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« Le procès du 36 »: Ovidie s’interroge sur le traitement judiciaire des affaires de viol

Après l'acquittement des deux policiers français accusés de viol par une touriste canadienne, la réalisatrice Ovidie présente le documentaire qu'elle a consacré à l'affaire. "Ce qui me choque, ce n'est pas le verdict mais la volonté délibérée de salir une...

La salle des pas perdus devant la salle d'audience où se tient le procès d'assises de première instance de deux policiers accusés du viol d'une touriste canadienne, au palais de justice de Paris le 14 janvier 2019 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - ERIC FEFERBERG)

Après l’acquittement des deux policiers français accusés de viol par une touriste canadienne, la réalisatrice Ovidie présente le documentaire qu’elle a consacré à l’affaire. « Ce qui me choque, ce n’est pas le verdict mais la volonté délibérée de salir une plaignante » à la faveur d’une enquête, dit-elle à l’AFP.

La réalisatrice française Ovidie au 5e festival Canneseries à Cannes, dans les Alpes-Maritimes, le 4 avril 2022 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Valery HACHE)

Dans son film « Le procès du 36 », disponible sur France.tv, Ovidie revient sur l’instruction puis le procès de première instance. Car dès 2014, cette figure du féminisme s’est intéressée à l’histoire d’Emily Spanton qui venait de déposer plainte pour viol en réunion contre deux policiers de la renommée brigade de recherche et d’intervention.  

Croquis d’audience montrant les deux policiers accusés devant la cour d’assises de Paris du viol d’une touriste canadienne, le 14 janvier 2019 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Benoit PEYRUCQ)

« L’idée n’est pas de refaire le match » du procès, prévient Ovidie, qui pense que « personne ne saura jamais ce qu’il s’est passé dans (…) ce bureau » du 36 quai des Orfèvres à Paris, l’ancien siège de la police judiciaire.

Diffusé mercredi soir à la télévision, cinq jours après que les policiers ont été innocentés par la justice française, « le film reste valable, peu importe le verdict (en appel) que, par ailleurs, je ne remets pas en question », insiste la réalisatrice.

Les deux policiers avaient d’abord bénéficié d’un non-lieu avant d’être renvoyés devant les assises de Paris et condamnés à sept ans de prison en 2019. 

Ayant fait appel, ils ont été rejugés en 2022 et acquittés par la cour d’assises de Créteil qui a motivé sa décision par les « nombreuses incertitudes, imprécisions » voire « plusieurs mensonges » d’Emily Spanton. « Lorsqu’on porte des accusations, elles doivent être établies et étayées », avait ensuite commenté un avocat d’un policier, Me Pascal Garbarini.

Ovidie, elle, met surtout en cause l’orientation de l’instruction sur la personnalité supposément légère de la plaignante, très éméchée la nuit des faits – avec 1,86 à 2,68 grammes d’alcool par litre de sang, selon les analyses toxicologiques. 

Elle évoque le déplacement de la juge d’instruction outre-Atlantique pour entendre « ses parents, son entourage, y compris des gens qui ne l’appréciaient pas ». « Une enquête de moralité » aboutissant à un portrait déluré de la jeune femme, sexuellement libérée, consommatrice d’alcool et de psychotropes, est également interrogée dans le documentaire.

– « Enquête de moralité » – 

« J’ai voulu montrer (…) les différences de traitement judiciaire de ce type d’affaire entre la France » et le pays natal d’Emily Spanton, le Canada, où « il est interdit de se référer à la vie privée et intime d’une plaignante dans le cadre d’un procès pour viol ».

Pourquoi avoir été interpellée par cette histoire? « Comme souvent dans les procès médiatisés, elle est le reflet d’une société à un instant T », explicite la réalisatrice. « Il y a d’abord eu une ordonnance de non-lieu en 2016 (…) Puis #MeToo a explosé en octobre 2017 et là, tout a changé : la notion de consentement s’est retrouvée au cœur des débats » et les policiers ont été renvoyés devant les assises.

Dans le documentaire, de nombreux témoignages de la plaignante, de ses parents et avocats s’attachent à décrire le fort retentissement psychologique du premier procès, long de trois semaines, quand elle doit ressasser ad libitum des souvenirs traumatiques, de plus en plus flous au fur et à mesure que les années s’écoulent. 

Evoquant les éléments matériels du dossier (ADN, téléphonie, vidéosurveillance), le film donne également à entendre les deux versions qui s’opposent dans cette tortueuse affaire.

Celle des policiers, qui rencontrent en cette nuit d’avril dans un bar une fille « aguichante » (sic), en « résille et talons », qui flirte avec eux et les suit volontairement dans le sacro-saint de leurs bureaux, l’un d’eux la présentant déjà comme une « touzeuse » dans un texto envoyé aux collègues.

Et celle de la fille de policier qui dit avoir cédé alors à l’envie d’entrer au siège de la PJ, en ayant toute confiance en ceux qui exercent la même fonction que son père. Elle croit se rendre « dans un commissariat, avec du monde » et découvre des locaux déserts d’où elle ressort, une heure plus tard, en état de choc.

Présente mardi à l’avant-première du documentaire, Emily Spanton avait quitté la salle après la projection, bouleversée.

ola/leo/lbx/vk

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