 1961, elle n’avait « connu qu’un seul accident mortel », contre 26 pour KLM ou 35 pour American Airlines.

Interrogeant longuement la responsabilité de l’autorité gérant l’aéroport de Moroni, il a aussi estimé que la compagnie faisait « office de bouc-émissaire », appelant le tribunal à la relaxer faute d’éléments suffisants.

Ses confrères Michael Bellée et Grégory Laville de la Plaigne ont attaqué point par point les conclusions des experts pendant l’instruction, dénonçant un « biais » et une « farandole de présomptions » sans preuve.

La compagnie ne cherche pas à « se défausser » sur les pilotes, a promis la défense. « Nous pensons qu’une conjonction d’éléments extérieurs a interféré avec le pilotage de l’avion et rendu leur tâche si difficile que, en dépit de leur formation et de leurs compétences, ils n’ont pas été en mesure d’y arriver ».

Des documents internes de le compagnie ne montraient aucune « fragilité chronique » chez le copilote, qui a été avec son collègue « diligemment formé », ont-ils assuré, soutenant notamment que la Yemenia n’avait pas connaissance du dysfonctionnement des feux obligatoires de l’aéroport et que la météo, ce soir là, était « exceptionnelle ».

alv/pga/gvy

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