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Le Brexit, entre aubaine et casse-tête pour les entreprises nord-irlandaises

Dotée d'un statut spécial post-Brexit, "l'Irlande du Nord s'est vue offrir une opportunité que beaucoup de régions saisiraient à deux mains", lance Declan Gormley, directeur général du fabricant de ventilation...

Declan Gormley, directeur général du fabricant de ventilation mécanique Brookvent, dans son usine à Dunmurry, près de Belfast, le 29 novembre 2021 (Crédit photo : © Paul Faith)

Dotée d’un statut spécial post-Brexit, « l’Irlande du Nord s’est vue offrir une opportunité que beaucoup de régions saisiraient à deux mains », lance Declan Gormley, directeur général du fabricant de ventilation mécanique Brookvent, installé non loin de Belfast.

Comme de nombreux patrons de la province, il applaudit cette configuration, unique au Royaume-Uni, qui lui permet de garder un pied dans le gigantesque marché européen – mais transforme en casse-tête le commerce avec le reste du pays.

Robin Mercer, propriétaire de la chaîne de jardineries Hillmount Garden Centre, dans un de ses magasins à Belfast, le 30 novembre 2021 (Crédit photo : © Paul Faith)

« Nous avons accès à un marché de plus d’un demi-milliard de personnes » alors que « depuis le Brexit, beaucoup de mes concurrents au Royaume-Uni se trouvent confinés dans un marché de 70 millions de personnes », décrit Declan Gormley.

Patrick (d) et Fiona Derry, co-directeurs de l’entreprise de transport réfrigéré Derry, dans leur entrepot à Portadown, en Irlande du Nord, le 29 novembre 2021 (Crédit photo : © Paul Faith)

Dans son usine, des piles d’imposants cubes noirs et verts arborent l’étiquette énergie caractéristique de l’Union européenne: ce sont des systèmes de ventilation destinés à la Pologne, premier marché de l’entreprise.

Le protocole nord-irlandais, conçu pour éviter le retour d’une frontière physique sur l’île d’Irlande après le Brexit et préserver l’accord de paix de 1998, maintient de fait la province dans l’union douanière et le marché unique européen.

Un cauchemar pour les unionistes qui défendent le rattachement de la province au reste du pays, mais un atout qui donne une longueur d’avance aux entreprises nord-irlandaises qui exportent vers l’UE.

Dans le secteur manufacturier d’Irlande du Nord, plus de 80% des entreprises sont en faveur du protocole, constate Stephen Kelly, patron de Manufacturing NI, l’organisation qui représente le secteur.

– 120 formulaires –

Les entreprises qui rejettent le protocole sont le plus souvent « des entreprises qui importent des marchandises de Grande-Bretagne pour être entièrement consommées en Irlande du Nord ou, pire, transformées et renvoyées en Grande-Bretagne », selon lui.

Car l’accès au marché européen a un prix: les contrôles douaniers doivent avoir lieu entre l’île de Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord, même si certains produits, notamment alimentaires ou médicaux, bénéficient actuellement de périodes de grâce.

Autour du port de Larne, l’une des portes commerciales de la région, des pancartes donnent le ton: « Non à une barrière en mer d’Irlande » ou encore « Union Européenne, bas les pattes ».

Et pour de nombreux patrons de la région, le commerce avec le reste du Royaume-Uni est déjà devenu une gageure.

Robin Mercer, propriétaire de la chaîne de jardineries Hillmount Garden Centre, explique qu’il doit ainsi désormais jongler entre 120 formulaires différents pour faire venir roses ou autres plants de pommes de terre de Grande-Bretagne.

« Heureusement, nous avons de bons fournisseurs qui continuent de travailler avec nous », raconte-t-il. Mais d’autres ont jeté l’éponge, « c’est juste trop de paperasse ».

Depuis le Brexit, les plants qui s’alignent sur ses étagères viennent plus souvent de République d’Irlande que de Grande-Bretagne. Et il montre derrière lui une table de rhododendrons en pots: « ceux-ci viennent de Belgique ».

Dans un monde idéal, il souhaiterait « la disparition du protocole », mais alors que Londres exige de Bruxelles de le renégocier en profondeur, il demande surtout une simplification des démarches.

– On embauche –

A une quarantaine de kilomètres de là, dans les locaux réfrigérés de Derry Transport, un ballet de chariots élévateurs s’anime, chargeant méthodiquement 2.000 palettes de produits alimentaires dans des camions en partance vers des centres de distribution dans l’île d’Irlande.

L’entreprise vu ses expéditions augmenter d’un tiers depuis l’entrée en vigueur du protocole, grâce à la hausse de la demande des supermarchés de la région.

« Pendant des années, les supermarchés faisaient venir fruits, légumes et autres produits » du reste du Royaume-Uni, « mais ils ont réalisé d’un coup l’avantage d’avoir une chaîne d’approvisionnement locale », analyse Fiona Derry, co-directrice de Derry.

Son principal problème est aujourd’hui de trouver de la main d’oeuvre, alors que le Brexit complique le recrutement de travailleurs européens.

La reprise en Irlande du Nord est plus vive que dans les autres parties du Royaume-Uni, selon des chiffres publiés en novembre.

Pour Stephen Kelly, de Manufacturing NI, des acheteurs européens « se sont détournés de l’Angleterre, l’Ecosse et le Pays de Galles, et sont venus en Irlande du Nord à la place, ce qui est extrêmement positif pour nous ».

Mais pas de risque de couper les ponts avec la Grande-Bretagne, assure-t-il. « Nous avons la même monnaie, la même chaîne d’approvisionnement, le même système juridique, la même langue », c’est un marché « incroyablement important pour nous ».

ode/ved/ob

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