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La transformation de bureaux en logements, une solution qui peine à décoller

A l'image de l'ancienne préfecture de Paris Morland, où se sont installés fin avril des premiers locataires, la transformation de bureaux en logements a le vent en poupe à...

Boulevard Morland, à Paris, l'immeuble des années 60 qui abritait la préfecture et des services municipaux désormais réaménagé, le 5 mai 2022 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - Emmanuel DUNAND)

A l’image de l’ancienne préfecture de Paris Morland, où se sont installés fin avril des premiers locataires, la transformation de bureaux en logements a le vent en poupe à Paris… malgré des écueils toujours conséquents.

Des ouvriers mettent la dernière main à la terrasse végétalisée coiffant le bâtiment réhabilité de l’ancienne préfecture Morland, à Paris, le 5 mai 2022 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Emmanuel DUNAND)

Boulevard Morland en plein coeur de la capitale (IVe arrondissement), l’immeuble massif des années 60 qui abritait la préfecture et des services municipaux a fait peau neuve.

L’ancien magasin Tati, sur le boulevard Barbés, à Paris, le 29 août 2003 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Mehdi FEDOUACH)

Pour en tirer – entre autres usages – quelque 200 logements (dont 40% de logements sociaux), il a fallu des travaux conséquents. « On n’a conservé que la structure en béton. On a refait les isolations, les faux plafonds… », détaille Julien Desenepart, directeur opérationnel chez le promoteur du projet, Emerige.

Sur le toit terrasse de l’ancienne préfecture Morland, en cours de réhabilitation, pour y accueillir notamment des logements, le 5 mai 2022 à Paris (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Emmanuel DUNAND)

Plusieurs autres chantiers emblématiques de transformation de bureaux ou de commerces en logements sont en cours dans la capitale, comme l’ancien siège des Hôpitaux de Paris (AP-HP) ou l’ancien magasin Tati Barbès.

– Paris en pointe –

Causes de ce succès : d’une part le développement du télétravail, qui fait baisser la demande pour les locaux de bureaux. Et d’autre part les normes environnementales. 

L’objectif « zéro artificialisation nette » (ZAN), inscrit dans la loi, tend à favoriser la réhabilitation des bâtiments ou des friches plutôt que d’accentuer l’étalement urbain.

Le groupe Action Logement, co-géré par patronat et syndicats, a ainsi créé en 2020 une foncière de transformation immobilière (FTI), qui doit y dédier 1,5 milliard d’euros dans les prochaines années.

Elle est par exemple chargée de créer 91 logements dans l’ancien siège de l’Urssaf Lorraine, un immeuble haussmannien en centre-ville de Metz.

« Dans cette volonté de limiter l’artificialisation des terres et l’empreinte carbone dans la construction, la reconquête de ces espaces vacants ou mal occupés est intéressante, notamment dans les zones denses », témoigne Kevin Maruszak, directeur général de la FTI.

Selon une estimation du ministère du Logement, depuis 2013, quelque 5.300 logements autorisés par an étaient auparavant des bureaux. Soit environ 1,2% des permis de construire.

Mais à Paris, ville très dense où le foncier est aussi rare que cher, ce chiffre dépasse les 12%.

« Il y a un gisement extrêmement important en Ile-de-France », se félicite Jean-Philippe Dugoin-Clément, vice-président (UDI) de la région francilienne, chargé de l’urbanisme.

« On estime qu’on va avoir 300.000 mètres carrés qui vont se libérer par an, avec un gisement antérieur qui était de 4 millions. Donc il y a une marge qui est absolument énorme », dit-il.

Les promoteurs d’immeubles de bureaux, de leur côté, mettent en avant la « réversibilité » de leurs constructions, c’est-à-dire la possibilité de changer leur usage à l’avenir, comme pour la future Tour Triangle à Paris.

– Obstacles –

Restent cependant d’importants obstacles, économiques surtout.

Pour les propriétaires de bureaux, souvent de grandes entreprises gestionnaires d’actifs, il est plus intéressant, économiquement, de louer des bureaux que des logements. Et accepter leur transformation signifie souvent acter une perte de valeur.

« Un immeuble de bureaux qui fonctionne mal, son propriétaire va quand même le garder, jusqu’à ce qu’il arrive au point de rupture; et là, c’est la loi du marché qui s’impose », explique Hideki Kurata, dirigeant pour la France de la foncière résidentielle américaine Greystar.

Les travaux peuvent également être onéreux. Les immeubles des années 1970-80, explique Kevin Maruszak, « sont des bâtiments très épais, qui peuvent aussi être pollués, notamment avec de l’amiante. »

Une tour aura aussi beaucoup d’espaces « aveugles », sans fenêtre, et donc difficiles à transformer en pièce à vivre sans perdre en surface.

Les élus locaux peuvent aussi être réticents, car des logements rapporteront moins d’impôts locaux que des bureaux et entraîneront un besoin en nouveaux services publics coûteux : écoles, crèches…

« Il y a un intérêt +macro+ à le faire. Parce que coûts moindres, bilan énergétique moindre, crise du logement… Mais si on se place d’un point de vue local, il n’y a pas forcément d’intérêt économique, pour un maire, à le faire. Il peut même y avoir des inconvénients », confie Jean-Philippe Dugoin-Clément.

Les pouvoirs publics ont aussi pris des mesures pour favoriser ces changements. La loi Elan de 2018 permet aux chantiers de transformation de bureaux en logements de déroger à certaines règles, notamment les quotas de logements sociaux.

av/pga/eb

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