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Sur le littoral nord, le « jeu du chat et de la souris » entre police et migrants

Depuis le temps qu'il sillonne le littoral nord, au volant de voitures banalisées de la police aux frontières (PAF), Sébastien s'est forgé une conviction: aussi périlleuse soit-elle, on ne peut pas empêcher les migrants de...

Des migrants dans un bateau pneumatique tentent la traversée de la Manche, le 15 mars 2022 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - Sameer Al-DOUMY)

Depuis le temps qu’il sillonne le littoral nord, au volant de voitures banalisées de la police aux frontières (PAF), Sébastien s’est forgé une conviction: aussi périlleuse soit-elle, on ne peut pas empêcher les migrants de tenter la traversée de la Manche vers l’Angleterre.

Vue aérienne d’un camp de migrants près de Grande-Synthe, le 25 mars 2022 dans le Nord (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Sameer Al-DOUMY)

Le gouvernement a pourtant fait de l’imperméabilité de cette frontière une priorité, depuis le naufrage de novembre 2021 qui a causé la mort d’au moins 27 personnes sur cette route migratoire, dont les franchissements par « small boats » ont atteint des records en 2021.

Un enquêteur de la brigade de police aéronautique de la PAF observe aux jumelles le littoral Nord pendant un vol, le 25 mars 2022 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Sameer Al-DOUMY)

Dans la foulée, il avait promis le doublement des effectifs chargés de lutter contre l’immigration clandestine. Un avion de Frontex, l’agence européenne de garde-côtes, s’y est même déployé depuis décembre.

L’insigne de la brigade de police aéronautique de la police aux frontières, lors d’un survol de la Manche, le 25 mars 2022 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Sameer Al-DOUMY)

Mais sur le terrain, le constat reste inchangé. 

(Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Thomas BERNARDI)

Succession de plages, de falaises, de régions dunaires et boisées, les 150 kilomètres de littoral de la frontière belge jusqu’à la baie de Somme fourmillent de cachettes idéales. 

Vue aérienne de tentes de migrants près d’une voie ferrée sur le littoral du Nord, le 25 mars 2022 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Sameer Al-DOUMY)

Les candidats à la traversée peuvent en surgir au dernier moment pour prendre la mer à bord d’embarcations pneumatiques souvent préalablement enterrées sur les plages, observe Sébastien (qui refuse de donner son nom par souci de sécurité), membre de la brigade mobile de recherche (BMR) de la PAF. 

– « Impossible » –

« Des zones d’attente comme ça, il y en a des centaines! », souffle-t-il en s’extirpant d’une clairière de buissons et de sable qui donne sur le Canal des Dunes, haut lieu des départs clandestins, près de Dunkerque.

« C’est le jeu du chat et de la souris. Si on n’a pas tous les soirs cent policiers par kilomètre, ça va passer », convient Laurent, autre enquêteur de la BMR, qui compte une vingtaine d’hommes. 

« Soyons clairs, c’est impossible à intercepter », tranche la commandante de la PAF Nord, Laurence Marniquet, qui dirige la cellule d’enquête sur les réseaux de passeurs.

Plusieurs mois après le naufrage, le littoral porte les stigmates d’une activité qui tourne toujours à plein régime: cet après-midi là, trois pneumatiques sont retrouvés dégonflés.

Plus loin, dans une région boisée, les signes d’un départ précipité: dentifrices, boissons énergisantes et bidons d’huile de moteur jonchent un terrain où ont été abandonnés des photos d’identité, des paquets de biscuits entamés, des couvertures de survie et un flotteur orange prévu pour « bébé 11-30 kg ».

Pour contourner la surveillance, les migrants sont déposés de plus en plus loin de Dunkerque et Calais. Plus loin dans les terres, aussi, pour cheminer vers les plages à l’abri des regards.

« Il y a une adaptation des passeurs. La difficulté, c’est de garder une longueur d’avance sur eux », reconnaît Patrice Villielm, chef de la brigade de police aéronautique de la PAF, qui survole le littoral pour offrir une « complémentarité » dans la surveillance. 

– « Les embêter » –

Mais ces survols, qui n’ont lieu que par temps clair – le jour du naufrage, il y avait trop de brouillard -, se heurtent aussi à diverses difficultés.

Du ciel, sa mission est de « dissuader les gens de prendre la mer » et signaler d’éventuels mouvements sur les plages. Mais une fois un bateau mis à l’eau, le droit de la mer s’applique et « on doit déclencher les secours maritimes », dit-il.

Le petit aéronef à hélices, que la PAF loue à l’aéroclub local, évolue dans un couloir étroit. Si un bateau arrive dans les eaux anglaises, la France n’a plus compétence. Mais l’espace aérien anglais commence encore plus près des côtes françaises. 

Résultat, en deux jours de survol effectués par l’AFP fin mars, aucun bateau aperçu… malgré « plusieurs traversées en cours » selon les autorités.

Ainsi de cette embarcation signalée au large de Boulogne-sur-Mer avec trente personnes à bord. L’avion s’est bien dérouté, mais le bateau avait déjà filé vers l’Angleterre.

Bientôt, la PAF espère installer des caméras thermique et infrarouge sous ces avions qui ne portent pas de sigle police, afin de ne plus surveiller la côte d’Opale équipés de simples jumelles. 

« On a la volonté d’être présents 24 heures sur 24. On est là pour les embêter. Qu’ils sachent qu’ils ne passeront pas au travers à chaque fois », défend Patrice Villielm.

Il reconnaît, aussi, l’incongruité de la mission: « C’est la seule frontière où on empêche les flux migratoires de sortir, pas d’entrer ».

sha/fmp/sp

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