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Le « Tanguy » accusé de parricide acquitté aux assises

Le "cold case" en reste un. Vingt ans après la disparition inexpliquée de son père retraité, la cour d'assises du Val-d'Oise a acquitté jeudi de l'accusation de parricide son fils de 59 ans, un "Tanguy"...

Vingt ans après la disparition inexpliquée de son père retraité, la cour d'assises du Val-d'Oise a acquitté de l'accusation de parricide son fils de 59 ans (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - LOIC VENANCE)

Le « cold case » en reste un. Vingt ans après la disparition inexpliquée de son père retraité, la cour d’assises du Val-d’Oise a acquitté jeudi de l’accusation de parricide son fils de 59 ans, un « Tanguy » chômeur qui vivait toujours chez ses parents.

Au terme d’un délibéré expéditif d’à peine deux heures, la cour présidée par le juge Marc Trévidic a déclaré non coupable Patrick Wittier, qui niait les faits. Le jury a estimé que des « différences sensibles » dans le témoignage décisif de sa mère nonagénaire, parfois « imprécise ou contradictoire », posaient en effet « un risque important de condamnation d’un innocent ».

Le 19 septembre 2002, la famille de Jean Wittier avait signalé sa disparition au commissariat d’Argenteuil, affirmant que le retraité de 73 ans était parti à vélo la veille au matin et n’était jamais revenu au modeste pavillon familial.

Dans cette procédure pauvre en éléments matériels, du fait d’une enquête restée dans les placards de la police pendant des années, tout le dossier reposait sur les révélations de la mère âgée, obtenues au forceps par les enquêteurs en 2016 après quatorze ans de silence.

Dans sa motivation, la cour d’assises a également estimé que l’inaction de la police et l’absence de recherches à l’époque du signalement de la disparition de Jean Wittier ne permettaient pas d’exclure catégoriquement les autres pistes, comme un accident de la route.

Le parquet avait requis trente ans de réclusion criminelle.

« Quand on a un doute, intellectuellement on se doit d’être honnête et d’acquitter. C’est un dossier dans lequel, hors du témoignage d’une seule personne, on n’a rien », s’est félicitée auprès de l’AFP Me Ariane Lachenaud, l’avocate de Patrick Wittier, après le verdict.

Selon le récit de la mère, son fils cadet avait frappé le retraité de 73 ans au marteau après une dispute entre ses parents et l’avait achevé en le noyant dans un seau d’eau, avant de découper son cadavre à la scie. Les morceaux ont ensuite été évacués sur plusieurs semaines avec les ordures, d’après sa version.

– « Geek », pas « psychopathe » –

Des accusations dévastatrices que l’acariâtre arrière-grand-mère, ratatinée dans son fauteuil roulant, a renouvelées avec force mercredi pendant trois heures à la barre.

« C’est un monstre de nous avoir fait ça, et surtout à son père qui le nourrissait. Il a jamais travaillé », a-t-elle vitupéré, l’air renfrogné. N’exprimant guère de regrets pour la disparition de son mari, tout juste a-t-elle concédé que l’ex-électricien d’EDF « ne méritait pas de mourir comme ça ».

Pendant quatre jours, la cour d’assises a entrouvert une lucarne sur le huis clos suffocant de la « dysfonctionnelle » famille Wittier.

Patriarche avare et tyrannique, Jean Wittier ne supportait plus de voir son fils, bientôt quadragénaire, sans travail depuis des années. Sans amis, ce « geek » passait ses journées dans la pénombre sa chambre, volets clos, à pianoter sur son ordinateur.

Excédé par l’oisiveté de ce « parasite », son géniteur avait même mis des cadenas sur les placards et le frigo pour l’empêcher d’y prendre de la nourriture et le forcer à quitter la maison. Le choyant et le protégeant, sa mère le nourrissait, elle, en cachette. Mais le soir des faits, selon sa mère, le père avait menacé son épouse de l' »interner ».

Or « s’il y a une phobie qu’a Patrick Wittier, c’est de se retrouver seul, c’est de ne plus avoir de toit », a cinglé l’avocat général Luc Pelerin dans son réquisitoire.

Du fait de la personnalité détachée de l’accusé, un grand homme maigre qui comparaissait libre, le procès a parfois pris des accents surréalistes. Apparaissant à l’audience comme un misanthrope solitaire, intellectuel se considérant supérieurement intelligent aux autres, il s’est défendu gauchement, pinaillant sur des détails superflus.

Se reconnaissant un profil « atypique », il s’est cependant défendu d’être un « psychopathe » et a dit « tomber des nues » face aux accusations de sa mère. « Je ne sais pas ce qu’est devenu mon père… », a-t-il soutenu à la barre, en n’avançant guère d’explications.

Le parquet a dix jours pour faire appel.

amd/pa/sp     

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