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Procès du balcon effondré: deux ans de prison ferme requis contre l’architecte

Une peine de quatre ans de prison, dont deux avec sursis, a été requise mercredi contre l'architecte de la résidence d'Angers dont un balcon s'est...

L'arrière de l'immeuble où un balcon s'est effondré, à Angers le 16 octobre 2016, entraînant la mort de quatre étudiants (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - JEAN-FRANCOIS MONIER)

Une peine de quatre ans de prison, dont deux avec sursis, a été requise mercredi contre l’architecte de la résidence d’Angers dont un balcon s’est effondré en 2016, tuant quatre étudiants.

Frédéric Rolland, l’architecte (g) Jean-Marcel Moreau et André de Douvan ainsi que deux autres accusés, sont jugés à Angers le 9 février 2022 après la chute d’un balcon en octobre 2016 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – JEAN-FRANCOIS MONIER)

Arrogant, n’aimant pas mettre « les pieds dans la boue »: la responsabilité de Frédéric Rolland, 66 ans, l’architecte de la résidence Le Surcouf à Angers, a été jugée écrasante par le procureur de la République d’Angers Eric Bouillard. Ce dernier a également requis des peines de prison contre les quatre autres prévenus. 

« Chef d’orchestre de la construction », chargé du bon déroulement et de l’exécution des travaux en tant que maître d’oeuvre, Frédéric Rolland était le seul à avoir une vision d’ensemble du chantier.

Loin des responsabilités qui lui incombaient, l’homme s’est pourtant présenté à la barre « en tant d’artiste dessinateur préoccupé du seul souci esthétique de la couleur des enduits », volontiers donneur de leçon, a résumé M. Bouillard dans un réquisitoire de plus de deux heures. 

C’est pourtant lui qui, même s’il n’a pas mis les pieds sur le chantier, déléguant cette tâche aux collaborateurs de son père, a validé le changement de mode constructif des balcons, l’une des causes des malfaçons ayant provoqué le drame. 

Dans son cabinet régnait « le bazar », « chacun « faisait ce qu’il voulait », engendrant un « laxisme général » sur le chantier, a rappelé le procureur. 

Antoine, 21 ans, Benjamin, 23 ans, Lou, 18 ans, et Baptiste, 25 ans, ont perdu la vie dans l’accident, « morts au nom de la malfaçon, de l’économie » selon le procureur. Quatorze autres jeunes ont été blessés.

« Je ne sais pas si on peut les appeler des gamins, ce que je sais c’est qu’en quatre secondes ils ont pris 30 ans », a déclaré M. Bouillard à propos des survivants.

« Je n’ai jamais douté que les fautes incombent aux seuls professionnels du bâtiment », a martelé le procureur face aux cinq constructeurs qui comparaissent pour homicides et blessures involontaires.

-« Humanité »-

Rendant hommage à la « leçon d’humanité » donnée par les victimes, il a reproché aux prévenus d’avoir cherché à « diluer les responsabilités », usant d’artifices pour renvoyer le procès. « Ce qu’ils ont construit a tué. Un balcon ça ne tombe pas au bout de 18 ans », a-t-il fustigé.

Trois ans de prison dont un an avec sursis ont été requis à l’encontre de Patrick Bonnel, 72 ans, gérant de l’entreprise de gros œuvre. En avouant sa « honte » du travail de ses équipes, il n’a « rien reconnu du tout ». 

« Ce travail vous y avez contribué personnellement, vous avez failli à titre personnel. Vous avez laissé vos salariés travailler sans plan, sans méthode, sans expérience », a lancé le procureur. 

A l’époque, l’entreprise était en difficulté. Pas question donc de perdre un marché avec un donneur d’ordre important à Angers.

Rembobinant les faits, Eric Bouillard a rappelé qu’avant même le début du chantier, les constructeurs savaient que les délais « étaient trop courts ».

« Ce sont des réquisitions disproportionnées par rapport au fait que l’on est en présence d’infractions involontaires et d’une personne qui assume ses responsabilités, (…) sans aucun antécédent judiciaire », a commenté Me Thierry Fillion, avocat de M. Bonnel.

Trois ans de prison dont 18 mois avec sursis ont été requis contre le conducteur de travaux, qui considérait les balcons comme des « verrues » alors qu’ils étaient l’un des deux points les plus sensibles du chantier.

Dix-huit mois avec sursis ont été requis contre le chef de chantier, qui a « accepté de faire ce qu’il ne faut pas faire et ce qu’il ne sait pas faire ».

Dix-mois avec sursis ont également été requis contre André de Douvan, 84 ans, chargé du contrôle du chantier pour le groupe Apave qui a reconnu à la barre « que les victimes l’avaient amené à dire la vérité ».

Pour Me Louis-René Penneau, avocat des parties civiles, ces « réquisitions sont extrêmement justes. Elles sont à la mesure des fautes qui ont été commises et elles sont à la mesure de l’absence de reconnaissance de ces fautes par les prévenus ». « Les prévenus ont laissé faire leur incompétence, ils n’ont même pas essayé d’être compétents », a ajouté l’avocat.

hdu/et/mcl/abl

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