Couverture du journal du 24/06/2022 Consulter le journal

Cultiver l’indépendance d’esprit des collégiens, nouvelle recette de la prévention anti-drogues

"Détendu", "zen", "heureux"... Sur une palette d'émotions, comment classer ces différentes nuances ? Au collège André Chénier d'Eaubonne, dans le Val-d'Oise, cet exercice lexical vise un objectif inattendu: la prévention contre...

Entre la sixième et la troisième, la proportion d'adolescents a avoir déjà bu de l'alcool bondit de 44,3% à 75,3%, selon l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) (Crédit photo : © DAMIEN MEYER)

« Détendu », « zen », « heureux »… Sur une palette d’émotions, comment classer ces différentes nuances ? Au collège André Chénier d’Eaubonne, dans le Val-d’Oise, cet exercice lexical vise un objectif inattendu: la prévention contre l’usage d’alcool, de tabac et de cannabis.

Responsabiliser plutôt que réprimer: l’approche innove, dans un monde enseignant où les directeurs d’établissements délèguent encore largement la prévention aux forces de l’ordre (Crédit photo : © Joël SAGET)

« C’est difficile », souffle Owen, parmi ses camarades de sixième qui ont chacun hérité d’un sentiment inscrit sur une carte et doivent former une ligne allant de l’émotion la plus heureuse à la plus désagréable. 

Les collégiens passés par « Unplugged » sont moins susceptibles que les autres d’avoir consommé une cigarette, du cannabis ou été ivre dans les huit mois suivant le programme (Crédit photo : © Joël SAGET)

Face à la pression de ses pairs, qui veulent le reléguer au second rang malgré sa carte « émerveillé », ce petit brun esquisse un « non » poli et insiste pour s’installer tout devant. Une preuve d’esprit critique et d’estime de soi, deux qualités phares que ses professeurs cherchent à développer grâce à un programme de prévention novateur, « Unplugged ».

« Le but, c’est qu’ils s’affirment pour pouvoir s’assumer et savoir dire non à des produits qu’on expérimente souvent pour être considéré comme +cool+ », résume à l’AFP Hella Aloui, l’une des neuf professeurs en charge du programme, dispensé aux 160 élèves de sixième de l’établissement. 

Chaque enseignant a été formé spécialement pour assurer ces douze heures d’atelier. Grâce à des jeux de rôles et des débats en classe, ils développent les « compétences psychosociales » des adolescents, pour les aider à gérer leurs émotions, mieux communiquer et interagir en groupe.

– Déconstruire les clichés –

« C’est en travaillant ces compétences qu’on retarde au maximum les consommations. Or, plus on commence à toucher à un produit tôt, plus on risque de développer une addiction dans sa vie », explique Charlène Pistiaux, l’éducatrice spécialisée en addictologie qui épaule l’équipe pédagogique.

D’où l’importance d’agir dès la période charnière du collège. Entre la sixième et la troisième, la proportion d’adolescents a avoir déjà bu de l’alcool bondit de 44,3% à 75,3%, selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). L’expérimentation du tabac (de 7,6% à 37,5%) et du cannabis (de 0,5% à 16,1%) accélère de manière similaire.

A onze ans à peine, les élèves de cet établissement entretiennent encore une certaine innocence face aux substances psychoactives, légales ou illégales. 

Mais les ateliers font apparaître certaines vulnérabilités: ce grand-frère qui « fume du shit trois fois par jour », ce père qui « boit beaucoup d’alcool » et « fait essayer sa cigarette électronique » à son fils, les « grands de la cité » voisine qui trafiquent des « pochettes pleines de brocolis »…

Le programme confronte notamment ces normes forgées par l’entourage à la réalité statistique des consommations. L’occasion de déconstruire les clichés pour Kelyane, étonnée par les faibles proportions de clopeurs quotidiens (25%) et de consommateurs mensuels de cannabis (21%) chez les jeunes de 17 ans. 

« Je croyais qu’il y avait beaucoup plus de gens qui fumaient, car j’en vois plein dans la rue et dans les documentaires », avoue l’adolescente.

– Responsabiliser plutôt que réprimer –

Face aux différentes drogues, la question de l’interdit est volontairement éludée. 

« Insister là-dessus peut être contre-productif et pousser à consommer par rébellion », reprend Mme Pistiaux. « Les consommations problématiques sont souvent le résultat de doutes ou de souffrances. Donc on travaille sur leurs points forts, pour leur montrer qu’ils ont d’autres leviers que l’addiction pour réagir face à une situation compliquée. »

Responsabiliser plutôt que réprimer: l’approche innove, dans un monde enseignant où les directeurs d’établissements délèguent encore largement la prévention aux forces de l’ordre.

« La peur du gendarme ne fait pas tout », estime la principale adjointe Annick Chauvet-Cazanove. « Ce programme permet à des adultes en devenir de se positionner par rapport à certaines dérives, et pas uniquement de se dire : +c’est mal de fumer ou de boire+ ».

Le pari s’avère payant. Les collégiens passés par « Unplugged » sont moins susceptibles que les autres d’avoir consommé une cigarette, du cannabis ou été ivre dans les huit mois suivant le programme, selon la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca), qui encourage son déploiement au sein de l’Education nationale.

Il concerne actuellement 17.200 élèves, dans 215 collèges.

« Cela demande un gros investissement horaire, mais on sait qu’on sème des graines qui vont fleurir », conclut la professeure de Français, Mme Aloui. 

L’an dernier, un des élèves s’est confié à l’équipe pédagogique, après avoir refusé l’offre de dealeurs qui l’incitaient à devenir guetteur.

rfo/lbx/dch    

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