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En Russie, des fêtes plombées par l’inflation

Moins de saucisson et pas de caviar, dans l'espoir de boire du mousseux. Une forte inflation contraint de nombreux Russes à d'amers calculs à l'approche...

Du caviar en vente sur un marché de Moscou, le 15 décembre 2021 (Crédit photo : © Kirill KUDRYAVTSEV)

Moins de saucisson et pas de caviar, dans l’espoir de boire du mousseux. Une forte inflation contraint de nombreux Russes à d’amers calculs à l’approche des fêtes de fin d’année.

Une cliente achète des cornichons dans un supermarché à Moscou, le 15 décembre 2021 (Crédit photo : © Kirill KUDRYAVTSEV)

La hausse des prix à la consommation dépasse les 8% en moyenne sur un an depuis plusieurs mois en Russie, contre 4,9% en 2020 et 3% en 2019.

Une employée range des bouteilles de mousseux dans un rayon d’un supermarché de Moscou, le 15 décembre 2021 (Crédit photo : © Kirill KUDRYAVTSEV)

Pour les produits alimentaires, l’envolée est encore plus marquée, de quoi rappeler de mauvais souvenirs à une population qui a connu une inflation galopante dans les années 1990, après la chute de l’URSS.

« Tout augmente, sauf les salaires », assène Sergueï Borissovitch, ouvrier de 60 ans, choqué que la miche de pain coûte désormais 100 roubles (1,20 euro). 

Des clients dans un supermarché à Moscou, le 15 décembre 2021 (Crédit photo : © Kirill KUDRYAVTSEV)

« Il y a des produits que j’achetais et que je n’achète plus », poursuit-il, déambulant dans les allées enneigées d’un marché de Moscou.

Un étal de poissons sur un marché de Moscou, le 15 décembre 2021 (Crédit photo : © Kirill KUDRYAVTSEV)

« L’année dernière, pour le Nouvel An j’avais acheté du saucisson fumé, du poisson fumé, du caviar. Cette année, il n’y aura que des salades, avec des pommes de terre, des petits pois. Mais si je le peux, j’achèterai du champanskoïe », dit-il, en référence au vin pétillant prisé dans l’ex-URSS.

Statistique symbolique, le caviar rouge, classique de fin d’année, a atteint son niveau le plus élevé depuis le début du suivi des prix en 2000.

Les ingrédients d’autres mets typiques, tels que la salade Olivier et le hareng en fourrure, ont bondi de 15 à 25%, selon les calculs de médias russes à partir des chiffres de l’agence des statistiques Rosstat.

– Du bobo au discount –

Cette baisse du niveau de vie, constante depuis 2014 et les sanctions occidentales décidées après l’annexion de la Crimée, s’est accélérée, frappant désormais non seulement les classes populaires, mais aussi les jeunes actifs moscovites diplômés. 

Karina Stroukova, ingénieure en congé maternité de 30 ans, a ainsi troqué Vkusvill, supermarché bobo, contre Magnit, chaîne à bas prix.

« Si l’on compare à la fin de l’année dernière, je pense que sur mes tickets de caisse je vois 20-25% de différence », dit-elle.

« Alors on essaye d’économiser comme nous n’avons pas d’autre source de revenus. Nous achèterons moins de cadeaux, nous allons dans des magasins plus basiques », poursuit la jeune femme.

Alexeï Navalny, principal opposant au Kremlin, a lui aussi abordé le sujet, depuis sa cellule. 

Il raconte sur Instagram avoir constaté depuis dix mois une inflation alimentaire de 40%. Il a le droit de dépenser 9.000 roubles par mois (une centaine d’euros) pour améliorer son régime en prison.

« Je vois de mes propres yeux la grande tragédie inflationniste que vivent les retraités », a-t-il écrit.

Dans les sondages, l’évolution négative du pouvoir d’achat est citée comme le souci majeur des Russes, grignotant la confiance à l’égard des autorités et même la popularité du président Vladimir Poutine. 

Pour riposter, le gouvernement a adopté des mesures de quotas et de plafonnement des prix. 

La Banque centrale ne cesse d’augmenter son taux directeur.

– Pas d’épargne –

M. Poutine a qualifié la forte hausse des prix de « principal problème de l’économie et des citoyens », réclamant à ses subordonnés de ramener l’inflation à 4% en 2022.

Mais Igor Nikolaïev, directeur de l’Institut d’analyse stratégique de FBK Grant Thornton Russie, considère difficile de résoudre la question en Russie. Il note qu’une bonne partie des causes de l’inflation est mondiale, du fait de la reprise post-pandémie et des perturbations des chaînes d’approvisionnement. 

En Russie, la situation est aggravée par des facteurs structurels, le marché étant moins développé.

« Lorsque la concurrence est insuffisante, il n’y a pas de mécanismes de retenue pour les producteurs et pour les vendeurs afin de ne pas augmenter les prix », affirme-t-il.

Or les Russes sont vulnérables, avec un revenu moyen d’environ 40.400 roubles (470 euros), selon les statistiques officielles. Et plus de 40% de la population est sans épargne, selon une étude publiée le 13 décembre par le site de recrutement SuperJob.

Venue au marché acheter des cadeaux pour ses petits-enfants, Svetlana Kniazeva, retraitée de 88 ans, assure « s’habituer à tout » et s’estime même chanceuse.

« Je ne peux pas me plaindre, je touche une retraite de 30.000 roubles », soit 360 euros.

apo/alf/mlb

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