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Meurtre d’une postière dans l’Ain: « l’inconnu de la Poste » devant les assises

Un meurtre sanglant, une enquête à rebondissements, un suspect qui nie et un acteur à la dérive, Gérald Thomassin, un temps soupçonné et depuis porté disparu: le crime d'une postière de l'Ain va être jugé devant les assises à...

L'agence postale de Montréal-la-Cluse, dans l'Ain, le 9 décembre 2014, où une postière a été tuée six ans plus tôt (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - PHILIPPE DESMAZES)

Un meurtre sanglant, une enquête à rebondissements, un suspect qui nie et un acteur à la dérive, Gérald Thomassin, un temps soupçonné et depuis porté disparu: le crime d’une postière de l’Ain va être jugé devant les assises à partir de lundi, 13 ans après les faits.

La rue où habitait Gérald Thomassin, près de l’agence postale de Montréal-la-Cluse, dans l’Ain le 9 décembre 2014 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – PHILIPPE DESMAZES)

Cette énigme judiciaire a fait l’objet d’un livre signé par la journaliste Florence Aubenas, « L’Inconnu de la Poste », paru en février 2021 après plusieurs années d’enquête.

Les faits remontent au 19 décembre 2008. Le corps de Catherine Burgod, 41 ans, lardé de 28 coups de couteau, est découvert dans l’agence postale de Montréal-la-Cluse, où elle travaille comme guichetière. La quadragénaire, mère de deux enfants, était enceinte de cinq mois.

Selon l’accusation, le mobile serait crapuleux et le butin à hauteur de 2.600 euros.

L’enquête s’oriente rapidement vers un marginal, un trentenaire habitant en face de la petite poste de ce village du Haut-Bugey. Le suspect n’est autre que Gérald Thomassin, acteur césarisé en 1991 comme « meilleur espoir » pour son rôle dans « Le petit criminel », un film de Jacques Doillon qui l’a découvert. 

Le profil de Gérald Thomassin, cabossé de la vie et ancien toxicomane, intrigue tout comme son comportement après le meurtre. Il est vu un mois après les faits pleurant sur la tombe de la mère de famille défunte: deux femmes le rencontrent au cimetière, il leur confie des détails troublants sur la scène de crime.

En juin 2013, celui que Florence Aubenas décrit comme un « routard immobile » appelle son frère et, très alcoolisé, lui avoue être l’auteur du meurtre, avant de se rétracter le lendemain.

L’ancien acteur, qui clame son innocence, est alors mis en examen et écroué.

En 2017, coup de théâtre: le fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) signale aux juges d’instruction une correspondance entre l’ADN prélevé sur un sac trouvé à proximité du corps de la victime et un homme, Mamadou Diallo, mis en cause quelques mois plus tôt dans un vol de carte bancaire – une affaire classée sans suite.

Cet ambulancier, lycéen au moment des faits, effectuait en décembre 2008 un stage en entreprise à Nurieux, à 5 kilomètres du village de Montréal-la-Cluse.

– « Il s’en veut » –

Devant les juges, ce nouveau suspect reconnaîtra s’être rendu le matin du meurtre dans l’agence postale où il affirme avoir découvert le corps de la quadragénaire. Il dit avoir paniqué et pris la fuite, après s’être emparé d’une liasse de billets. Décrit unanimement comme non violent, il nie être l’auteur du crime.

« Il s’en veut énormément d’avoir pris les billets et de ne pas avoir dénoncé ce crime mais il avait peur d’être accusé », a expliqué à l’AFP son avocate Me Sylvie Noakovitch, « absolument convaincue de son innocence ».

Elle relève aussi que son ADN est retrouvé « sur un sac et sur le monnayeur mais il a reconnu le vol et s’être essuyé les mains sur ce sac ». En revanche, aucune trace de son ADN n’est découverte ni « sur le corps ni sur le coffre-fort » retrouvé ouvert, ajoute-t-elle, en dénonçant une enquête qui, selon elle, a négligé « d’autres pistes ».

Fin août 2019, une confrontation est organisée entre Mamadou Diallo et Gérald Thomassin, qui ne se présente pas à cette convocation. 

La trace de l’acteur se perd à l’époque après un contrôle SNCF dans un train reliant Rochefort à Nantes. Une information judiciaire pour « enlèvement et séquestration » a été ouverte en octobre 2019. Il reste depuis introuvable. Un non-lieu a été prononcé concernant sa possible implication dans le meurtre de la postière.

Malgré les nombreuses zones d’ombre du dossier, l’ancien ambulancier comparaîtra seul lundi dans le box de la cour d’assises de l’Ain.

Pour Me Noakovitch, « on prend Diallo parce que c’est le seul qui reste mais il n’y a rien contre lui à part de l’ADN sur lequel il s’est expliqué ».

Les experts psychiatres ne relèvent aucun trouble chez cet homme de 32 ans, son casier judiciaire fait uniquement mention d’un excès de vitesse. 

Verdict prévu le 4 avril.

mb/sof/it

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