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Loisirs, nature et agriculture: le nouveau visage des terrils du nord

Piste de ski, viticulture, réserve naturelle ou terrain de trail: les terrils du bassin minier, ces collines artificielles constituées des résidus des mines, inscrites au patrimoine mondial de l'Unesco, vivent une surprenante reconversion entre...

Les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle, les plus hauts d'Europe, le 12 mai 2022 dans le nord de la France (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - DENIS CHARLET)

Piste de ski, viticulture, réserve naturelle ou terrain de trail: les terrils du bassin minier, ces collines artificielles constituées des résidus des mines, inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco, vivent une surprenante reconversion entre nouveaux loisirs et protection de la nature.

Des vignes de « Charbonnay », un vin blanc sec, sur un terril à Haillicourt en mars 2011 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – PHILIPPE HUGUEN)

Au pied du terril 144 de la petite ville de Rieulay, une petite plage de sable. En face, un vaste étang, avec une réserve ornithologique d’un côté et un espace loisirs –voile, paddle et canoë– de l’autre. 

Vue d’un lac et d’une piste de ski installée sur le terril de Noeux-les-Mines, le 12 mai 2022 dans le Pas-de-Calais (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Denis Charlet)

Plus haut, le terril noir de 140 ha est devenu vert. Le lézard des murailles, le criquet à ailes bleues et le crapaud calamite y ont pris leurs aises. Des circuits ont été aménagés pour les promeneurs, avec un impressionnant panorama sur le bassin minier, à cheval entre le Nord et le Pas-de-Calais.

« Ce n’est pas le Mont Blanc, mais quand nous sommes sur nos montagnes, faites à main d’homme, c’est porteur de sens », avance Gilles Briand, directeur d’études à la Mission Bassin minier, association créée par les pouvoirs publics pour accompagner sa reconversion. 

Dans un territoire « urbanisé et très peuplé », ces lieux sont « précieux », dit-il. Mais l’équilibre reste complexe entre « préservation de la nature, reconquête et développement des loisirs… ».

– Chèvres « débroussailleuses » –

Plus bas, sur le terril, pâturent des chèvres, celles de l’agriculteur Julien Graf, ancien ingénieur écologue, qui y a fondé une chèvrerie et fromagerie bio en 2014.

Au premier abord, « ce n’est pas un paysage agricole, mais l’environnement leur convient car ce sont des animaux faits pour le relief et les zones sèches », avec « une végétation qui croustille comme elles aiment », affirme-t-il. 

Les chèvres, des « débroussailleuses », aident aussi à conserver l’écosystème. « Les terrils sont des conservatoires de biodiversité abritant une faune et une flore première qui a tendance à disparaître si la forêt s’installe », explique le chevrier. 

Les quelque 300 terrils du bassin minier, propriétés publiques pour la plupart, sont des tas de roche résultant de l’exploitation minière. « Le charbon extrait était commercialisé alors que les roches alimentaient les terrils », résume la guide nature Hélène Decarnin, du haut des terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle, les plus hauts d’Europe: plus de 180 m.

Ici, le terrain fait de schiste noir paraît encore lunaire, même si la nature émerge doucement, avec le pavot jaune et l’oseille à feuilles d’écusson.

« On a une réappropriation des sites par les familles, des touristes, les sportifs… Avec le premier confinement (dû au Covid-19) et (la restriction de circulation limitée à un) rayon d’un kilomètre, des gens ont redécouvert ces friches minières », se réjouit Mme Decarnin.

– Bouteilles de « Charbonnay » –

Sur certains terrils prime « une logique de sanctuarisation, sur d’autres une logique d’artificialisation », à l’image de la piste de ski aménagé à 129 m d’altitude sur celui de Noeux-les-Mines, note Gilles Briand. 

Sur le terril 94 de Noyelles-sous-Lens, devenu « Arena terril trail », des équipements dédiés à l’entraînement de la pratique du trail (escaliers, arène, agrès de fitness et d’équilibre) ont été installés. 

A 30 km de là, à Haillicourt, ce sont des vignes qui poussent sur le terril, permettant la production en 2021 de 800 bouteilles de « Charbonnay », un vin blanc sec, vendu plus de cinquante euros.

Avantages du terrain: « La pente, qui draine l’eau; le vent quasiment constant, qui balaie les vignes évitant la maladie; et la chaleur, car le terril encore en combustion dégage de la chaleur », explique Johann Cordenier, ouvrier viticole chargé de gérer ces parcelles à l’année. « Mais au début les gens nous prenaient un peu pour des fous », reconnaît-il. 

Avec les terrils, « on parlait de séquelles, maintenant on parle d’héritage », souligne Gilles Briand. Certains « étaient dans une logique de table rase de ce patrimoine », mais « c’est physiquement impossible », poursuit-il. Et « surtout, quelle banalité ! On deviendrait un patrimoine très ordinaire… ». 

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