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Inceste: le récit de Camille Kouchner, une onde de choc salutaire

Il y a un an, le livre de Camille Kouchner, "La familia grande", révélait l'inceste au coeur d'une famille puissante, créant une onde de choc dans toute la société qui...

Le livre de Camille Kouchner, "La Familia grande", à Paris le 5 janvier 2021 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - Thomas SAMSON)

Il y a un an, le livre de Camille Kouchner, « La familia grande », révélait l’inceste au coeur d’une famille puissante, créant une onde de choc dans toute la société qui a fait progresser la protection des enfants.

Le politologue Olivier Duhamel, le 19 mai 2016 à Paris (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – STEPHANE DE SAKUTIN)

Dans un récit paru au Seuil le 7 janvier 2021, la fille de l’ancien ministre Bernard Kouchner et de la professeure de droit Evelyne Pisier dévoilait l’inceste commis sur son frère jumeau par son beau-père, le politologue Olivier Duhamel, ancien eurodéputé PS, un homme influent habitué des plateaux de télévision.

Le secrétaire d’Etat chargé de l’Enfance Adrien Taquet quitte le palais de l’Elysée le 29 septembre 2021 à Paris (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Ludovic MARIN)

Vendu à 350.000 exemplaires, ce récit qui paraît vendredi en poche a créé une onde de choc: Olivier Duhamel a démissionné de ses fonctions et reconnu les faits devant les policiers, même si le parquet a classé l’affaire sans suite pour prescription.

Surtout, il a entraîné sur les réseaux sociaux une flambée de témoignages sous le mot-dièse #MeTooInceste, faisant prendre conscience que l’inceste ravageait depuis des décennies des milliers de vies.

Depuis, la loi a été changée et une commission indépendante lancée pour orienter l’action publique contre un fléau dont seraient victimes 160.000 enfants chaque année. 

« Les victimes ont toujours parlé mais n’étaient pas entendues. Ce livre a eu un impact majeur car il est arrivé à un moment où la société était prête à entendre les victimes des violences sexuelles, à la suite du mouvement #MeToo », explique Nathalie Mathieu, coprésidente de cette Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), qui a reçu quelque 8.000 témoignages depuis septembre.

Lors des réunions publiques qu’elle organise chaque mois à travers la France, –la prochaine à Lille le 11 janvier–, des dizaines d’anonymes prennent le micro pour raconter comment l’inceste passé les empêche encore de vivre.

Pour les associations, ce mouvement a permis un grand pas en avant: la loi d’avril 2021 a établi qu’en-dessous de 18 ans, l’enfant victime d’inceste par un ascendant n’a plus à établir qu’il n’était pas consentant.

« De mon point de vue, ce seuil de 18 ans devra être revu. Quel que soit l’âge, on n’a pas de relations sexuelles avec son père, son fils ou sa fille », déclare à l’AFP le secrétaire d’Etat à l’Enfance, Adrien Taquet.

Autre progrès, un décret en novembre a précisé que pendant une enquête judiciaire sur des allégations d’inceste, les mères qui refusent de confier leur enfant au père soupçonné ne doivent plus être poursuivies.

Depuis la rentrée, des actions de détection des violences sexuelles doivent être organisées à l’entrée au primaire et du collège.

– Vigilance collective –

Saluant ces « pas en avant », les associations veulent aller plus loin.

« Il faudrait organiser systématiquement dans les écoles des réunions d’information où l’on fait connaître aux enfants leurs droits. Quand elles ont lieu, il y a un ou deux enfants qui viennent se signaler dans les heures qui suivent », explique Patrick Loiseleur, vice-président de Face à l’inceste.

« Nous, les adultes, devrions avoir une vigilance collective accrue envers les enfants, on devrait se reprocher de ne pas voir, de ne pas entendre, de ne pas dénoncer », observe Camille Kouchner dans un entretien paru jeudi dans Elle.

« Un enfant qui va mal, qui grossit, qui est mutique, qui ne dort plus, ça se voit, c’est la responsabilité des adultes. Et pourtant aujourd’hui le système ne repose que sur le jour où l’enfant donnera de la voix », ajoute-t-elle.

Le parent soupçonné, voire condamné pour inceste garde souvent l’exercice de l’autorité parentale, fustigent les associations, qui demandent qu’elle lui soit « systématiquement » retirée.

« C’est difficile de dénoncer son père, mais encore plus lorsqu’on doit aller chez lui le weekend et qu’il fait pression sur vous, mettant l’enquête en danger. C’est une des raisons pour lesquelles il y a tant de classements sans suite des plaintes, un taux évalué à 70% », indique l’avocat Pascal Cussigh, président de CDP Enfance, membre du Collectif pour l’Enfance, qui compte 38 associations mobilisées contre l’inceste.

« Pour son orientation scolaire, ouvrir un compte bancaire, se faire soigner, l’enfant a besoin de l’autorisation de son père, qui est parfois en prison pour inceste, et maintient ainsi son emprise sur lui », relève Nathalie Mathieu.

cac/bfa/

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