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Médicaments, puces, métaux: l’Europe planche sur ses pénuries

En manque de principes actifs de médicaments, risquant la pénurie de semi-conducteurs et dépendante pour les métaux de la transition énergétique: l'Europe planche à Lens en France sur son "autonomie stratégique" dont la fragilité...

Des employés de Soitec dans l'usine de semi-conducteurs à Bernin, près de Grenoble le 23 septembre 2021 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - JEFF PACHOUD)

En manque de principes actifs de médicaments, risquant la pénurie de semi-conducteurs et dépendante pour les métaux de la transition énergétique: l’Europe planche à Lens en France sur son « autonomie stratégique » dont la fragilité a été révélée par la crise Covid.

Le commissaire européen au Marché intérieur, à l’industrie et à la protection des consommateurs, Thierry Breton, le 26 janvier 2022 à Bruxelles (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – JOHN THYS)

L’Union européenne est parvenue en un temps record à devenir le premier producteur mondial de vaccins à ARN messager, avec 300 millions de doses produites chaque mois, selon le Commissaire Thierry Breton. Mais la pandémie a aussi mis en lumière ses faiblesses dans d’autres domaines, qui vont être discutées mardi lors d’un conseil informel des ministres de l’Industrie de l’UE, consacré à la compétitivité, dans cette ville du nord de la France.

Des voitures en attente à Mlada Boleslav, en République tchèque, le 20 octobre 2021 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Michal Cizek)

A titre d’exemple, « nous dépendons aujourd’hui en grande partie de l’Asie dans des domaines tels que les principes actifs pharmaceutiques, à 80% importés, ou la production de la fibre optique (25% de la production mondiale réalisée en Chine) », rappellent les documents préparatoires à la réunion.

Côté semi-conducteurs, la prédominance asiatique et le risque de pénurie de puces électroniques fondamentales pour des secteurs allant de l’automobile aux smartphones en passant par les communications ou les équipements médicaux, est un sujet qui inquiète des deux côtés de l’Atlantique.

Aux États-Unis, le « America Competes Act », soutenu par la Maison Blanche, prévoit 52 milliards de dollars pour revitaliser l’industrie américaine des semi-conducteurs.

En Europe, la Commission doit présenter début février sa stratégie visant à quadrupler la production européenne de puces électroniques (baptisée « Chips Act »), avec aussi plusieurs dizaines de milliards d’euros prévus et un « nouveau cadre » pour « faciliter les aides d’États », a indiqué Thierry Breton à plusieurs journaux européens samedi.

« Nous voulons atteindre 20% de la production mondiale d’ici 2030, sachant que le marché devrait doubler d’ici là pour atteindre mille milliards de dollars » a déclaré le Commissaire au marché intérieur, chargé de l’industrie.

Sonnette d’alarme, la production industrielle de l’Allemagne, moteur de l’UE, a pâti des pénuries en 2021. In fine, son PIB n’a augmenté que de 2,7% l’an dernier, due notamment au manque de semi-conducteurs dans l’automobile. 

Plus globalement, outre les puces électroniques, Paris entend profiter de sa présidence tournante du conseil des ministres européens pour accélérer plusieurs gros projets d’investissements dans des domaines stratégiques, appelés PIIEC en jargon bruxellois. 

Ils permettent aux États membres de déroger aux règles de la concurrence en subventionnant directement des industries d’avenir. Ils devraient s’appliquer dans le domaine de la santé, des données (cloud), des batteries, ainsi que de l’hydrogène.

– « goulets d’étranglement »- 

Mais les vulnérabilités les plus critiques pour l’heure concernent les matières premières: « la Chine fournit aujourd’hui 60% de la production mondiale de lithium et 80% de la production d’hydroxyde de lithium, essentiels pour la réalisation de batteries pour les véhicules électriques, et 98% de la demande européenne en terres rares, qui sont des composants essentiels à la production d’électronique ou d’énergies renouvelables », indiquent les documents préparatoires à la réunion de Lens.

Après trente ans de délocalisations vers l’Asie, le but est « d’établir une définition commune du terme de +dépendance stratégique+ » dans la chaîne de valeur pour éviter des « goulets d’étranglements » dans sa capacité industrielle et dans ses projets de décarbonation, indiquent les documents.

L’UE ne représente aujourd’hui que 3% des dépenses mondiales d’exploration minières alors qu’elle consomme 25 à 30% des matériaux produits mondialement, note la Commission.

Mais même en développant l’extraction minière et/ou le recyclage de métaux, l’Europe ne produira pas plus de 30% de ses besoins en minerais stratégiques pour les batteries électriques en 2030, prévenait début janvier l’industriel français Philippe Varin, dans un rapport qui sera présenté aux ministres mardi.

La ministre française de l’Industrie Agnès Pannier-Runacher accueillera mardi matin ses collègues européens, le Commissaire au marché intérieur, Thierry Breton et le vice-président de la Commission, le Slovaque Maros Sefcovic, chargé de la prospective, tous lointains héritiers des fondateurs de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) qui a préfiguré l’Union en 1951. 

Ils échangeront sur les outils possibles pour sécuriser leurs approvisionnements, comme des accords commerciaux ou le stockage stratégique de matières critiques.

Ils pourraient s’inspirer d’instruments existant ailleurs: l’agence JOGMEC, au Japon, accompagne les entreprises dans la sécurisation d’approvisionnements à long terme et investit directement dans des projets miniers.

im/ico/pn/lum

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