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La « chirurgie de l’intime », de plus en plus répandue mais pas sans risques

Jeunes filles complexées par leur anatomie génitale ou femmes plus mûres souhaitant restaurer cette partie de leur corps qu'elles jugent "abîmée": elles sont plusieurs milliers chaque année à avoir recours à une "chirurgie de...

Au congrés annuel de la chirurgie plastique à Paris, le 26 janvier 2017 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - GEOFFROY VAN DER HASSELT)

Jeunes filles complexées par leur anatomie génitale ou femmes plus mûres souhaitant restaurer cette partie de leur corps qu’elles jugent « abîmée »: elles sont plusieurs milliers chaque année à avoir recours à une « chirurgie de l’intime », qui comporte malgré tout des risques.

Plusieurs milliers de personnes chaque année ont recours à une « chirurgie de l’intime » qui comporte malgré tout des risques (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Ed Jones)

« C’est une chirurgie qui a le vent en poupe, un tabou est levé », assure à l’AFP Aurélie Fabié-Boulard, présidente de la Sofcep (société française des chirurgiens esthétiques plasticiens).

Spécialité en plein essor, la « restauration vaginale » s’adresse à un grand nombre de femmes qui ont par exemple les séquelles d’un accouchement ou de traitements du cancer (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – DIDIER PALLAGES)

Selon elle, la chirurgie des petites lèvres – labiaplastie ou nymphoplastie – qui consiste à réduire leur taille, jugée trop grosse, est particulièrement demandée.  

« Certaines patientes font état d’une gêne fonctionnelle, d’autres veulent corriger un aspect purement esthétique », précise Mme Fabié-Boulard.

Sur les forums dédiés, les témoignages sont légion: « J’ai 23 ans et je souhaiterais faire une nymphoplastie. En plus d’être inesthétiques, il arrive parfois que mes petites lèvres deviennent une gêne lorsque je porte des sous-vêtements trop serrés ou encore lors de mes rapports sexuels », écrit par exemple l’une d’elles. 

En 2019, 4.772 nymphoplasties ont été pratiquées en France. Et la demande est croissante, à en croire les experts.

– Codes pornographiques –

Adriana Guzman, chirurgienne plasticienne esthétique, s’est spécialisée dans la « chirurgie de l’intime ». « Toutes sortes de patientes viennent me voir; certaines, assez jeunes, autour de la vingtaine, découvrent leur intimité et une anatomie qu’elles ne jugent pas harmonieuse », raconte-t-elle. 

Selon elle, l’influence de la pornographie, si elle n’est jamais évoquée en consultation, « joue forcément ». « Beaucoup de jeunes femmes estiment que cette anatomie artificielle est normale », décrypte Mme Guzman.

« Ce sont toujours les dérives des codes pornographiques qui imposent un certain +look+ », confirme Rosa Carballeda, médecin sexologue, vice-présidente de l’association interdisciplinaire post universitaire de sexologie. « Ca a commencé avec l’épilation intégrale, maintenant +il faut+ avoir des lèvres de la bonne dimension, ou avec la bonne forme ».

L’impact des réseaux sociaux et d’influenceuses est aussi tangible.

Récemment, les « stars » de téléréalité, Maeva Ghennam et Sarah Fraisou, suivies par plusieurs millions d’abonnés, ont choqué en faisant respectivement la promotion d’une opération destinée à « rajeunir le vagin » et de capsules pour lutter contre son relâchement.

Des propos « scandaleux », dénonce Brice Gurriet, chirurgien gynécologue à Marseille, qui font du tort à une chirurgie pour laquelle existe un réel besoin, encore très sous-estimé. 

– Pas que les femmes –

Spécialité en plein essor, la « restauration vaginale » s’adresse à un grand nombre de femmes qui ont par exemple les séquelles d’un accouchement (fuite d’urine, douleurs, relâchement du périnée…) ou de traitements du cancer, explique-t-il. 

« 99% des femmes qui viennent me voir pour ce genre de chirurgie souffrent souvent depuis des années », affirme-t-il. Or « on a tendance à penser que la femme de 40 ou 50 ans qui souffre, c’est normal, +elle vieillit+ », déplore-t-il.

La chirurgie de l’intime n’est pas réservée qu’aux femmes. Chaque année, des centaines d’hommes (513 en 2016, selon les derniers chiffres disponibles) subissent une pénoplastie, destinée à élargir ou allonger le pénis. Une opération pratiquée par seulement 10% des chirurgiens esthétiques.

Comme chez les femmes, ces interventions ne sont pas sans risques. « Ce n’est pas anodin, mais comme tout acte chirurgical », assure Adriana Guzman. « Normalement, tout se passe bien ».

Mais parfois, le résultat est mauvais, avec des cicatrices mal positionnées et une gêne finalement plus importante après qu’avant l’opération. Infection, nécrose, perte de sensibilité, douleurs chroniques… Ces complications, qui restent rares, ne sont pas à exclure.

Julie, 35 ans, ingénieure en région toulousaine, en témoigne. Complexée depuis toujours par des « lèvres trop grandes », elle s’est faite opérer une première fois il y a une dizaine d’années. Jugeant le résultat asymétrique, elle est repassée sur le billard il y a cinq ans. « Cette fois le chirurgien a +trop enlevé+, fait des points de suture trop serrés et une boule s’est formée sous la peau », raconte-t-elle. 

Depuis, elle a « une douleur sourde en permanence ». Et « plus envie que personne ne la touche ».

ito/fmp/mpm

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