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Procès Brétigny: les experts entrent dans l’arène

Ambiance électrique au tribunal d'Evry : au septième jour du procès de Brétigny, qui cherche à établir les responsabilités dans le déraillement mortel d'un train à Brétigny, une bataille d'experts s'est engagée mercredi avec, en première...

Le déraillement du train Intercités Paris-Limoges en gare de Brétigny-sur-Orge, le 12 juillet 2013 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - -)

Ambiance électrique au tribunal d’Evry : au septième jour du procès de Brétigny, qui cherche à établir les responsabilités dans le déraillement mortel d’un train à Brétigny, une bataille d’experts s’est engagée mercredi avec, en première ligne, un spécialiste missionné par la SNCF.

Gérard Chemla, avocat d’une vingtaine de parties civiles, au tribunal d’Evry, le 28 avril 2022 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Emmanuel DUNAND)

Entendu comme témoin, Christian Audurand a été mandaté en 2013 par la SNCF pour livrer un regard « extérieur » sur le drame, qui a fait sept morts et plus de 400 blessés en gare de Brétigny-sur-Orge (Essonne) le 12 juillet 2013.

Infographie expliquant le déraillement d’un train Intercités le 12 juillet 2013 en gare de Brétigny-sur-Orge en raison du basculement d’une éclisse, pièce raccordant les rails, suite notamment à des défaillances de maintenance (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Sylvie HUSSON)

A la barre, cet homme, né en 1938, critique vigoureusement le travail des autres experts.

Par exemple, le BEA-TT, missionné par le gouvernement, a décrit un phénomène de danse anormale à Brétigny (la danse est un mouvement vertical de la voie, qui se produit au passage du train, NDLR). C’est faux, selon Christian Andurand.

« Le BEA-TT n’a rien vu, rien mesuré, mais a parlé de danse importante, ce qui est repris ensuite par les experts judiciaires », regrette-t-il. Or, s’il y avait eu une telle danse, l’usure observée sur le morceau de rail aurait été « verticale pas ho-ri-zon-tale », affirme-t-il en détachant chaque syllabe.

Et l’éclisse en cause – sorte de grosse agrafe métallique joignant deux rails – aurait dû casser. Mais cette éclisse a pivoté. Son retournement a provoqué le déraillement. 

Pour expliquer ce retournement, les expertises ordonnées par la justice étayent un processus lent de dégradation lié à une rupture « par fatigue » des boulons de l’éclisse ainsi qu’à la propagation d’une fissure, combiné à une surveillance défaillante des agents. 

Celles mandatées par la SNCF soutiennent une rupture soudaine, indécelable, due à un défaut de l’acier. Ce qui dédouanerait l’entreprise.

La SNCF (héritière pénalement de SNCF Infra, chargée de la maintenance), le gestionnaire des voies SNCF Réseau (ex-Réseau Ferré de France) et un cadre cheminot sont jugés pendant huit semaines pour « homicides involontaires » et « blessures involontaires ».

– « Si je coule, vous coulez » – 

La temporalité de rupture des boulons est importante: s’ils ont rompu à cause d’un processus lent, comme le défend l’enquête, les agents auraient pu le repérer.

Mais Christian Andurand soutient qu’ils ont cédé très peu de temps avant le drame. Une preuve serait « l’usure » sous forme d' »ovalisation » au niveau de trous de l’éclisse: cette « ovalisation » ne peut être provoquée que « par frottement », or il faut qu’un boulon soit présent pour qu’il y ait frottement.

Pendant sept heures, son travail est sous le feu des interrogations, voire des soupçons.

« Le sentiment est que vous vous fixez un objectif et que vous faites tout pour le démontrer », s’indigne Gérard Chemla, avocat d’une vingtaine de parties civiles, accusant cet expert de 84 ans de « mentir effrontément ».

Il est notamment question du volume horaire consacré par les cheminots pour vérifier l’état de certains morceaux de voie. D’après Me Chemla, qui cite un cadre de la SNCF, il aurait fallu 120 heures de vérifications, mais les agents n’en ont réalisé « qu’une soixantaine maximum ».

M. Andurand aurait alors cherché à démontrer qu’une soixantaine d’heures suffisait, soutient Me Chemla, lisant la retranscription d’une conversation téléphonique en mai 2014.

« Il faut qu’on arrive à rentrer les 65 heures », dit M. Andurand à un cadre de la SNCF alors placé sur écoute. « Il y en a un qui sera au tribunal, c’est Andurand, vous voyez ce que je veux dire, j’ai intérêt à serrer les boulons », poursuit l’homme qui parle souvent de lui à la troisième personne. « On est sur le même bateau tous les deux, si je coule, vous coulez ».

A la barre, M. Andurand se défend avec vigueur de toute manipulation. Dans la salle, trois experts judiciaires réagissent tantôt en s’indignant, tantôt en se moquant.

M. Andurand a aussi jugé « clair et précis » le relevé de la dernière tournée de surveillance réalisée avant le drame, alors que cette tournée a été faite avec une attention « manifestement insuffisante » selon les juges d’instruction.

La SNCF a aussi engagé un expert du laboratoire des Arts et Métiers Amvalor, qui a assuré mercredi avoir travaillé sans être influencé par M. Andurand. 

Et ce dernier de se féliciter, toujours à la troisième personne : « Si le laboratoire avait infirmé mon raisonnement, eh bien Andurand était un couillon, mais il l’a confirmé ! »

clw/cb/gvy

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